PAILLASSE
Chanson excellente de tout point, sans tache même, au dernier vers près du quatrième couplet. « Beaucoup de gens, me disait Béranger, ont voulu voir là Désaugiers, et se sont trompés. A cette époque, j'étais encore en relations avec lui, et je ne me permettais d'ailleurs
aucune allusion ; du moins citerait-on à cet égard bien peu d'exceptions, et seulement à propos d'hommes placés plus ou moins haut. Au reste tant de grands personnages avaient ainsi sauté pour tout le monde qu'on pouvait facilement trouver plus d'un original à ce portrait. Désaugiers, resté coi pendant les centjours, s'était d'abord rassuré par là quant à l'application de ce refrain ; mais grâce à la charité et aux bons conseils de certains amis, bien inspirés, il crut devoir répondre à Paillasse, par une autre chanson, intitulée : Uemployé et le garde national, mauvaise sans doute, puisqu'elle a été omise dans l'édition de ses œuvres, de 1843. ))
Benjamin Constant saisissait volontiers l'occasion de faire chanter à Béranger ces couplets devant l'archevêque de Malines, M. de Prade, fort lié avec l'un et l'autre et sachant rire malgré sa robe.
JtfOiV AME.
Cette chanson serait belle, en changeant le commencement et la fin. Le commencement surtout, qui jure avec la suite, et manque, si on peut le dire, de vérité. D'aussi sérieuses, d'aussi hautes pensées n'ont que faire des bouteilles, et rapprocher ainsi le vin, la gaieté, l'amour, de ce religieux et beau langage, semble forcé, presque de mauvais goût. Il y a bien parfois, il est vrai, un certain manque de clarté; mais le vers
facile et plein, l'élévation de sentiment plus encore que de pensée, donnent à l'ensemble un charme auquel il serait difficile de résister.
Dans le quatrième couplet, le mot à propos méritet-il en effet le reproche de trivialité, dont il a été l'objet? Bien des gens le loueraient peut-être au contraire pour sa justesse. La Bible, Tacite, Bossuet, si on les pouvait citer quand il s'agit de chanson, fourniraient assez de justifications à cet égard.
Adrien aussi parle à son âme, et d'un ton assez peu impérial, suivant Fontenelle :
Ma petite âme, ma mignonne, Tu t'en vas donc , ma fille , et Dieu sache où tu vas ! Tu pars seulette et tremblotante, hélas! Que deviendra ton humeur folichonne?
Que deviendront tant de jolis ébats?
Le Romain, il est vrai, s'en allait mourir sous peu de jours, et Dieu merci I ce mérite manqua à notre ami qui, depuis cette conversation, eut tout le loisir de s'en ménager beaucoup d'autres.
Béranger, si profondément croyant au milieu de sa gaieté, me disait un soir, à propos de l'éthérisation : « En supposant qu'il n'y eût pas encore assez de preuves, comment, après une pareille découverte, pouvoir continuer à douter de la distinction des deux substances? ))