LES CHAMPS
C'est moins là un éloge de la campagne qu'un regret de la ville. Le second vers du refrain le montre assez :
Les champs ont aussi leurs amours.
Florian a aussi de jolies fables ; il y a de bons \ ers
aussi dans Fontanes et Delille : en d'autres mots, ni les fables de Florian , ni les vers de Fontanes et de Delille ne sont ce qu'il y a de mieux dans leur genre. Et les jolis vers du troisième couplet confirment la pensée du refrain. Quelque heureuse, disent-ils, que soit la journée pour nous,
Puisses-tu, maîtresse adorée, Te plaindre encor de sa durée.
C'est-à-dire la trouver longue, ce à quoi nous remédierions en retournant incontinent à la ville.
Les amoureux du vieux temps l'entendaient de
même :
Allons , ma folâtre mignonne ,
Soubs Tespesseur des grands bois verds :
Sentirons l'herbe qui fleuronne
Et verrons son esmail divers.
Là jouirons deux ou trois jours,
En grand soûlas de nos amours.
Deux ou trois jours!... Pour le Parisien, c'est une dose suffisante. Villon même en rabat et parle net : il n'était homme à prendre les goûts du village. Grand merci, s'écrie-t-il , du pain bis, du lait et du reste; tous les beaux ramages d'oiseaux
A tel écot, une seule journée Ne me tiendraient
Les poètes ont-ils vraiment une passion bien vive pour la campagne? C'est là peut-être que se font les vers, mais ils se lisent ailleurs. Horace chante au
ET SES CHANSONS. llo
long la vie champêtre ; et, après avoir tout dit, fait une grimace, et rit de lui-même en riant d'Alphius.
Il y a cependant les quatre ou cinq vers de sa belle ode à Delius : « Là , près du ruisseau qui fuit et murmure, sous les pins et les grands peupliers dont les branches entrelacées font entendre un bruit si doux et jettent autour d'eux tant d'ombre et de fraîcheur , fais apporter du vin , des parfums et des roses. »
Pour Anacréon , sa pensée est à Bathyle , bien plus qu'aux beaux arbres sous lesquels il le fait asseoir.
Virgile aimait évidemment la campagne. On le sent à son cri , quand il pense à cette Grèce , notre éternel rêve à tous.
Oh ! qui m'emportera dans ces vallons si frais ! Chose singulière ! La Fontaine dit quelque part :
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrais -je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais! Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles!
Du moins que les ruiseaux m'offrent de doux asiles, Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !
Et voilà, si je ne me trompe, tout ce qu'il en a jamais dit ! Au plus , je crois , trouve-t-on dans Psyché une description des Jardins de Versailles, et, dsiusle Tribut envoyé à Alexandre, quelques mots sur
Un pré
Tout bordé de courants, de fleurs tout diapré.
Béranger avait un goût décidé pour la campagne.,
même en hiver. Aussi venait-il nous retrouver parfois fort tard; sa chambre cependant était modeste, et l'ordinaire non moins. Mais nous faisions de belles promenades, et quelles causeries ! quels bons rires ! mes petits enfants eux-mêmes s'oubliaient quasi à l'entendre.