‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 10 sur 68 · N06 INTIMES · texte numérisé non relu

N06 INTIMES

préfet de police déclaraient que le poëte était une c gloire nationale. ^

On aurait pu croire qu'il ne restait de fidèles à Déranger, le lendemain de sa mort, que le peuple et M. le préfet de police. Le reste, hommes de lettres et bourgeois, sauf de belles et nombreuses exceptions sur lesquelles nous reviendrons, semblait Fabandonner et le renier.

De pareils faits sont trop extraordinaires pour ne pas nécessiter une explication.

On sait que l'ouvrier parisien ne choisit pas habituellement ses grands hommes sur la recommandation du haut fonctionnaire préposé à la sûreté publique. On comprend que des ennemis ne se réunissent pas, que des amis ne se séparent pas, de gaieté de cœur, sans un motif apparent ou caché ; qu'il a fallu pour amener un' pareil résultat des causes exceptionnelles, un malentendu, volontaire ou non, mais complet. Il n'est pas logique que l'on condamne à la fois chez un même homme, son hypocrisie et sa licence, sa haine des rois et son mépris de la liberté, son impiété et son déisme aboutissant à une conversion; qu'on l'accuse d'avoir mis perfidement un immense talent au service des plus mauvaises passions, et d'être un piètre rimeur de chansons sans portée; qu'on lui reproche, républicain, de rêver l'empire, égoïste, de rester pauvre, ambitieux, de refuser tous les honneurs, et cela à seule fin de se montrer désagréable à ses contemporains et de conserver une popularité dont sa ruse et son habileté n'ont su, d'ailleurs, tirer bien clairement aucun profit personnel.

6 BÉRAimER.

Mais avant de nous occuper des ennemis avoués de Béranger, de ceux qui Tont hautement attaqué, nous devons parler de quelques-uns de ses amis intimes dont plusieurs ont contribué à rendre la réaction contre le poète populaire plus générale et plus violente.

nos INTIMES.

11 tombe, BonnoDS les cloches; Allumons tous nos lampions.

(B&RANGBR, Le$ Mirmidons.)

Déranger venait à peine de rejoindre son ami Manuel dans leur tombe commune, lorsqu'un journal de gravures * publia une série de lettres adressées par le poète à une dame qui avait écrit plusieurs volumes de vers. Une étude assez courte et fort incomplète précédait cette publication hâtive et malheureuse à plusiexurs points de vue. D'abord, elle était la première et donnait un exemple déplorable qui ne fut que trop suivi. Ensuite, elle se composait de lettres qui pouvaient intéresser leur éditeur comme femme et comme écrivain, mais auxquelles le public n'avait rien à voir. Leur plus grand tort était de contenir quelques-

* Le Monde illustré —Numéros du -25 juillet 1857 et suivanU. Ces articFifô ont été réunis en volume, sous ce titre ; Quarantecinq LETTRES DE BÉRANGER ET DÉTAILS SUR SA TIE, publiés par

M"* Louise Colet. — Librairie nouvelle, 1857.

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