‹ BercyChapitre 99 sur 133 · Archives Nationales. F 2, II, Seine · texte numérisé non relu

Archives Nationales. F 2, II, Seine

hôteliers, etc, débitants de toute nature, où s’approvisionnaient et se logeaient les négociants, les employés, les ouvriers \ »

Quand les territoires dont nous venons de parler furent incorporés à Paris, à lasuite de la loi d’annexion du iôjuin i85ç), les négociants en vins qui y possédaient des marchandises emmagasinées, tombaient sous le coup de la loi commune parisienne, et étaient tenus d’acquitter les droits d’octroi et d’entrée pour leur stock. Ce qui, pour beaucoup d’entre eux, représentait des sommes considérables dont le paiement pouvait occasionner des perturbations commerciales fâcheuses.

Aussi, dans un esprit de sagesse et de conciliation, la loi du 16 juin 1 85g accorda-t-elle à ces négociants, pour une période de io années, du i61' janvier 1860 au Ier janvier 1870, le droit d’entrepôt à domicile. C’était donc le statu quo ante laissé aux magasins de Bercy pendant le laps de temps calculé suffisant pour faire face au nouvel état de choses. Un article de la loi stipulait même que la faculté d’entrepôt à domicile pourrait être continuée par une autre disposition administrative, à la condition d’être appliquée à l’ensemble de Paris 1 2.

Dès 1 863, le Conseil Municipal delà capitale commençait l’examen des mesures prendre pour être prêt à l’échéance du Ier janvier 1870.

Après de nombreuses discussions, l’avis de cette assemblée fut qu’il y avait lieu d établir un nouvel entrepôt à Bercy, consacrant ainsi ce principe qu’il était sage de laisser en cet endroit, favorisé par les chemins de fer de Lyon et d’Orléans,

1. Rapport de M. Viollet Le Duc au Conseil Municipal de Paris , sur l'établissement d'un entrepôt définitif à Bercy , n° 36, de 1876.

2. On verra, à ce sujet, ce que nous avons dit concernant l’annexion de Bercy à Paris, en 1860.

et par un fleuve commode, le plus considérable marché des liquides du monde entier.

Entrant immédiatement dans la voie des réalisations, la ville de Paris, de 1 865 à 1869, faisait l'acquisition de nombreux immeubles sur ce point, destinés à l’exécution du projet. Le 27 novembre 1869 intervenait le décret permettant à la ville d’établir, sur l'ancienne commune de Bercy, plusieurs entrepôts réels provisoires en attendant la création d’un entrepôt définitif. Ce décret était suivi, le 11 février 1870, d’un règlement préfectoral approuvé par le Ministre de l’Intérieur, réglant les conditions et les tarifs de l’entrepôt.

Avant l’annexion de 1860, la superficie totale affectée au marché libre des vins et alcools, circonscrite dans les limites que nous avons indiquées plus haut, était de 429.500 mètres. De 1 865 à 1869, la Ville de Paris en avait acquis 264. 3i5 m. 54 pour le prix total, frais compris, de 21. 353. 806 fr. 25.

L’affaire en était là, quand survinrent les événements de 1870-1871, dont la conséquence fut un ajournement de la question. Dés 1872 les études étaient reprises et. en 1876, une solution intervenait tendant à la construction d’un entrepôt définitif à Bercy, à l’aide d’une première somme de 40 millions réservée sur l’emprunt de 120 millions émis même cette année.

L’exécution du projet élaboré par le Conseil Municipal, tendant à créer un nouvel entrepôt, peut se résumer de la façon suivante :

Le nouveau quai de Bercy mesure 20 mètres au-dessus des grandes crues. Sous le quai, des magasins sont aménagés au niveau du port, et, sur la plate-forme de ces magasins, régnent les bureaux des négociants, les restaurants et les cafés. Des tunnels font communiquer le port avec l’entrepôt, et des

rampes en pente douce permettent de descendre du quai sur le port.

Le pont de Tolbiac, qui tire son nom de la rue de Tolbiac située dans le XIIIe arrondissement, fut édifié à cette occasion et construit, de 1879 à 1882, sur les plans de l’Ingénieur en chef de la 2e section de la Navigation de la Seine. Il prolonge une large voie, la rue de Dijon, établie dans l’axe de l’église de la Nativité, qui sépare le nouvel entrepôt en deux parties. Il mesure 220 mètres de longueur et 20 mètres de largeur, dit la Nomenclature Officielle des voies publiques de i898. Construit en maçonnerie, il compte cinq arches et quatre piles dans l’eau. Le montant de sa dépense s’éleva à environ i.35o.ooo francs, y compris les raccordements circulaires.

