‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 55 sur 68 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Homo ium, et nU hwaMid a me aUemumputo,

(TÉRIMCB.)

Ml relIclOB, — Ml p^lUl^oe. — l.*hoHiaie.

Nous avons interrogé successivement les ennemis, les adversaires et les amis du chansonnier ; nous avons rapporté les raisons pour et contre, en nous appliquant à reproduire d'une façon complète les arguments soutenus par chacun des écrivains qui ont abordé cette question. Si nous n'avons pas discuté avec les hommes du parti ultramontain et ceux du Figaro^ parce que nous ne sommes pas assez naïf pour répondre sérieusement à ce qui n'est pas sérieux, pour essayer de convertir soit des fanatiques, soit des gens sans conviction, dont la haine contre le poêle s'accroît d'autant plus qu'ils sont plus assurés de la grandeur de son rôle et de la beauté de son caractère, nous avons suivi pas à pas, depuis M. Sainte-Beuve jusqu'à M. Guizot, les critiques

auxquels le public intelligent prête son attention. On nous rendra cette justice de reconnaître que nous n'avons rien retranché de leurs objections, que nous ne les avons jamais affaiblies ni dénaturées par un commode système de suppressions perfides ou de rapprochements forcés. Nous leur avons laissé la parole loyalement, nous réservant de leur répondre, quand ils étaient dans Terreur, ou de les approuver, lorsqu'ils étaient dans la véri^.

Que ressort-il au premier abord de notre examen? C'est que cette réaction contre Déranger, dont on avait fait tant de bruit, dès qu'on y regarde de près, devient bien peu de chose. Elle n'a compté parmi ses chefsqu'unpetitnombred'honunes, secondaires après tout par le talent et Tinfluence, médiocres par les idées et le caractère.

C'étaient : MM. de Pontmartin, Veuillot, Eugène Pelletan, puis le Figaro. Ceux-là, sauf M. Pelletan, appartenant aux partis du passé, au monde qui s'en va, et qui emportera dans Toubli leurs grosses ambitions et leurs petits méfaits. Les autres, M. Sainte-Beuve, tous les écrivains du parti protestant, M. Proudhon, M. Montégut, M. Cuvillier-Fleury etM. Guizot, ayant encore, malgré leurs restrictions, fait une part assez belle au chansonnier, — M. Sainte-Beuve et M. Proudhon surtout — pour qu'on puisse se féliciter que des adversaires aussi redoutables et aussi habiles aient été obligés de reconnaître et le grand talent du poète et la bonté de l'homme. — Leurs reproches se réduisaient à deux ou trois points principaux, sur lesquels, d'ailleurs, ils ne tombaient môme pas d'accord.

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Nous avons aussi démontré, pièces en main, que presque tous les esprits distingués de notre époque, presque tous les hommes dignes d'attention et de respect, soit pai^ la portée de leurs idées, soit par l'honorabilité de leur caractère , avaient été et restaient les admirateurs du chansonnier.

 la suite de ceux qui sont morts, Chateaubriand, La Mennais, Gœthe, Gustave Planche, nous aurions pu nonmier encore, parmi les vivants, et M. fhiers et M. Edgard Quinet, dont l'amitié pour Béranger n'a jamais changé; malgré la vicissitude des événements.

Si, d'autre part, nous nous rappelons que, même chez les adversaires du chansonnier, la violence et les négations diminuent en force et en nombre, à mesure que le talent augmente ; si nous comparons les invectives de M. de Pontmartin aux simples restrictions de M. Sainte-Beuve , le pompeux et triste réquisitoii:e de M. Pelletan à la sévérité rachetée par de magnifiques éloges de M. Proudhon, et les calomnies du premier aux antipathies surtout littéraires de M. Iiouis Ulbach ; si nous étudions successivement M. Montégut, M. CuviUier-Fleury et M. Guizot, et si nous constatons que, chez ces trois pubUcistes, la bienveillance pour le poète et l'homme suit ime sorte de crescendo régulier, nous en arriverons logiquement à féliciter Béranger d'avoir mérité de tels ennemis, de pareils adversaires et de semblables amis.

Nous avons constaté enfin que la réaction contre Béranger avait été surtout un mouvement de revanche pohtique. En effet, sauf M. Louis Ulbach, per- II. i2

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sonne ne nie le talent du poète, tpii reste consacré môme par les restrictions de M. Sainte-Beuve et de M. Montégut. Les préjugés littéraires ont apporté leur contingent dans la petite campagne entreprise contre le chansonnier, mais ils n'ont eu qu'une importance tout à fait secondaire, et n'auraient pas, en d'autres circonstances, osé se montrer au grand jour. Jl a fallu qu'une seconde République mourût, et qu'un second Empire s'élevât sur ses ruines, en France, pour qo'on en vînt à suspecter la bonne foi politique et les tendances soit libérales, soit révolutionnaires de Déranger. Il a fallu surtout que le gouvernement se chargeât un peu trop exclusivement des funérailles du poète; que les uns trouvassent commode de faire un doigt de cour à TEmpire au nom du mort ; que les vaincus cherchassent, en dehors de leurs propres fautes, une cause à leur défaite; que les hbéraux, momentanément éloignés des affaires, eussent intérêt à démontrer que, républicain ou impérialiste , Déranger n'avait jamais aimé la liberté, dont ils prétendent posséder seuls la recette et le monopole ; il a fallu, disons-nous, ce concours de circonstances exceptionnelles, pour que, devant le pays surpris et le peuple incrédule, un certain nombre d'écrivains se soient appliqués à renverser de son piédestal la statue populaire du chansonnier.

Et cependant, même sur le terrain poUtique, nous n'avons pu relever contre le poète que des assertions vagues ou des interprétations erronées : — il a chanté l'Empereur, a-t-on dit, donc il était impérialiste, donc il ne devait pas aimer la liberté.

Alors on a cherché avec soin dans tout ce qu'il

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