‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 25 sur 68 · LE FI6IR · texte numérisé non relu

LE FI6IR

Od Tout' gagner, gagner, gagner encor. ren sait plnsienra, le pourra-t-on bien croire Qoi donneraient pour leur plein gouaaet d'or, Et leurs vingt ans, et Voltaire et sa gloire. (B^BANGEiL Demièret ehamons,)

J'suisné Paillasee...

(BArargie. PaiiUuMe)

Nous aurions dû, pour être logique, parler du Figaro, immédiatement après MM. de Pontmartin et L. Veuillot. En effet ce journal a fort allègrement hissé sur les trétaux de son théâtre en plein vent la religion et la monarchie légitime. Le Figaro a des opinions politiques et religieuses. Entre deux lazzis, il fait un signe de croix, et, quand il soulève le chapeau en feutre mou du pitre, on aperçoit dans le fond une cocarde graisseuse qui fut blanche autrefois. On peut s'étonner que le public qui ne lit point VUnùm, la Gazette de France, m le Monde, ait, pendant plusieurs années, déposé son offrande sur ce nouvel autel élevé au catholicisme militant et à la royauté vaincue.

Le succès de ce bâtard heureux du Barbier de SàinUe s'explique par bien des causes que nous allons rapidement analyser.

Il y a dans toute nation une certaine quantité d'instincts mseuvais. En France nous avons hérité d'Athènes, à laquelle on nous compare quelquefois, une certaine légèreté d'esprit qui nous rend injustes le plus souvent par simple versatilité. L'enthou-

siasme pour les hommes y est facile, mais peu durable, et rien n*y fatigue autant que Tadmiration prolongée. D'autre part, nous sonunes une démocratie, et, dans toute démocratie fondée nécessairement sur Tégalité, une vive irritation, proche voisine de Tenvie, ne tarde pas à se faire jour contre les illustrations politiques ou littéraires, en im mot, contre les supériorités quelles qu'elles soient.

Si vous ajoutez à ce sentiment peu respectable, Toisiveté forcée d*un public auquel les circonstances interdisent momentanément les hautes spéculations de la pensée ; si vous vous rappelez que la presse mise au régime, le droit de réunion suppriçié, la tribune surveillée, les idées généreuses, ou tout au moins sérieuses, ont tout à coup cessé de circuler ; si vous constatez que la nation dégoûtée de la politique dont elle n'a plus la responsabilité, enfermée dans une réglementation minutieuse qui a tout prévu et tout tué, ne peut se mouvoir sans rencontrer au premier pas la ligne infranchissable de quelque douane intellectuelle, les succès de M. Eug. de Mirecourt, du Figaro et des autres coryphées amusants du parti catholique, s'expUqueratout naturellement.

Or, il est remarquable que c'est habilueltement à des époques de despotisme qu'on voit naître de pareilles productions. L'esprit a un tel besoin de liberté que^ lorsqu'il en est privé, il franchit les barrières les moins bien défendues, au risque de pousser trop loin cet élan d'indépendance. Les gouvernements adroits s'en arrangent. Celui de Venise protégeait les courtisanes ^

* BiteAifcn. ira Biographie,

LE FIGAAO. 233

L'histoire des dix dernières aimées prouve combien cette observation est profonde et juste. Si Ton était libre dans les grandes choses, s'il était permis de s'intéresser avec toute activité et toute indépendance aux grandes questions sociales, on ne se plairait point au bavardage vide et malfaisant, aux cancans de bas étage des Basiles littéraires, aux révélations plus ou moins .scandaleuses de gens de lettres faméliques * réduits au pire métier, faute de pouvoir écouler dans de meilleures conditions leurs produits quotidiens : on ne verrait pas, spectacle instructif autant qu'affligeant, la vie publique fermée et la vie privée ouverte.

Au milieu du silence général, toute voix qui s'élève, fût-elle fausse et criarde, attire l'attention. Tous lés yeux se tournent du côté d'où part le bruit :

* 11 ya sans dire qu'en parlant du Figaro nous n'entendons parler que du Figaro être de raison, e'est-à-dire de l'esprit général et des • tendances habituelles de sa rédaction. Nous savons parfaitement qu'il a parfois publié d'excellents articles, de téritables morceaux de critique littéraire. Nous savons aussi qu'il fut longtemps, grâce aux façons peu libérales, au système d'exclusion égoïste de la plupart des grands journaux, la seule tribune ouverte à beaucoup de jeunes gens : il acceptait volontiers leurs essais, et les fit ainsi connaître du public. Nous n'oublions pas surtout que les divers et successifs collaborateurs de ce Recueil ne doivent être responsables que des écrits signés par eux. Nous serions donc désolé que certains critiques, chroniqueurs ou correspondants de la feuille de BL de Villemessant, — M. Edmond Âbout, par exemple, dont nous admirons beaucoup l'esprit si vif et si français, — s'attribuassent tout ou partie de nos paroles. D'ailleurs si le « bon jeune homme » a prêté de sa verve au Figaro, et s'il en a fait le succès pendant quelque temps» l'auteur de tant d'ouvrages charmants possède plus d'un titre sérieux à la sympathie éclairée du public et de la critique.

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M. Eugène de Mirecourt, un écrivain catholique et monarchique, lîiplusni moins que M. Barbey d'Aurevilly, vend ses petites brochures ; M. de Pontmartin trouve des lecteurs et fait parler de lui ; M. Veuillot se discute et passe pour courageux ; et le Figaro s'érige en juge d'instruction goguenard, louant ceuxci, blâmant ceux-là, se moquant des battus, bravant les gens à terre.

Nul, en effet, n'est moins héroïque que ce barbieraristarque. Son indépendance consiste à flatter Tâutorité qui le tolère et à mordre ceux qu'on lui abandonne. Son habileté fiit de se créer une notoriété, à force d'imprimer dans ses colonnes, en majuscules, les noms de tous les hommes connus de notre époque. Quant à son cathoUcisme, à son royalisme, bien peu l'ont pris au sérieux, et personne n'tf songé à s'en plaindre. Les démocrates et les libres penseurs se sont même félicités de lui voir arborer le drapeau facétieux des « saines traditions. » Dans le camp libéral, on eût repoussé ceHe recrue compromettante, tandis que le Figaro, défenseur du trône et de l'autel, c'est une véritable victoire pour les idées qu'il combat. Pauvre trône I pauvre autel !

Nous avons parlé du courage du Figaro. Bon nombre de lecteurs naïfe, peu au courant des secrets de la couhsse, lui voyant toujours flamberge au vent, ont pris au sérieux ses airs de capitan. Ils le croient aventureux. Ils se disent qu'il a la main leste et brandit après tout un fer redoutable. Nous sommes heureux d^ les rassurer. Ceux qui l'ont approché savent qu*il ne brandit pas même «un sabre innocent. 1 Ce tranche-montagne n'a point les mœurs

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