EUG. BER6IER
faiblesses inhérentes à Timperfection de la nature humaine, où Dieu ne saurait voir un péché, s'il est réellement juste et bon, M. Bersier, disons-nous, n'admet pas que cet homme meure avec un calme et une résignation antiques.
«Ce n'est pas ainsi que sont morts Augustin, Pas-. cal, Corneille, Racine, Mathurin Régnier, Lafontaine, » s'écrie M. Bersier. — Non, sans doute, mais qu'est-ce que cela prouve? Ils n'adoraient pas le même Dieu que Béranger, voilà tout. Dominés, écrasés à la fin de leur existence par la foi générale en un Dieu colère et jaloux, au nom duquel on avait élevé les bûchers de l'inquisition sur toute l'Europe chrétienne ; en un Dieu dont le vicaire ordonnait, à Rome, des actions de grâce à la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy; en un Dieu qui bénissait les dragonnades de Louis XIV; en un Dieu qu'on adore encore aujourd'hui, à Toulouse, par certain «jubilé» de sanglante mémoire, ces hommes qui se croyaient coupables dès leur naissance, crai- . gnaient les vengeances de Jéhovah et doutaient de sa justice autant que de sa bonté. Leur soumission, leur humiUté était un hommage à là peur ; le « front superbe et la naïve assurance » de Béranger furent un hommage à la conception plus douce et plus équitable d'un Dieu paternel.
Quelle mêntce un prêtre fait entendre I
Mais quelle erreur 1 non, Dieu n'est point colère : S'il créa tout, à tout il sert d'appui. Vins qu*il nous donne, amitié titulaire. Et vous, amours, qui créez après lui.
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PrélM un charme à ma philosophie Pour dissiper des rêves affligeants.
La conclusion de M. Bersier a beaucoup d'analogie avec la conclusion de M. Cuvillier-Fleury, lorsque ce dernier nous donne son appréciation définitive du caractère de Béranger. Cependant l'écrivain de la Revue chrétienne montre plus de modération, du moins dans les termes, que l'écrivain du journal des D^ats.
Nous transcrivons textuellement :
Nature modérée, prudente et (rancbe à la fois, caractère indépendant et stoîque, mais esprit esclave de l'opinion populaire, la servant moins cependant par calcul que par instinct et par habitude; intelligence plus ^ite qu'on ne pensait et presque fermée du c6té de l'àroe et de l'idéal moral; cœur sensible et bon^ sans vanité mais non pas sans orgueil, défiant de son talent mais content de lui-même, tel est l'homme eu Béranger.
U y a là quelques traits extrêmement vrais, malgré la sévérité générale du ton. Cependant en lisant M. Bersier, ainsi que ses trois coreligionnaires, nous n'avons pas eu à relever ces expressions fâcheuses, ces violences de langage qui naissent naturellement sous les plumes catholiques, et que nous avons retrouvées avec une pénible surprise, comme un dernier souvenir du séminaire, sous la plume élégante et mélancolique de M. Renan.
MM. Vinet, Coquerel, Olivier, Bersier se distinguent tous par la même qualité : une haute convenance de langage, indice certain de convictions respectables, alors môme qu'elles seraient étroites et absolues. Ce sont là des hommes de foi, plutôt que des hommes de parti. •
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