‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 2)Chapitre 42 sur 67 · LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ

M. Jules Janin insiste avec raison sur le calme et le silcnc^e de Béranger devant les attaques dont il fut Houvcnt l'objet, ainsi que sur l'admirable dévouement avec lequel il secourut tant de malheureux ouvriers, de pauvres gens de lettres, d'exilés, dedéjK)rtés, en un mot, de vaincus de nos luttes politiques.

Ainsi^ du fond de sa retraite^ il accourait à l'aide^ au secours de tant d'honnêtes gens méconnus^ insultés, difiamés. Dans cette défense et dans cette protection d'autrui^ il n'exccptait (jue lui-môme. Attaqué par les plumes les plus violentes et parfois les plus considérables^ en proie à des injures insensées^ naguère encore, aux moments les plus dangereux de notre histoire, insulté, que disons-nous ? danmé par les cuistres, il hs méprise, il les dédaigne ; il écoute à peine, en passant, ces accusations do l'autre monde, et dans tout son livre *, et dans ses lettres les plus intimes, dans cette éloquente et sereine plaidoirie en l'honneur des exilés et des

* Ma Biographie.

proscrits de tous les temps^ vous ne trouverez pas une allusion, une seule^ aux déclamations de ses détracteurs *.

Toutefois cet homme impassible, qui^ pour son propre compte, eut déûé le malheur^ aussitôt qu'il rencontrait une misère^ une honte^ un malheur de la patrie^ il se sentait pénétré de la plus profonde et de la plus vive douleur.

Entrez^ la porte est ouverte^ il appartient à quiconque a besoin d'une aumône ou d'un bon conseil. Tant de lettres qu'il écrivait à ses amis tout-puissants (jamais pour lui^ pas même pour sa tante !) vous montrent un homme heureux^ s'il essuie une larme ou s'il est ulilei à quelque infortune. Il va^ il vient^ il se multiplie^ il s'adresse aux amis^ aux indifférents^ voire aux gens qu'il ne connaît pas, et qu'il n'a jamais vus !

Nous terminerons ces belles citations par la suivante où se trouve un rapprochement très-exact, au point de vue particulier du bonapartisme , entre M. Thiers et Béranger. L'opposition, qui porte au Corps législatif le même M. Thiers, a trop négligé de faire ce rapprochement qui l'eut peut-être préservée de soupçonner le libéralisme de Béranger, au nom de son prétendu impérialisme.

Aussi bien^ l'un et l'autre (Thiers et Béranger) ils étaient des tibéraux d'ancienne date ; ils avaient eu les mêmes amitiés^ ils avaient partagé les mêmes rancunes... Ils avaient aimé, de la même passion, les saines libertés de la parole, ils avaient adopté le même héros, l'Empereur, qui reste à la fois V Empereur de M. Thiers et V Empereur de Béranger; ils lui reprochaient les mêmes fautes, et, dévoués à sa gloire, ils le châtiaient de la même sentence, au nom même de la liberté!

* On a vu que cela révoltait M. Mont3gut qui trouve Béranger décidément trop parfait, et regrette qu'il n*ait pas écrit à son tour, soit des Confessions^ soit des Mémoires d'outre-tombe.

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Â-t-on oublié, d'ailleurs, que M. Thiers fut appelé « historien national, » comme Béranger fut appelé « gloire nationale, v et au même titre? Pourquoi donc croire à l'indépendance de M. Thiers — dont nous ne doutons nullement, — et crier à la complicité de Béranger? Pourquoi inscrire le nom de l'historien sur Yoti'c drapeau libéral et démocratique? Pourquoi en effacer le nom du poète? Hommes de tous les compromis et de tous les expédients ix)litique8, aurez-vous donc toujours deux poids et deux mesures ?

Nous nous sommes laissé aller à citer M. Jules Janin ; nos lecteurs ne le regretteront sans doute pas. Comme nous ils auront admiré, dans ces lignes, la verdeur de l'esprit et la netteté du témoignage.

Depuis bien des années déjà M. Jules Janin n'avait pas été aussi bien inspiré que le jour où il a prouvé qu'il comprenait et qu'il aimait réellement ce qui fut et sera toujours admirable dans Béranger: l'homme bon par excellence et le citoyen intègre.

Quant à M. Bersot ^ sans connaître i>ersonnellement Béranger, mais guidé par un sens juste et le respect de la vérité, il s'est montré non moins sensible à quelques-unes des plus rares vertus du chansonnier. Loin de l'irriter ou de lui paraître invraisemblables, ces vertus l'ont attiré et charmé; il a étudié avec finesse et conscience l'homme et Técrivaindans ses œuvres. Il n'a pas suivi le courant de la réaction ; après avoir écouté M. Cuvillier-Fleury et M. Renan, M. Montégut et bien d'autres, il a

* Littérature et morale, 1 Yol., 18C1.

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