‹ BercyChapitre 100 sur 133 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l’incendie DE 1820. — LA GARDE NATIONALE. — LES SAPEURS- POMPIERS. — LA RÉVOLUTION DE 1 848 . — L’ENCEINTE DE LOUIS-PHILIPPE CONSTRUITE EN 1 84 1 . — L’ANNEXION DE BERCY A PARIS EN l859. — ' ÉDILITÉ ET ADMINISTRATION COMMUNALE. — VOIES PUBLIQUES.

Le souvenir resta longtemps vivace dans l’esprit des habitants de Bercy, de la terrible catastrophe qui détruisit une grande partie des magasins, et porta une si grave atteinte à la prospérité du commerce des liquides. Nous voulons parler de l’incendie qui éclata le 3i juillet 1820, et qui jeta la consternation dans Paris et l’affolement au sein de cette petite commune.

Dans une longue lettre, datée du 4 août 1820, et insérée au Moniteur du 7 août, le maire de Bercy, voulant faire cesser les erreurs d'information commises par les journaux à cette occasion, entreprit de faire connaître la vérité sur ce sinistre et de remettre les choses au point.

L’incendie avait éclaté le 3i juillet à 5 heures du soir, dans l’un des magasins de M. Jacquet appartenant à l’entrepôt Cabanis. En moins de dix minutes tout était embrasé,

et les magasins de MM. Thory et fils, Tricot, Dollians, Damiron, Proust, Duchâtellier, Artault et Leveau devenaient la proie des flammes. A cinqheures et demie plus de vingt pompes étaient sur les lieux, venant de Paris,d’Alfortetde Charenton ; les deux gendarmeries de Paris et de la Seine, les 3e et 6e régiments de la Garde royale, les légions du Bas- Rhin et du Nord, des gardes nationaux à pied et à cheval, accoururent aussi pour participer aux secours, sous la direction de M. Le Roy, Commandant de la gendarmerie. A neuf heures, le feu était circonscrit : ne pouvant plus atteindre d’autres magasins, il continuait son oeuvre de destruction dans ceux qui avaient été atteints par les flammes.

Déjà, relate le maire:

S. A. R. Monsieur a envoyé M. le duc de Maillé offrir, de sa part, des secours aux incendiés. Les Bourbons n’attendent pas qu’on les sollicite; ils vont toujours au devant des malheureux; les citoyens suivront sans doute un aussi auguste exemple, et l’on doit espérer que les souscriptions ouvertes chez les notaires donneront une nouvelle preuve de la bienfaisante sollicitude des Français pour le malheur.

Et dans sa lettre intéressante et documentée, que l’on trouvera à nos pièces justificatives, le maire de Bercy s’étend longuement sur les actes de courage, d’abnégation, de charité à l’actif des nombreux sauveteurs accourus sur les lieux du sinistre, et aussi, hélas ! sur les vols commis à la faveur du désarroi général I.

Le Moniteur, du 2 août 1820, rapporte ce détail tragique que Mme Cabanis, femme d’un des plus grands marchands de vins de Bercy, désespérée, refusait les secours qu’on voulait lui apporter pour la sauver, et s’était enveloppée dans ses rideaux en invoquant la mort. M. Cabanis venait justement

BARRIERE DE REUILLY, de l’enceinte des Fermiers Généraux. D’après l'aquarelle de Palaiseau, exécutée vers 1819.

de traiter avec la Compagnie d’assurance, et la plaque était déjà apposée sur ses magasins. Au moment de l’incendie, il ne lui restait plus qu’à signer la ratification de la Police.

Ce désastre n’empêcha pas néanmoins le brave négociant de reprendre pied immédiatement, et de faire insérer dans Le Moniteur du 5 août l’information suivante :

M. F. Cabanis, propriétaire, négociant, commissionnaire au port de La Râpée n° q, prévient le public que le feu qui a consumé son établissement de La Râpée, dans lequel il recevait exclusivement toutes les marchandises qui lui étaient consignées, sans qu’il ait eu le temps de rien sauver, continue maintenant de faire ses paiemens, réceptions, ventes et réexpéditions dans son nouvel entrepôt, grande rue de Bercy n° 14, ayant aussi une entrée sur le port ; cet établissement, enclos d’un grand mur, est entièrement construit en pierre et couvert en tuiles, à l’abri du feu et des inondations; on peut donc avec sécurité continuer de lui adresser tous liquides et autres marchandises.

Voici, d’après une seconde lettre de M. le Maire Gallois, le détail des pertes occasionnées par ce terrible incendie :

Bercy, 7 août 1826. Au rédacteur du Moniteur Universel :

Monsieur, Je viens de terminer le relevé des déclarations des pertes qui ont été faites dans l’incendie du 3i juillet ; elles consistent en 51.844 pièces de vins, 22 barriques d’eau-de-vie et 6 barils d'huile; l’évaluation de ces marchandises s’élève à la somme de 5.544.829 fr. 85; le mobilier perdu ou volé, à celle de 188.931 fr. et les constructions détruites à celle de 627.000 fr. ; ensemble, 6.360.760 fr. 85.

Je serais embarrassé de citer dans le nombre les personnes qui ont montré autant de zèle que de courage, et mérité notre reconnaissance; je les prie d’excuser si je ne les nomme pas.

J’ai omis de remercier M. Caplacy, surveillant des élèves d’Alfort, dont la conduite est au-dessus de tout éloge; M. le chevalier d’André, chef d’escadron de la gendarmerie de Paris, qui le premier se rendit sur les lieux, et par ses sages dispositions établit l’ordre avec très peu d’hommes. Parmi les gendarmes sous ses ordres, et qui se sont signalés, je dois particulièrement nommer M. Lasseron, brigadier qui, ne consultant que son courage, s’est élancé au milieu des flammes pour en retirer un individu qui ne pouvait manquer d’en être la proie.

MM. Moulis, adjudant-major de la Garde Nationale, 9e légion, Veyssel, sergent même légion, Magnant, caporal de la 4e légion, et beaucoup d’autres de la 8e ont également montré un zèle infatigable.

Agréez... Le Maire de Bercy. Gallois L

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