‹ Béranger et ses chansonsChapitre 223 sur 269 · LES DIX MILLE FRANCS · texte numérisé non relu

LES DIX MILLE FRANCS

L'histoire de cette amende prouve assez que Déranger n'eut pas seulement des difficultés avec la justice et le parti contraire, mais encore avec ses propres amis. V alouette eut raison ; et la fable ajoute : car personne ne vint. Il faudrait dire ici seulement que tout le monde ne resta pas.

Les corrections de cette chanson témoignent encore de ses efforts pour arriver à l'expression la plus juste et surtout de sa haine pour les mots sans idée. Dans le troisième couplet, au lieu de :

Chantez, Messieurs, quoi que dise la foule. . . Il mit :

Chantez, Messieurs, faites pondre la poiJe.

Les sixième et septième vers du cinquième couplet étaient d'abord :

Me montre ouverts les gouffres dévorants; C'est un avis donné par mon bon ange. . .

qui, sans valoir moins pour le tour et la correction, ne valaient pas, pour la pensée et l'image, ceux par lesquels ils ont été remplacés.

. . . Ahî du moins La Fontaine,

Sans rien payer fut exilé jadis.

Le fier Louis eût biffe la sentence

Qui m'appauvrit pour quelques vers trop francs.

L'argument sans doute est de bonne guerre : et cependant, n'y eut-il d'ailleurs rien à redire sur cette façon du bon temps de décider sans juges, le fier Louis aurait pu montrer plus de fierté véritable, d'autant qu'après tout la distance est grande de l'épître du fabuliste aux Infiniment petits, par exemple, ou à telle autre chanson. Les temps diffèrent, mais l'homme reste le même, et son orgueil blessé ne manque jamais de lui faire pousser de vilains cris et consommer de vilains actes.

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