J. OLIVIER
croîs e& IHeu, » nous a-t-il dit à Dous-mème^ il y a quelques aimées, « mais je ne crois qu'en lui, n ajouta-t-ii. « Croire en Dieu, c*est déjà croire à tout, » telle Ait à peu près notre réponse, dont le sens se rapportait pour nous à cette parole profonde de la part de celui qui Ta dite : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Ces dernières années, comme on le voit par la correspondance de M. Dumesnil, il parlait souvent et toujours avec respect de rEyangile ; mais jusqu'à la fin rien ne montre qu'il songeât à rentrer dans le sein de TÊglise catholique.
C^ïendant M. Olivier paraît adopter le rédt erroné de M. Veuillot dans VUnivers religieux. Nous avons réfuté ce récit, et M. Olivier doit avoir appris plus tard qu'il fallait se défier de M. Veuillot ainsi que des conversions qu'il annonce la larme à l'œil : timeo Danaos... Nous devons signaler encore dans ce travail le passage relatif aux obsèques officielles de Béranger; passage très-vrai dans ses détails, et exprimant bien le sentiment général du public « blessé de se voir ainsi tenir à Técart. »
On voit d'ailleurs parfaitement que M. Olivier a connu Béranger dont il parle avec justice, dont il sait apprécier la fine intelligence et le noble caractère.
M. Eug. Bersier a consacré un travail plus considérable à Béranger, dans le numéro de la Revue chrétienne du 15 février 1858. Ici la date a quelque importance. Nous sommes en pleine réaction contre le chansonnier, et il nous semble que l'écrivain a subi \m peu Tinfluence de cette sévérité qu'on respirait alors dans l'air. Toutefois, M. Bersier est seulement sévère. Son regard s'arrête volontiers sur
ce qu'il appelle le mal, mais il ne se détourne pas du Jbien. Nous ne nous occuperons, dans cette im^ portante étude, que du chantre consacré à la religion de Béranger. Les autres chapitres traitent du mérite du poète et' de ses opinions politiques.
Quelle fut la religion de Bérflnger •• Je ms que bon non^ bre de gem écarteraient cette question avec un iourire et nous diraient qu'après tout c'est d'un chansonnier qu'il s'agit. Mais Béranger lui-même n'en aurait pas souri ; il avait une croyance, il y tenait plus qu'on ne pense volonti^ii.
Cette croyance, c'était ce qu'on appelle la religion natordle, non pas cependant celle de Rousseau ou de Jules ^mon avec ses côtés sCoiques et son culte austère du devoir.
Est-ce que la vie de Béranger n'est pas la pratique constante de ce culte austère du devoir « tel qu'il le comprenait, » pour nous servir de l'expression de M. Coquerel? Est-ce que son désintéressement, sa pauvreté volontaire, mais simple et gaie, son inépuisable charité, son dévouement pour ses amis, sa sympathie pour les malheureux, ne font pas partie du culte austère du devoir. Cette religion ruUurelle ne vaut-elle pas mieux que celle qui dicte les Confessions ? Et, d'ailleurs, pourquoi montrer tant de sévérité, pasteurs de l'Évangile, qui semblez, vous aussi, oublier trop souvent le premier article de votre code moral, et ne plus savoir^ lorsqu'il s'agit d'un homme en dehors de votre Église, que la plus excellente des vertus, d'après saint Paul, c'est la charité I
Béranger, tout stoîque qu'U fût à certains égards, faisait découler sa religion d'une autre source que la eonseience. C'est \t plaisir, comme il le dit, qui lui a révélé des cieux intelli-
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Oui, sans doute, mais le plaisir innocent, celui qui ne fait de mal à personne, celui qui naît de la jouissance légitime des biens que nous a donnés la nature, c'est-à-dire le plaisir approuvé par la conscience. La conscience n'est donc pas si loin qu'on pourrait le croire.
Quelque légère que paraisse cette religion^ elle n'en était pas moiVis chez loi tenace et profonde.
M. Bersier cite plusieurs passages de Béranger, enU« autres celui-ci :
c Et pourtant j'ai toujours été^ je suis et mourrai^ je Tes- » père, ce qu'en philosophie on appelle un spiritualiste. »
Puis il ajoute :
Cesiy en eflet, le spiritualisme qui se fait jour de plus en plus dans ses dernières chansons et qui lui inspire encore quelques beaux vers :
Aux mains de Diea, grain de poussière, L*homme pèse plus qu'un soleil ;
et ce défi lancé au matérialisme :
Quoi I eette 4me eselaye ici-bas, N'a point de ciel où fuir an monde, Qu'elle sent crouler sous ses pas!
Les vers adressés à Mon Jardin sont Texpression familière de ce sentiment religieux. Les premiers sont touchants :
Atec Dieu, bien souvent je caise; Il m'éconte, et dans sa bonté Me répond toujours quelque chose, Qui toujours me rend la gaieté *.
< Le Dieu de la « religion épvrée » de M. Renan, loi aurait répondu : « Iwfie tt FMistin, »
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M. Bersier constate aussi que Béranger est resté « le môme jusqu'à la fin de sa vie, et qu'il n'a pas fait un seul pas vers le christianisme, tu
Béranger dit^ il est vrai^ que rËvangile a toujours été pour lui une lecture philosophique et la plus consolante de toutes. Mais cela est-il exact ? Je ne parle pas ici de ses attaques contre la religion^ car je me souviens d'où il est parti et quel rôle le catholicisme jouait sous la Restauration. Est-il vrai^e Béranger ait pu goûter ce que TÉTangile renferme à la fois de philosophique et de consolant ? Quoi ! le premier mot de ce livre divin n'est-il pas celui de grâce et de pardon? Otez ce mot de TËvangile^ où est donc sa philosophie, où sont ses consolations ? Or^ ce mot de pardon^ jamais Béranger ne Ta prononcé... Béranger est, en un mot, le type accompli de ce que les chrétiens appellent le propre juste ; tel il reste jusqu'à la fin. Quand Tabbé Jousselin vient le visiter à son lit de roort^ le chansonnier lui répond d'une voix nette : « Votre caractère vous donne le droit de me bénir. Moi aussi^ je vous bénis. Priez pour moi et pour tous les malheureux ; ma vie a été celle d'un honnête honmie. Je ne me rappelle rien dont j^aie à rougir devant Dieu. y>
Ce dernier mot révolte beaucoup M. Bersier; il n'admet pas qu'un honnête homme, ayant vécu selon ses principes, — et la vertu, en pareil cas, c'est d'y avoir conformé sa vie,— puisse mourir calme et confiant en la bonté du Dieu particulier auquel il croit. M. JBersier n'admet pas que cet homme, au dernier moment, se rappelant qu'il a obtenu de luimême tout ce qu'une volonté forte au service d'une raison éclairée pouvait en obtenir, se rappelant qu'il a fait autour de lui autant de .bien que les circonstances le comportaient, et que ses intentions ont toujours été pures, ses actes désintéressés, malgré des