‹ Béranger et ses chansonsChapitre 7 sur 269 · LA GAUDRIOLE · texte numérisé non relu

LA GAUDRIOLE

Pourquoi Beranger a-t-il fait de pareilles chansons? Question qui m'a été souvent adressée , et à laquelle j'aurais pu répondre par bien d'autres pourquoi. Au reste, il l'a fait lui-même dans la préface de 1810, où il s'abrite de La Fontaine , bon abri sans doute! Mais n'avait-il pas en outre les Romans d'aujourd'hui, tant lus et vantés? et puis pouvait-il prévoir son renom futur? car évidemment on ne songerait à lui reprocher ses peccadilles de jeunesse, s'il n'avait donné ensuite des chefs-d'œuvre.

La Gaudriole au reste, sous le rapport dont il s'agit, ne serait pas, tant s'en faut, son péché le plus grand, et cependant il n'aimait ni les idées ni les mots obscènes.

(( Et que ne jetez-vous de côté ces belles choses? — Oh ! Je le sais, sous ce rapport, comme sous plusieurs autres, il y aurait chez moi un choix à faire. Mais pareille besogne ne me regarde pas. Je la laisse à qui de droit. ))

BOGER BONTEMPS.

Le même sujet a été traité par Désaugiers dans Ma Vie Epicurienne , fort joHe chanson , montrant avec quelle facilité il se jouait des difficultés. La comparaison de ces deux pièces fait comprendre tout ce qu'ont de gracieux les cadres de Beranger, rapproché de

ET SES CHANSONS. lo

cette forme froide et raicle du Je, Certes, le mouvement est loin de msniquer h Désaugiers, et l'élégance et la correction et la gaieté ; mais la composition, ainsi rétrécie, reste sans caractère, le ton sans variété, et le plus souvent d^ailleurs l'idée se réduit au mot. De là quelque chose d'insuffisant et qui laisse, en quelque sorte, l'esprit au besoin. Ce sont des vers heureusement tournés et rien de plus.

Il y aurait presque à regretter de trouver si bons ceux de Roger Bontemps (et à ce point, je crois, qu'on ne saurait y reprendre un mot) ; car la chanson , la plus folle même, ne se chante pas pour l'oreille seulement, et quelque chose en reste dans l'esprit. Or, Béranger, encore une fois, aurait eu un tort difficile à éviter, il faut le dire ; ce serait de n'avoir pas prévu sa popularité et l'influence qu'elle lui vaudrait. A si bien dire, il se fait si bien écouter, que le droit se perdit vite pour lui de parler à la légère. Qui ne sait quelques-uns de ses vers, beaucoup même? on les retient, et non toujours les meilleurs à retenir ; on les cite plus que la prose de Pascal et de Platon ; partant ses idées deviennent ainsi celles de bien des gens.

Cette chanson fut faite en 1813 ; les vers

Vous dont le char dévie Après un cours heureux , etc.

faisaient allusion à la chute de l'empire. L'ennemi était déjà à Lyon.

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