‹ Béranger, un poete nationalChapitre 8 sur 21 · LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LES HIRONDELLES

Captif au rivage du Maure, Un guerrier, courbé sous ses fers.

Disait : Je vous revois encore.

Oiseaux, ennemis des hivers.

Hirondelles, que l'espérance Suit jusqu'en ces brûlants climats, Sans doute vous quittez la France :

De mon pays ne me parlez-vous pas?

Depuis trois ans je vous conjure De m'apporter un souvenir

Du vallon où ma vie obscure Se berçait d'un doux avenir.

Au détour d'une eau qui chemine A flots purs, sous de frais lilas, Vous avez vu notre chaumine :

De ce vallon ne me parlez-vous pas ?

L'une de vous peut-être est née Au toit où j'ai reçu le jour; Là d'une mère infortunée Vous avez dû plaindre l'amour.

Mourante, elle croit à toute heure Entendre le bruit de mes pas ; Elle écoute, et puis elle pleure.

De son amour ne me parlez-vous pas?

Ma sœur est-elle mariée ?

Avez-vous vu de nos garçons La foule, aux noces conviée, La célébrer dans leurs chansons ?

Et ces compagnons du jeune âge Qui m'ont suivi dans les combats.

Ont-ils revu tous le village ?

De tant d'amis ne me parlez-vous pas ?

Sur leurs corps l'étranger, peut-être.

Du vallon reprend le chemin; Sous mon chaume il commande en maître : De ma sœur il trouble l'hvmen.

Pour moi, plus de mère qui prie, Et partout des fers ici-bas.

Hirondelles de ma patrie, De ses malheurs ne me parlez-vous pas ?

Après la gaudriole, la satire et l'élégie vient la ballade, tantôt purement poétique, tantôt politique et sociale.

C'est dans la ballade poétique que Fimagination de Béranger a trouvé un refuge : car il eut, lui aussi, une folle du logis, un lutin amoureux des rêves, épris de surnaturel, surtout de celui qui s'élève des champs et des bois, et par suite du cœur paysan. Rappelezvous : les Étoiles qui filent, Louis XI, le Juif Errant, le Bonheur; autant de petits drames, ayant la couleur légendaire et de ces refrains trouvés qui tout de suite, selon sa propre expression, viennent gîter dans la ménrioire, en y éveillant on ne sait quels échos et quels songes. . .

Encore une étoile qui file Qui file, file et disparaît.

ou bien :

Toujours, toujours Tourne la terre où moi je cours Toujours, toujours, toujours, toujours.

Et tant d'autres. Une des plus charmantes, et si je ne me trompe, la première en date de ces compositions, pas encore si énergique de touche, mais exquise de sentiment, ce sont :

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