MON TOMBEAU
Le culte des tombeaux, suivant l'expression consacrée, est touchant sans doute, mais fondé sur une idée bien cruelle, et. Dieu merci! bien fausse; à savoir : que la personne regrettée, un frère, une fille, une femme , un mari , sont maintenant couchés au fond d'une fosse , mangés de vers et réduits en fétides rebuts. De là, dans les premiers moments surtout, cette indicible horreur accompagnant le regret. Mais, qu'au lieu d'être enfoui sous terre, l'ami dont on se sépare monte au ciel , comme la Vierge du Titien , entouré d'anges, de palmes, de fleurs, il sera difficile de ne pas souffrir encore de la séparation; mais la douleur n'aurait plus évidemment le même caractère. Et cependant, pour le croyant ou le penseur, quelle est donc la différence, et comment y aurait-il moyen mêihe d'en trouver une véritable, entre l'assomption et l'enterrement?
Postérité , qui peut bien ne pas naître.
Il l'entendait par rapport à lui-même et resta longtemps convaincu que sa réputation aurait peu de durée. Cependant, lorsque, cessant d'être soutenu par
l'esprit de parti, il continua, malgré le silence de ses vingt dernières années, à se voir l'objet de tant d'ardents témoignages et d'une admiration générale, il lui fallut bien changer un peu d'idée à cet égard, et comprendre que, non plus qu'Horace, il ne mourrait pas tout entier.
Mis en possession des 20,000 francs du tombeau, il eut, sans aucun doute, fait droit plutôt au quatrième qu'au second couplet; et s'il finit un peu, à la façon de La Fontaine, par mander son fonds avec son revenu, ce ne fut pour vivre en joyeux reclus.
Rarement d'ailleurs manque-t-il l'occasion de témoigner de ses sentiments religieux ;
A ce vieillard qui , las de sa besace , Doit avant moi voir lever le rideau, Pour qu'au parterre il me garde une place, Donnons gaiement l'argent de mon tombeau.
Il terminait ainsi une lettre écrite, en avril 1847,
à ma fille, qui venait de perdre son mari. « Oh !
ma chère enfant, les plus heureux sont ceux qui s'en vont les premiers, d'autant plus que leur attente est bien courte là-haut, et qu'il est à croire que Dieu leur permet de voir sans cesse ceux qu'ils ont laissés en pleurs autour de leur tombe. Il ne nous pardonnerait pas de manquer de courage.
«... .Vous, qui savez quelle profonde croyance j'ai en Dieu, vous ne vous étonnerez pas du ton de ma lettre. »