ÉLOGE DES CHAPONS
Or, Messieurs, examinons, Notre sort auprès des belles.
Que de mal nous nous donnons Pour tromper des infidèles !
et pour répéter tant de fois ce qui ne mériterait pas en vérité d'être dit une.
L'examen en question mènerait loin ; à ceci , par exemple : que malgré tant de jolis mots contre le mariage , mieux vaudraient encore deux femmes légitimes qu'une maîtresse. Maîtresse est le mot! on dit au contraire du mari : seigneur et maître; on ne le dit pas d'un habitué. En cela les mots expriment au juste les choses. Toutes les vieilles gens savent cela, et savent encore que dans l'union des deux sexes il faut, pour s'en bien trouver, qu'elle date de la veille ou de vingt ans ; ce qui mènerait à cette conséquence , que le mieux est l'amour des moineaux et des singes; ou à cette autre, exorbitante sans doute, que ce ne serait donc ni l'acte civil, ni la 'messe même, qui feraient vraiment le mariage , mais l'impossibilité de le rompre. Pour moins on est appelé capucin ou sacristain.
LE BON FRANÇAIS {Mai 1814).
Il y avait force Français dans ce temps qui traitaient la France et ses vingt dernières années, Dieu sait!... et puis l'habitude de penser s'était à demi perdue , et les meilleurs esprits eux-mêmes, dans le parti royaliste, avaient peine à contenir ses folles exigences. Déranger ne voulut d'abord que réclamer au nom de l'honneur national , indignement méconnu ; et , sans aimer, les Bourbons, il crut devoir s'abriter d'eux pour chanter, malgré l'ennemi, tout ce qui pouvait nous réhabiliter encore. Du moins donnait-il ainsi la preuve
que tel ou tel nom n'était pas une objection pour lui, et qu'il savait accepter loyalement un gouvernement en dehors de son choix et de son goût , sauf à le combattre ensuite de son mieux , si tant de promesses n'aboutissaient en effet qu'au retour de l'ancien régime et de tous les abus.
Une foule de chansons commandées parurent alors en faveur des Bourbons. Plusieurs membres du Caveau , et de ceux qui avaient si bien chanté l'empire , chantèrent mieux encore la royauté. Ainsi va le monde et devait aller le Caveau. Béranger fut également sollicité de se montrer sujet fidèle; mais il s'y refusa, pensant qu'il faut de la conscience même en chansons.
Un annotateur soigneux ferait remarquer les jeux de mots et les images du troisième couplet; et, dans le dernier, cette façon toute royale de revenir à Lisette et au bon vin.
On disait en France , il y a quarante ans :
Qu'il nous vienne un gai refrain, Et voilà le monde en train.
et aujourd'hui (en 1850) : que nous vienne la fièvre, et voilà le monde avec le frisson !