‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiquesChapitre 22 sur 39 · EUGÈNE NOËL · texte numérisé non relu

EUGÈNE NOËL

ne se prête pas à la reproduction de cette belle figure si calme dans sa force, si forte dans son unité.

Le livre de M. Eugène Noël a un autre mérite : il nous fait connaître les rapports intimes de Béranger avec M. Michelet et M. Dumesnil, ainsi que l'admiration que le plus inspiré et le plus généreux de nos historiens portait au chantre populaire. On est heureux de constater cette union de deux hommes de cœur qui tous deux aimaient le peuple, qui tous deux ont rêvé son avènement réel, ont contribué, chacun dans sa sphère, à le rendre plus prochain. On a beaucoup parlé de l'amitié de Chateaubriand et de Béranger, de Béranger et de La Mennais, puis de Lamartine ; il faut y joindre l'amitié de Béranger et de M. Michelet : cette dernière n'est peut-être pas celle qui témoigne le moins en faveur des convictions vraiment révolutionnaires et libérales du chansonnier.

Pour citer tout ce qu'il y a de charmant et de remarquable dans le volume de M. Noël, il faudrait citer presque tout. Forcé de nous restreindre, nous ne choisirons pas, nous prendrons un peu au hasard.

Dès le début, nous trouvons, sur la révolution de 1830, une conversation entre M. Michelet et Béranger, où Béranger parle du rôle qu'il a joué dans cette circonstance capitale de notre histoire contemporaine. Non-seulement les paroles prêtées au poëte ont le mouvement de ses discours habituels, non-seulement c'est bien là sa phrase, — il n'y manque que la voix et le geste, — mais encore ce petit morceau a l'avantage de corriger ce que le récit de M. de Lamartine, sur les mêmes événe-

ments, nous a paru contenir d'arrangé et d'exagéré :

11 parla à M. Michelet de la difficulté pour les historiens de pénétrer le vrai dans les choses passées, et même dans les présentes ; puis, citant •comme exemple, quelques-uns de£ événements contemporains, qu'il a si hien observés, il en vint à la Révolution de juillet, où le peuple seul et sans guide a tout fait, disait-il. — Cependant on n'en a pas moins dit et imprimé (vous trouverez cela dans Louis Blanc) que j'avais contribué à mettre Louis-Philippe sur le trône ; mais je m'en lave les mains. Cela n'est pas, et personne ne l'a mis là ; les circonstances l'y ont amené d'elles-mêmes. Il fut mis sur le trône, parce qu'il n'y avait pas- de choix ; quel autre eût été possible? Il est vrai, cependant, que, l'un des premiers, je demandai que l'on continuât la royauté ; fêtais et j'ai toujours été républicain; mais je sentais qu'il n'était pas temps encore. Il ne faut pas renverser la royauté, il faut l'user. — C'est une vieille borne, reprenait-il, si vous la renversez, la police la replace le lendemain; mais qu'elle s'use d'elle-même, et personne n'y pensera plus. Louis-Philippe réunissait en sa personne tout ce qu'il fallait pour finir la royauté ; aussi, lorsque M. Dupin s'écria : Nommons-le quoique Bourbon, je repris vite : Nommons-le, parce que Bourbon.

— Je ne comprends pas votre parce que, me dit M. Dupin. — Je vous l'expliquerai plus tard, répondis-je.

Et, en effet, quelques années après, comme il me demandait de nouveau pourquoi j'avais dit : Nommons-le, parce que Bourbon, je répondis : Parce qu'il devait s'user plus vite.

M. Noël rapporte que Béranger raconta devant lui l'histoire de Mandrin, « en se promenant de long en large, les mains dans les poches. » Il ajoute : « Et quelles réflexions entremêlées au récit ! quelles boutades imprévues! que de saillies! »

En effet, Béranger admirait beaucoup Mandrin.

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