LE 14 JUILLET
Vers ayant évidemment échappé à l'inHuence de certains visiteurs. Quelle inspiration , malgré les
quatre murailles!... Béranger a-t-il jamais été audelà de ce cinquième couplet :
Où nous semons chaque peuple moissonne.
Quelle énergie, quelle justesse, quelle simplicité dans les images! et, à la fois, quelle hardiesse et quel éclat, dont ce sujet même n'aurait pas semblé susceptible î
Déjà vingt rois, au bruit de nos débats, Portent, tremblants, la main à leur couronne ; Et leurs sujets de nous parlent tout bas.
Toute cette histoire merveilleuse et paraissant déjà si vieille, Béranger la pouvait raconter en connaissance de cause, car il en avait vu les scènes principales, des fenêtres d'une maison située à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, où il resta six mois en pension, avant d'aller à Péronne. Aussi le récit est-il plein de mouvement et de vérité :
■ A la Bastille ! aux armes ! vite aux armes !
Je vois pâlir et mère et femme et fille;
Le canon gronde
Un soldat bleu qui passe
Est applaudi des mains et de la voix.
Le nom du roi frappe alors mon oreille, De La Fayette on parle avec amour. . . .
Le vieillard, chargé ici des explications, s'en acquitte au mieux sans doute ; mais paraît venir en scène pour le besoin de la chanson, non pour le sien propre, et oublier, à notre grand avantage, que son
auditeur compte au plus, comme dirait Chactas, neuf neiges ou neuf chutes de feuilles ; autrt.ment, il ne lui tiendrait pas un langage dont on s'accommode si bien après avoir compté ([uarante et même soixante de ces sortes de chutes.
L'image des tours tant et tant creusées, afin d'y loger la foule des captifs, semblerait plus ingénieuse que juste ; mais ce qui suit, pour n'être compris en rien du marmot, n'en reste pas moins un grand et beau discours :
La Liberté, rebelle antique et sainte.
(Rebelle surtout a une définition quelconque), et bientôt le vieillard, s'excitant à mieux dire encore, s'il est possible, finit par montrer un nouveau monde, sortant , sous la main de Dieu , du milieu des débris. Après quoi il se tait, et avec raison ; car qu'aurait-il pu ajouter à ces deux couplets si magnifiques? Le dernier vers :
A mes barreaux l'aurore vient sourire. . . .
est une de ces façons ingénieuses et délicates de faire entendre ce que la prudence défendait de dire ici plus clairement.