‹ Béranger et ses chansonsChapitre 240 sur 269 · MA NOURRICE · texte numérisé non relu

MA NOURRICE

Béranger ne se montra intempérant qu'en nourrice, et grâce au récollet : son lait tourné le força de recourir au vin du cru. Cette façon de traiter les nouveau-nés, assez peu rare dans le pays, lui profita d'ailleurs, sauf les migraines, auxquelles il devint sujet de bonne heure, et c{u'un tel régime expliquerait et prépara peut-être. Le vin ne saurait en effet convenir aux enfants; car la nature, qui s'y entend, aurait pu tout aussi bien, dans ce cas, fournir les nourrices de médoc et de chambertin.

Il resta là trois ans, sans qu'on s'inquiétât de lui le moins du monde :

Sois bien ou mal, sanglote ou ris, Adieu , pauvre enfant de Paris !

' Son père, en effet, au bout de dix mois de mariage, en eut assez et alla voir la Belgique; sa mère, assez agréable femme et marchande de modes, sembla prévoir que le petit Pierre se pouvait passer d'elle.

La chanson ne va pas au delà des trois ans, et ne témoigne pas d'un brillant début; mais, si la prédic-

tion dont elle parle est encore à s'accomplir, le contraire ne se réalisa non plus qu'à demi , car il n'y eut chez lui ni passion pour le vin, ni antipathie pour les gens d'église : il s'accommoda de l'un plus volontiers que des autres ; voilà lout !

Les dernières années de Béranger valurent mieux de beaucoup que ses premières. Il eut de la peine même à naître : ce fut à l'aide du forceps. Les misères ne lui firent défaut ensuite jusqu'à la cinquantaine, et sa santé , son nom , sa fortune ( en appelant ainsi le nécessaire) ne prirent quelque assiette que vers cet âge.

L'histoire de Villon n'est pas longue non plus, vaut moins; aurai-je tort de la transcrire ici?

Je suis François, dont ce me poise , Né de Paris , emprès Pontoise :

Or. d'une corde d'une toise, Saura mon cou que mon c. poise.

Son cou cependant échappa, et par deux fois, à l'expérience.

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