‹ Béranger et ses chansonsChapitre 32 sur 269 · MA DERNIÈRE CHANSON PEUT-ÊTRE · texte numérisé non relu

MA DERNIÈRE CHANSON PEUT-ÊTRE

Dans une circonstance pareille, Olivier Basselin disait aussi :

Tout à l'ontour de nos remparts Les ennemis sont en furie; Sauvez nos tonneaux , je vous prie.

Au moins, s'ils prennent notre cité, Qu'ils n'y trouvent plus que la lie; Vicions nos tonneaux , je vous prie.

Personne, mieux que Béranger ne savait com-

prendre et respecter l'opinion politique contraire à la sienne; mais, s'il s'agissait de patriotisme et qu'on en parlât à la légère , adieu son calme, et son œil et sa voix le montraient de reste. Aussi, à juger de lui par ces couplets, on en jugerait fort mal. Une de ses pires nuits fut celle qui suivit la reddition de Paris. Et comment dès lors expliquer l'espèce de gaieté de cette dernihe chanson , Dieu merci ! suivie de beaucoup d'autres? Sans doute par notre manie française de rire de tout, et par la règle de messieurs du Caveau, en vertu de laquelle une chanson devait être une chanson et donner quelque peu à rire.

Béranger n'avait pas encore osé prendre un ton plus haut ; sans quoi il eût parlé alors , comme il le fit ensuite, sur le même sujet, d'une voix bien différente. D'ailleurs, quoique les armées aUiées s'approchassent chaque jour, on était loin de croire qu'elles s'empareraient ainsi de Paris, dont rien, jusqu'au dernier moment, ne troubla les habitudes et les plaisirs. Le matin même du jour où elles y entrèrent, on placardait, comme à l'ordinaire, les affiches de spectacles.

Page 1