‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 2)Chapitre 55 sur 67 · GOETHE · texte numérisé non relu

GOETHE

pereur dont le souvenir était encore vivant dans chaque chaumière, et dont le poète adore les grandes qualités^ sans toutefois souhaiter le retour de sa domination despotique.

Fidèle aux principes qu'il trouve en lui-môme, n'étant redevable de ses progrès qu'à lui même, Béranger ne présente dans toute sa conduite qu'un harmonieux ensemble. Il n'a jamais demandé : « Que dit la mode ? Qu'est-ce * qui produit de l'effet aujourd'hui? Qu'est-ce qiii plaît ? Que font les autres? » Ne voulant pas imiter les autres, il a tiré toute son influence du fond même de son propre cœur, sans chercher à savoir ce que le public, ce que tel ou tel parti pouvait attendre. Sans doute, dans maintes, circonstances critiques, il a prêté Toreiile aux aspirations^ aux vœux et aux besoins du peuple. Aussi bien cette étude n'a fait que fortifier ses principes, en lui donnant à connaître que ses propres sentiments étaient en harmonie avec ceux de la foule; mais elle ne Va pas égaré au point de lui faire exprimer d'autres pensées que celles qui animaient déjà son cœur...

Comme il tourne et façonne un sujet dans son esprit, avant de lui donner la forme définitive ! Puis, quand tout est mûr, quelle finesse, quel talent, quelle ironie, quel persiflage! Que de cœur, de naïveté et de grâce ! Ses chansons, bon an mal an, ont rendu heureuses des milliers de personnes *...

Ainsi Gœthe Im-même, un étranger, un admirateur de Napoléon, se charge d'apprendre à M. Pelletan ce qu'il faut penser du mérite et des convietiens impérialistes du chansonnier français.

Mais alors « qui l'attaque? » Ceux qui Font attaqué et l'attaqueront toujours : les libéraux gourmés de la branche aînée et de la branche cadette, les pontifes intolérants des petites églises politiques et

I Entretiens de Gœthe et dTc/rermann, trad. par M. J.-M. Charles, 1 vol.; chez Hetzel,

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religieuses, les bohèm&s^xxT qui le désintéressement est un ridicule, le dévouement une niaiserie, les couTictions un bagage inutile, le génie un bon moyen de parvenir et de faire fortune. Qui encore? MM. de Pontmartin et Veuillot, ie Figaro et M. Eugène Pelletan, — c'est-à-dire un gentilhonmie qui écrit des libelles pour se consoler du talent qpi lui manque et des prétentions qui lui restent ; un fanatique furibond ; un journal facétieux qui travaille dans la religion à ses moments perdus ; un brochturier boursoufQé qui court après la popularité avec tant de précipitation et d'emportement qu'il perd, en route, le sens commun et le respect hiunain.

Oui, puisque M. Pelletan le désire, voyons le parti de Déranger : a jugeons-le par qui l'attaque et par qui le défend, » et que M. Pelletan ne se lasse pas de tenir c la main levée, » s'il espère trouver, dans cette gymnastique désespérée, honneur et profit.

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