‹ Béranger et ses chansonsChapitre 266 sur 269 · LA PAUVRE FEMME · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FEMME

S'enrichir n'est que la moitié de ce qu'on souhaite par rapport à la fortune; on veut de plus rester riche, et combien y réussissent? » Gagner ce qu'on n'a pas, dit Démosthène, plaidant pour un agent de change, est plus facile que de conserver ce qu'on a. » Lapauvre femme eut donc le sort de tant de gens. Béranger ne me parlait-il pas d'une grande dame, princesse même,

ayant eu plusieurs millions en dot, et qui, faute de six sous, ne pouvait parfois prendre l'omnibus pour aller le voir à Passy. Les journaux contaient dernièrement l'histoire d'une malheureuse, morte depuis peu, au fond d'un de ces repaires, cachés entre la Montagne Sainte- Geneviève et la rue Saint- Victor. Vieille, déguenillée, presque sans pain et gonflée d'hydropisie, elle se traînait dans les rues de ce triste quartier, où on la connaissait sous le nom de Mère Malaga, Autrefois cependant, cantatrice à Madrid, elle en éblouissait tout le grand monde de sa beauté, de son luxe, de l'éclat de ses fêtes. Et qui ne sait vingt histoires semblables?

Le quatrième couplet commençait d'abord ainsi :

Quand tous les arts lui tressaient des couronnes ,

Sa demeure était un palais.

Que de cristaux, de bronzes, de colonnes,

D'équipages et de valetsl

Ce dernier vers ne disait rien, et Béranger ne pouvait s'en accommoder. Il voulut d'ailleurs relever, autant que possible, l'ancien caractère de la pauvre femme, pour appeler sur elle plus d'intérêt. Si donc tant de faveurs la poursuivent et l'accablent en quelque sorte, il faut du moins, en les acceptant, non pas seulement qu'elle inspire de l'amour, mais encore qu'elle le ressente.

Ses doigts ont peine à tenir le rosaire, Qui reût fait sourire jadis.

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