‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 11 sur 68 · M»« L0DI8E COLET · texte numérisé non relu

M»« L0DI8E COLET

unes de ces expressions de galanterie banale que tout homme âgé se fait un devoir d'adresser à toute femme qui n'a pas abdiqué ses prétentions. Déranger y parlait à cette dame de ses essais littéraires couronnés ou à couronner par T Académie française, et il en parlait avec bienveillance. A ces lettres se mêlaient d'autres lettres d'un caractère politique dont on donnait seulement des extraits choisis avec une étrange maladresse et de façon à défigurer entièrement les opinions du poëte.

Cela fit beaucoup de tort à Déranger sans faire beaucoup de bien à M"* Louise Colet.

Quand un homme ayant joué un rôle important dans l'histoire de son pays meurt au miheu des circonstances où mourut Déranger ; quand un appareil militaire entoure le cercueil d'un chansonnier qui avait évité même la conscription ; quand des partis ardents s'apprêtent à salir son nom ; quand on est l'ami de ce poète ; quand on l'a connu, compris ; quand on le respecte, on réserve quelques jours à une juste douleur. On pleinre abondamment, et, je le crois, sincèrement à son convoi ; mais, pendant les longues heures de sa cruelle agonie, on ne prépare pas l'article nécrologiqpie qui attend, à l'imprimerie, le dernier soupir du moribond. Essuyer ses larmes d'une main, et jeter de l'autre main, en pâture à la maUgnité ou à la curiosité du public, un paquet de lettres, en criant: — Un grand homme vient de mourir, je le connaissais ! Voyez plutôt, il m'écrivait, il lisait mes vers. Il s'intéressait à mes voyages, à ma santé! — C'est trop songer aux vivantSy c'est trop oublier le mort.

8 BÉRANaSR.

Vous Taimiez? vous Tadmiriez? Vous l'eussiez mieux prouvé en le disant moins tôt, et en le disant autrement. On aurait toujours su plus tard qu'il vous avait reçue à sa table où s'asseyaient des ouvriers, des jeunes gens sans fortune, peintres, poètes, historiens, et parfois quelqpies hommes de génie, qui venaient retremper leurs inspirations dans les conseils du bon sens. On aurait su plus tard que vous lui soumettiez vos travaux poétiques ou dramatiques, et qu'il adoucissait la critique par un compliment. Mais si la vanité explique bien des choses, elle ne les explique pas toutes, et il y aurait un chapitre instructif à écrire sur la part d'influence qui revient aux pensions de l'État dans la Uttérature.

Est-ce bien , en effet , la maladresse et la légèreté seules qui ont conduit M"® Colet à donner une lettre datée du 4 mai 1848, au soir, et dont voici quelques passages :

Aujourd'hui cependant il m'a bien fallu me rendre à cette Chambre, d*où j'ai été obligé de m'enfuir à cinq heures, avec un mal de tète que le grand air a dissipé, en dépit des badauds

et des gamins qui me poursuivaient de leurs cris Je crois

bien qu'apràs mon départ on a proclamé la République, car j'ai entendu le canon, et j'étais sorti après avoir signé une

courte rédaction qu'on avait mis une heure à formuler Je

n'ai plus ni temps, ni repos ; le sommeil me fuit : voilà ce que j*aurai gagné à la République.

Plaignez-moi donc un peu, et croyez qu'il me sera bien doux de planter là, un de ces jours, mes chers collègues qui paraissent disposés à s'amuser ensemble.

Cette lettre a été publiée peu de jours après les funérailles du poète , au moment oïl les esprits exd-

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