MICHELET
a toujours été pur du côté de Targent, et que tout ce qu'on a dit de ses bonnes affaires et de ses spéculations est faux. »
« M. Michelet les comparait à deux chevaux de course » dont Louis-Philippe se* servait à tour de rôle , et qu'il en- » voyait successivement se refaire quelque temps. — Votre » comparaison est trop noble, lui dit Béranger; mais j'ai dit )) à *** (Thiers) lui-même que lui et *** (Guizot), ils res- » semblaient à deux pauvres fiacres de place surmenés, » crottés, cahotés et souillés. *** (Tliiers) prit très-bien la » comparaison. — Mais Tautre (Guizot), lui dis-je, Taurait-il » bien prise ? — Certainement non. »
« En somme, — ajoute M. Dumesnil dans sa lettre, — ils » ont eu le pouvoir qu'ils voulaient, mais un triste pouvoir. »
Cependant Béranger rendait justice à M. Guizot, sur les points où tout le monde doit reconnaître en lui une véritable supériorité :
« Il disait de M. Guizot qu'il était l'orateur le plus éloquent p de la chambre. Lui seul a des topiques pour tout. Dupont )) (de l'Eure) quittait un jour son banc pendant qu'il parlait : tt Je m'en vais, disait-il, il parle trop bien, d
Nous trouvons, à la page 36, une anecdote qui fait un véritable honneur à Béranger et à M. Michelet. Elle prouve bien une fois de plus que Tindulgence naît de la force, et que ceux qui ont le moins failli sont toujours ceux qui tendent le plus volontiers la main aux pécheurs. Nous citons le passage en entier :
« Chez Béranger nous rencontrâmes *** * qui resta tout le
* Nous respectons l'anonyme, mais on devine facilement qu*il s'agit d'un poëte satirique qui eut un jour sa popularité méritée.
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» temps de notre visite. — Affiûbti, engourdi eomme par » l'usage haUtnd de l'opiiiiD^ d'une nonchalance désespérante » i parier, œ panure homme qui fut heau, et qui le serait » encore 8*3 n'avait cette tenue^ cette parole, ce regard, ne » porte que trop les tristes stigmates des vicissitudes d'un » homme qui s'est laissé acheter, et dont l'ànie s'est trouvée » à jamais incertaine entre le bien et le mal. — Et cependant » c'était un homme merveilleusement doué, maniant le vers B comme la prose. . . Quoiqu'il soit advenu, il reste intéressant.
» J'ai assisté à une scène bien touchante : les deux hommes » les plus purs, les plus honnêtes de ce temps, Bérang^, » M. Michelet, l'avaient là entre eux, ce pauvre homme si indi- » gent, si troublé^ si déchu; et, avec une bienveillance pleine » de grâce, ils s'adressaient à lui, le relevaient à eux, lui mon- » trant de la confiance', encourageant tout ce qu'il disait de » judicieux. M. Michelet racontait comment, à sa première » leçon, il avaitredemandé le Panthéon pour Mirabeau* disant » qu'une expiation de cinquante années dans le cimetière de » Glamari, au milieu des condamnés à mort, sufQsait; qu'il » fallait maintenant réhabiliter ce pauvre grand homme; fad* » sant entendre ainsi à celui qui Técoutait, que l'avenir serait » juste môme pour celui qui avait failli, qu'il y avait toujours » à espérer.
» Béranger faisait toutes sortes de frais d'anecdotes, d'épan- » chements^ de causerie familière. Jamais je ne l'ai vu plus » bonhomme^ se mettant si bien à son aise. »
C'est là, en effet, une belle scène, et qui mérite les honneurs dé l'histoire K Cependant nous devons nous arrêter, passer sous
' Bérauger disait de *** ; « Il a eu le malheur de tomber à un moment où tout le monde avait les yeux fixés sur lui, tandis que tels ou tels, toujours vendus et toujours à vendre, sont bien vus et bien reçus. »
MIGHELET. 199
silence beaucoup d'anecdotes et de trait3 que nous aurions voulu reproduire, et que roUirqfetûUTera dans 06 volume si court et si rempli don^aons n'avous pas même pu prendre le « dessus du ptmkr^ » noot devons renoncer à rapporter ce que disait Déranger de révangile , de Danton et de Robespierre , de Tor* ganisation de la commune, dont le chansonnier voulait qu'on fit « une sorte de famille, une association de secours mutuels avec école, salles d'asile, hôpitaux, lieux de retraite pour les vieillards; » dans laquelle il demandait que « les fonctions municipales ne soient pas immobilisées longtemps dans les mêmes mains*.»
Voici la conclusion de M. Noël :
Il aimait le peuple^ moins pour l'instruire que pour s'en instruire^ que pour s'y retrouver lui-même dans ses sentiments naïfs. Le peuple élait sa muse. Il le suivit et ne se trompa pas. Dans un siècle de prédicateurs^ il ne chercha pas à l'endoctriner^ à le faire entrer dans ses pensées persour nelles; il se plaisait^ au contraire, à recevoir de lui des leçons... quelles leçons! Elles en ont fait un poète immortel.
Et maintenant M. Eugène Pelletan veut-il encore compter avec nous ceux qui sont pour Béranger et ceux qui sont contre lui I « Veut-il juger le chansonnier par qui l*attaque et par qui le défend? »
Qui le défend? Presque tous les bons esprits, presque tous les grands talents de notre siècle, pres-
^ ft Elles sont, disait-il, une instruction pour ceux qui les exercent, qu'elles soient donc exercées tour à tour parle plus grand nombre possible. De la naissance à la mort, la ?ie n'est qu'une grande école, une sorte de préparation à une vie supérieure ; toute organisation sociale doit donc être aussi pour l'homme une initiation incessante. »
?00 BÉRANaER.
que tous ceux qui ont combattu pour le progrès et pour la liberté. En laissant de côté Chateaubriand qu*on ne peut accuser de bonapartisme, nous voyons auprès de Déranger, Tentourant de leur amitié et de leur admiration, La Mennais, Lamartine, Louis Blanc, George Sand, Michelet; tous, — moins M. de Lamartine, aujourd'hui hors de cause, — appartenant à la démocratie militante, à la religion de la liberté. A ce titre, il faut joindre aux philosophes, aux historiens, aux penseurs que nous venons de nonuner, M. Laurent Pichat, qui ne connaît point Béranger, mais qui, s'élcvant au-dessus des influences de son entourage, s'incline devant la pureté de Thomme et la grandeur du poète. Il faut citer encore M. Bersot, un esprit libéral et fin. Il ne faut pas oubher Gustave Planche. Il faut nommer enfin le peuple, le peuple, ce grand juge suprême de nos actions et de nos vertus, le peuple qui n*a rien cru de ce qu'on lui disait contre son chansonnier, et qui l'a aimé réellement, parce qu'il se savait aimé par lui... autrement qu'en chansons.
Cela sufîit-il à M. Pelletan? Veut -il, passant avec nous le Rhin, aller interroger en Allemagne, où Tenthousiasmc pour la France n'est point une habitude, ni môme imc mode, le plus grand génie de rAUcmagne, et demander à Gœthe ce qu'il pensait de Béranger et de son rôle politique ?
Béranger s'est montré^ dans ses compositions politiques^ le bienfaiteur de son pays. Après Tinyasion des alUés^ les Français trouvèrent en lui l'interprète le plus vrai de leurs sentiments comprimés. Il les releva en leur rappelant sous diverses formes ce qu'avait été la gloire de leurs armes avec cet Em-