BON VIN ET FILLETTE
Autre licence poétique et du bel âge, et contemporaine de la précédente.
Il se chantait en 1790 un couplet déjà vieux alors :
Voulez -vous savoir le souverain bien?
C'est de manger et de ne laisser rien ,
Voir les fillettes, Boire du bon ,
Envoyer ses dettes
A Colin Tampon.
Ce souverain bien, suivant madame Deshoulières, serait contestable, du moins quant à ses résultats. Dans sa singulière épître à la Goutte, pour la remercier d'empêcher Louis XIV d'entrer en campagne, elle l'a gratifiée d'un parentage à la flatter :
Fille des plaisirs , triste Goutte...
et ne disait-on pas aussi de Chaulieu, lequel finit, comme on sait, par vivre assez intimement avec la fille des plaisirs :
Il est sur la litière Martyr du fils de Sémélé Et du dieu de Cythère.
et lui-même (car on ne sam^ait trop citer en pareille question) ne donnait pas à la goutte une moins haute parenté :
La déesse de la Beauté
Ne dédaigne d'être sa mère ;
Le père de la Volupté ,
Bacchus en veut bien être père.
Cependant je meurs de douleur,
Malgré sa généalogie,
Et maudis cet excès d'honneur
Qui de si près aux dieux m'allie.
Ce que Chaulieu omet de dire, c'est que la goutte n'est pas fille unique et qu'elle a nombre de frères et sœurs la valant. Pour être sûr de recevoir la visite des uns ou des autre^, il suffit de faire deux doigts de cour h leurs père et mère.