‹ Béranger, ses amis, ses ennemis et ses critiquesChapitre 4 sur 39 · M. GUIZOT · texte numérisé non relu

M. GUIZOT

« Le besoin de la domination joint au goût de la discussion libre. »

(Daniel Stern, sur M. Guizot. Révol.

de 1848. Introd.)

Omnia pro dominatione.

(Tacite.)

Nous avons fort peu de chose à dire de M. Guizot au sujet de Béranger. L'ancien ministre de Louis- Philippe a tout perdu, sauf ses grands talents et son orgueil, — C£t orgueil impassible et froid, auquel il doit le calme de sa conscience et la dignité de son maintien. Devant les graves événements accomplis depuis quinze ans, bien des passions nouvelles ont surgi, bien des convictions se sont modifiées et transformées; l'histoire a marché, et l'idéal politique des hommes qui pensent et de ceux qui aiment le progrès s'est reporté plus avant dans la liberté et dans la démocratie, tandis que d'autres se rejetaient en arrière, et tournaient vers le passé leurs regards qui fuyaient le présent. M. Guizot n'a suivi ni l'un ni l'autre de ces mouvements contraires. Il est au-

jourd'hui ce qu'il était le 22 février 1848, et, si les événements le ramenaient au pouvoir, s'il remontait ministre à la tribune d'une autre chambre des dépulés, comme ce professeur espagnol rendu à sa chaire après dix ans passés dans les cachots de l'Inquisition, il reprendrait son discours interrompu par le tumulte révolutionnaire, et commencerait ainsi : — MM. les députés, je vous disais hier... M. Guizot n'a jamais été vaincu ; c'est un de ces esprits tout d'une pièce, et réellement bornés dans leurs roideur, qui s'arrêtent à un moment donné et se figent sur place. M. Guizot ne pense plus, il a pensé ; M. Guizot, quoiqu'il dise, ne croit plus au progrès : il a dû logiquement cesser d'y croire le jour où il s'est approprié la formule doctrinaire. Ce jour-là, M. Guizot, rentré dans son repos, a jugé que l'humanité pouvait faire halte et dresser sa tente. Le but n'était-il pas atteint? Pourquoi s'agiter désormais en vain? La vraie doctrine existait, et l'homme qu'elle avait choisi pour s'y incarner voulait bien se charger de l'appliquer '. L'esprit du mal, c'està-dire la Révolution, a triomphé momentanément; qu'importe pour qui possède la vérité et n'a pas douté de soi?

... Capitolî immobile saxum.

Cet orgueil immense nous pousse au pouvoir et aux fautes : il nous protège aussi contre les petites rancunes, et nous délivre de la fièvre des inquiétu-

1 « Toutes les politiques vous promettront le progrès, la mienne seule vous le donnera ! » (Paroles textuelles de M. Guizot, au banquet de Lisieux). Ces pnroles, M. Guizot les répétait annuellement à la chambre.

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