‹ Béranger et ses chansonsChapitre 241 sur 269 · LES CONTREBANDIERS · texte numérisé non relu

LES CONTREBANDIERS

Jusqu'à la publication du volume où elle se trouve, j'ignorai que cette chanson me fut adressée. Je l'appris de Béranger un matin, en recevant de lui le livre ouvert à la page même contenant le titre et les premiers couplets. Croyant d'abord qu'il s'agissait de certains vers à lire avec plus d'attention, je ne pris

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pas garde à la seconde ligne du titre, et allais tourner le feuillet. « Mais, s'écria-t-il avec un peu de vivacité, avez-vous, oui ou non, des yeux, et ne pouvez-vous y mieux voir? » Je vis, et compris alors en effet; et, comme on le pense, non sans être vivement touché de cette marque d'amitié. Mais depuis, il m'en donna tant d'autres, et à toute ma famille, que la reconnaissance nous serait devenue difïicile.

Après cela, y aurait -il convenance et bon goût de ma part à blâmer ou à louer la pièce en question? et qu'en dire, sinon qu'elle semble valoir plus encore par le ton général et le fond de la composition que par ses autres qualités? Et cependant, quelle expression énergique et brillante , et parfois serrant en quelque sorte de si près la pensée technique, qu'on dirait presque le langage même de la science! Les contrebandiers ne songent guère à chanter leurs hauts faits ; mais , dans ce cas , et en les supposant capables de bien rimer et versifier , ne serait - ce pas à peu près de cette façon ? Les vrais maîtres ont ce secret de faire tenir à chacun son langage.

A propos de contrebandiers , semblerait -il indiscret de poser aux partisans des douanes la question suivante : que tout à coup, au milieu d'une furieuse tempête, ou même par un temps serein, il n'importe, le ciel s'entr'ouvrant menace le globe entier ou telle partie, la France, par exemple, d'un déluge de grains, de vin. de viandes de toutes sortes, de toiles, de draps, etc..

empêcheraient- ils , s'ils le pouvaient, ce déluge d'arriver sur terre? Si oui , ils ne voudraient donc pas que chacun de nous fût dans l'abondance? Si non, que devient leur système protecteur, et y renonceraient-ils enfin ? Au reste , dans ce cas , dire oui ou non serait beaucoup : faire la question est encore trop peut-être.

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