PRÉFACE. VII
réaction dont sa mémoire était ^TCtime, une regret^ table injustice et une coupable ingratitude.
Moi, j'étais frappé surtout de l'audace de certaines accusations, et de la timidité ou de la complicité des amis du chansonnier. G*est pour cela que j'hésitais à me jeter dans la mêlée.
L'excessive prudence d'une foule d'hommes que leur position indépendante ou leur réputation aurait dû mettre à l'abri de la crainte, — et qui pourtant se renfermaient dans un mutisme obstiné, en présence de la pensée et du rftle de Béranger indignement travestis, — paraissait indiquer qu'il y avait quelque péril à prendre une autre attitude.
Je sentais d'ailleurs ce péril d'autant plus réel pour moi, que j'étais incapable, si je sortais de mon abstention, de cacher mes sentiments sous les réticences à la mode, et de composer avec la vérité. A moins de me taire, je ne pouvais que démasquer résolument la calomnie et l'erreur.
Aussi plusieurs me conseillaient-ils le silence.
Vous pensiez, vous, au contraire, que la vérité a des droits imprescriptibles, et qu'à notre époque, il est toujours permis à un homme sincère, s'il reste modéré, de traiter en toute liberté une question d'histoire, même contemporaine, même actuelle, même politique.