LE SÉNATEUR
Quelle mesure et quelle discrétion, quand le sujet excitait à tant oser.
Le mari est vieux, joue le piquet, fait parfois lit à part : tout cela est ordinaire et suffit, avec la vanité, pour expliquer les relations de ces trois personnages et faire comprendre ce qui ne pouvait se dire plus clairement. Cette vanité, si aise des attentions d'un homme haut placé et s'en appliquant avec tant
ET SES CHANSONS. la
de naïveté le mérite, exclut d'ailleurs l'idée d'un calcul et permet le rire sans éveiller en rien le dégoût.
Quant au galant, il n'avait besoin évidemment de se montrer en séducteur bien consommé : avec un tel mari son rôle était facile. La jeune femme reste à l'écart et comme dans un demi-jour ; et, si notre malheureuse défiance trouve encore à s'exercer ici, du moins rien n'est trop en lumière, et la vérité se dérobe sous un voile jeté d'une main si discrète et si légère, que les fronts les plus sévères se peuvent dérider ; d'autant que le refrain, par un art plein de convenance, détourne l'esprit de toute pensée trop libre pour l'amuser seulement de l'orgueil béat du bonhomme.
Le dernier trait semblerait-il exagéré ?. . . On oublierait donc que l'amour et la fortune ne sont pas les seuls aveugles et que la confiance porte un bandeau plus épais encore ! Voici qui viendrait à l'appui : un jeune ami quitta la maison d'un époux déjà sur l'âge, lequel me disait : « C'est un garçon sans cœur ! Ma femme le traitait en fils, en frère ; et, toujours bonne à l'excès, ne va-t-elle pas jusqu'à se désoler, jusqu'à le pleurer même ! »
Cette chanson, comme le Roi d'Yvetot, parut un trait de satire contre le gouvernement d'alors, tant, me disait Béranger, on cherchait, on voulait l'opposition, quoique personne n'osât, ou plutôt parce que
personne n'osait en faire, et l'opposition avait en effet ses dangers : toutefois jeter un chansonnier à Vincennes fùt-il seulement tombé dans la pensée de l'homme de cette époque ?