Il ne fut inauguré qu’en 1895, à l’occasion de la fête du 14 Juillet, le lundi i5, par M. Félix Faure, Président de la République, M. Ernest Rousselle, Président du Conseil Municipal de Paris, plusieurs Ministres et de nombreux Conseillers Municipaux.

Indépendamment de tous les dessins de journaux illustrés, nous connaissons, dans la collection Hartmann, une mine de plomb 45,5x29, sur papier rosé, signé : Blatter, et datée du 22 mai 1891. Elle représente le pont de Tolbiac avec une vue de Bercy, un pavillon d'octroi de la barrière de La Râpée, un bateau lavoir en Seine et des bateaux amarrés.

L’entrepôt, ou plutôt les deux entrepôts — ils en forment deux, grâce à la rue de Dijon — sont complètement clos de grilles en fer, hautes de 3 mètres, à l’intérieur desquelles règne un chemin de ronde avec bureaux d'octroi à toutes les portes ‘.

1. Notes sur l' Administration des Services et établissements Municipaux, par M. Pelletier, Directeur de l’Administration générale de la Ville de Paris. Paris, 1879, p. 422.

Bien entendu, dans cette vaste superficie affectée à des magasins, on ne trouve plus aucun souvenir, aucun vestige du passé, rappelant les somptueuses maisons de plaisance qui, aux dix-septième et dix-huitième siècles, faisaient de cet endroit l’un des coins les plus délicieux des faubourgs de Paris. Seuls, les pans de murs et les quelques pierres du Pâté-Pâris , mentionnés plus haut, sont restés debout dans un anonymat que nul n’avait songé à pénétrer. Des maisons du duc de Gesvres, du duc de Béthune, du duc de Chaulnes. de Pajot d’Ons-en-Bray, des frères Paris, du financier Orry, et de tant d’autres personnages, célèbres ou simplement importants, pas la moindre indication ne se retrouve sur le plan de cette cité du vin, qui est aujourd'hui une importante partie du XIIe arrondissement. Le Vin seul y règne en maître et se glorifie, ainsi que nous l’avons déjà dit, sur toutes les plaques de ses rues, comme sur la carte du restaurant le mieux achalandé ; il n’a pas permis qu’y fussent rappelés, soit le nom, soit le souvenir de ceux qui donnèrent un peu de notoriété à cette région, ne voulant connaître, pour ses voies et ses avenues, que l’étiquette des meilleurs crus ou la raison sociale de leurs marchands. Aussi bien, y trouve-t-on les rues de Vouvray, de Nuits, de Bordeaux, de Corton, de Beaugency, de Meursault, de Mâcon, de Barsac, de Sauterne, de Cognac, de Pomard, de Médoc ; les cours Margaux, Saint-Julien, Saint-Émilion.

Nous en passons, et des meilleurs !

Il existe une grande lithographie en couleur mesurant im.ioxo m. 690, montrant l’ensemble des entrepôts de Bercy en 1894, avec, autour de la vue principale, une suite de petites images des divers établissements en dépendant.

Cette planche à vol d’oiseau, de commerce et de réclame.

dessinée par Gross, quoique dépourvue de toute valeur artistique, donne pourtant une idée exacte de l’immense marché des vins et des moindres détails de son organisation C

La collection Hartmann possède aussi une mine de plomb de 22 x i5, sans date, signée : Karl Fichot, montrant les démolitions de la rue de Bercy. Il s’agit sans doute de la création des entrepôts ou de la formation de la gare aux marchandises du chemin de fer de Lyon ?

Nous connaissons également quelques planches gravées au trait, paraissant provenir d’une suite de dessins d'architecture, et intitulées : Caves et magasins de vins, rue de la Grande Pinte à Bercy. Ces planches sont de Normand aîné, graveur, et semblent dater du milieu du dix-neuvième siècle.

La construction des entrepôts, d’ailleurs, a donné lieu à la publication d’un certain nombre de gravures en représentant différentes parties, et insérées dans des recueils spéciaux, comme /’ Encyclopédie d’ architecture par exemple.

i. Bibliothèque nationale. Cartes et plans, Ge B 403.

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