‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiques (volume 3)Chapitre 64 sur 68 · LE CHAPELET DU BONHOMME · texte numérisé non relu

LE CHAPELET DU BONHOMME

ir Sur le chapelet de tes peines, Bonhomme, point de larmes vaines.

— N*ai -je point siyct de pleurer ?

Lasl mon ami vient d'expirer.

— Tu vois là-has une chaumière :

Cours vite en chasser la famine ; Et perds en route, grain à grain.

Le noir chapelet du chagrin. »

Bientôt après, plainte nouvelle.

— «( Bonhomme où ta blessure est-elle?

~ Las Ml me faut encor pleurer :

354 BÉRANOER.

chercher dans la poésie un simple délassement de l'esprit, et de s'abandonner passif à Tinspiration, fille capricieuse de la fantaisie. Il se dit qu'ayant une faculté spéciale, cette faculté lui imposait des devoirs spéciaux aussi et plus exigeants; qu'il devait l'employer au profit de tous, et la faire servir à Futilité générale. Ainsi doué, dans sa jeunesse, d'une inspiration abondante et facile, il se voua au travail

Mon vieux père Trient d'expirer.

— Cours ! Dans ce bois on tenu un criwke : Arrache aux brigands leur vicHme;

Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin. »

Bientôt après, peine plus grande.

— « Bonhomme, les maux vont par bande.

— Las! J'ai bien sujet de pleurer :

Ma compagne vient d'expirer.

— VoiS'tu le feu prendre au viUage ?

Cours Véteindre par ton courage ,•

Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin. »

Bientôt après, douleur extrême.

— « Bonhomme, on rejoint ce qu'on lime.

— Laissez-moi, laissex-moi pleurer :

Las 1 Ma fille vient d*expirer.

Cours au fleuve : un enfant s'y noie.

D'une mère saufte la joie ; Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin. »

Plus tard enfin, douleur inerte.

~~ « Bonhomme, est-ce quelque autre perte ?

— Je suis \ieux et n*ai qu'à pleurer : Las I Je sens ma Torce expirer.

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