‹ Béranger, un poete nationalChapitre 9 sur 21 · LES DEUX SŒURS DE CHARITE · texte numérisé non relu

LES DEUX SŒURS DE CHARITE

Dieu hii-même Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité.

Vierg-e défunte, une sœur grise, Aux portes des cieux rencontra Une beauté leste et bien mise, Qu'on regrettait à l'Opéra Toutes deux, dignes de louanges, Arrivaient après d'heureux jours, L'une sur les ailes des anges, L'autre dans les bras des amours.

Dieu lui-même Oi'donne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité.

Là-haut, saint Pierre en sentinelle.

Après un Ave pour la sœur, Dit à l'actrice : On peut, ma belle.

Entrer chez nous sans confesseur.

Elle s'écrie : Ah ! quoique bonne, Mon corps à peine est inhumé !

Mais qu'à mon curé Dieu pardonne ; Hélas! il n'a jamais aimé.

Dieu lui-même

Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité.

Dans les palais et sous le chaume,

Moi, dit la sœur, j'ai de mes mains

Distillé le miel et le baume

Sur les souffrances des humains.

Moi, qui subjuguais la puissance.

Dit l'aclrice, j'ai bien des fois

Fait savourer à l'indigence

La coupe où s'enivraient les rois.

Dieu lui-même

Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité.

Oui, reprend la sainte colombe, ieux qu'un ministre des autels,

A descendre en paix dans la tombe.

Ma voix préparait les mortels.

Offrant à ceux qui m'ont suivie, Dit la nymphe, une douce erreur, Moi, je faisais chérir la vie :

Le plaisir fait croire au bonheur.

Dieu lui-même

Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité.

Entrez, entrez, ô tendres femmes!

Répond le portier des élus :

La charité remplit vos âmes ; Mon Dieu n'exige rien de plus.

On est admis dans son empire, Pourvu qu'on ait séché des pleurs, Sous la couronne du martyre Ou sous des couronnes de fleurs.

Dieu lui-même

Ordonne qu'on aime.

Je vous le dis, en vérité :

Sauvez-vous par la charité.

Quant à la ballade politique, qui forme la cinquième de ces séries entre lesquelles on peut l'épartir l'œuvre de Béranger, elle en

constitue la plus nombreuse et celle qui a laissé dans la mémoire du peuple les traces les plus profondes : ce fut, avec la satire, l'instrument de guerre par excellence. Aussi, comme l'a dit l'auteur, y aurait-il injustice à juger ces charmes sans tenir compte de l'influence qu'elles ont exercée ; en d'autres termes en les isolant de l'histoire, avec laquelle elles font corps. « II est des instants pour une nation où la meilleure musique est celle du tambour qui bat la charge». C'est celte musique qui sonne dansleFtewaîDrapeau, le Vieux Caporal, dans les Souvenirs du Peuple. Et à quel point ne devait-elle pas faire battre le cœur de nos pères, quand aujourd'hui nous ne pouvons l'entendre sans émotion. Écoutons le Vieux Sergent.

Page 1