‹ Béranger et ses chansonsChapitre 260 sur 269 · LE MÉNÉTRIER DE MEUDON · texte numérisé non relu

LE MÉNÉTRIER DE MEUDON

Guilain ne se tue pas, lui; il meurt tout {simplement, un peu de rage néanmoins, et, sans doute, pour justifier la note précédente, et montrer, comme elle le dit, que le mal de la déception est en raison de l'espérance. Guilain espérait faire danser roi, reine, et leur suite; il se voyait déjà ménétrier du Louvre, grand ménétrier de France... Or, il n'en fut rien ; de là, son désespoir. Évidemment les gigues et bourrées lui étaient mieux connues que les lois de notre nature. Car n'aurait-il pu comprendre que cet honneur d'être appelé en haut lieu et d'y voir tant de rubis, de perles et de velours, le dégoûterait plus ou moins de ce qui lui plaisait auparavant. Et cette réflexion l'aurait sans doute conduit à la suivante : que, si un moment de cette vie de cour avait suffi pour le rendre à ce point indifférent aux charmes de son village, l'habitude de cette vie devait rendre ceux qui la menaient, indifférents aux charmes de sa pochette. Guilain ne méritait le nom de vrai ménétrier, ni de vrai villageois, ni de vrai sage : c'était un fils d'Adam, comme nous le sommes tous, jeunes et vieux mêmes, rêvant des lendemains d'or et de soie, et à qui Rabelais aurait pu en dire long sur tout cela, puisqu'il vivait de son temps; car, au milieu de son ennuyeux et sale bavardage, il y a bien de l'esprit et du savoir.

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