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Le Moniteur Universel, du 9 août

Le même Moniteur , dans son numéro du 12 août, déclare que l’incendie fut le résultat de l’imprudence de deux ouvriers travaillant à ensoufrer des vins dans les magasins de M. Jacquet. Leur lanterne, placée sur une poutre, à peu de distance de la toiture de chaume, y mit le feu. Un vent sec, soufflant du Nord-Est, contribua à la propagation de l’incendie qui courait de toit en toit avec une rapidité vertigineuse.

On possède, du négociant Jacquet dont il est ici question, une intéressante plaquette relatant le sinistre :

Laperte, écrit-il, futconsidérable pour les sept cents incendiés environ : commissionnaires et marchands, les premiers entreposant des marchandises dans leurs magasins pour le compte de vignerons, les seconds, vendant pour leur propre compte. L’incendie eut pour résultat de créer une panique dans le commerce des vins ; divers moyens furent proposés pour secourir pécuniairement les sinistrés, comme l’augmentation pendant un certain temps de l’octroi de banlieue et de celui de Paris, dont une partie de la recette aurait servi à amortir les pertes ; et encore un relèvement du tarif de déroulage et de déchargement sur les ports de Paris, avec affectation des deux tiers du produit aux incendiés. Tous ces moyens furent repoussés et les négociants s’adressèrent au Parlement. Une souscription publique et des dons particuliers avaient atteint une somme d’environ 100.000 francs1 .

Quand il fut question de reconstruire les magasins incendiés, les propriétaires se trouvèrent en présence du décret du 11 janvier 1808 interdisant toutes constructions dans le rayon de 5o toises des murs d’enceinte de Paris. Louis XVIII, pourtant, sollicité de donner sa quote-part au grand mouvement de

j. De l'incendie de Bercy', par Jacquet, l’un des incendiés. Paris, sans date, chez Dondey-Dupré, plaquette de i3 pages.

charité qui se dessinait dans le public en faveur des sinistrés, consentit à fermer les yeux sur l’application du décret. Par son ordonnance du 18 août, dont il faut retenir la clause suivante : considérant que ce décret n'a pas été abrogé, mais que l'incendie du 3i juillet est une calamité si extraordinaire , les pertes qui en résultent sont tellement graves qu'il excite toute notre sollicitude , il autorisa la reconstruction demandée1 .

Nous ne savons si c’est le souvenir de ce sinistre qui, en i8q5, incita le maire de Bercy à prendre de sévères mesures concernant le ramonage des cheminées, et à créer un fonctionnaire spécial chargé d’y tenir la main, qualifié du titre pompeux de Ramoneur-expert .

Nous lisons, en effet, dans l’arrêté du 6 janvier de cette année, qui fut affiché sur tous les murs de la commune, les bizarres prescriptions suivantes :

Art. 5. — Le Ramoneur-expert portera ostensiblement dans son service une plaque en cuivre portant : Commune de Bercy. Service du Ramonage. Cette plaque, qui lui sera confiée par nous, sera retirée s’il nous parvient sur son travail des plaintes reconnues fondées. Ce travail, du reste, sera surveillé avec soin. Il sera passible de toutes condamnations prononcées pour mauvais travail ou défaut d’exécution du service qui lui aurait été commandé, sans préjudice du droit de destitution. 11 lui est formellement interdit de s’introduire dans les maisons sans l’assistance du Commissaire de Police, sous tel prétexte que ce soit 2.

Il reste un souvenir iconographique du célèbre incendie de 1820, lithographie de Villain, rue de Sèvres, n° 11, mesurant 3i X2i,et appartenant au Musée Carnavalet. Elle est intitulée : Vue de l'incendie de Bercy le 01 juillet 1820. C’est une image très fruste, d’un dessin plus qu’incorrect, montrant une ligne de maisons et magasins de différences formes

et hauteur, desquels s’élancent des flammes. A droite est une grille en fer d’apparence seigneuriale, qui est peut-être un vestige d’une ancienne maison de plaisance. Au premier plan, plusieurs rangées d’hommes se passent des seaux d’eau qui doivent provenir de la Seine. De nombreuses futailles sont éparses dans les cours. A gauche, on voit un officier à cheval entouré de soldats.

Le sinistre dont nous venons de parler, et pour l’extinction duquel il fallut un assez grand déploiement de troupes de police, nous amène naturellement à indiquer ce que nous avons trouvé sur l’organisation de la force publique de Bercy, et son service de secours contre l’incendie.

Au mois de mai i832, le bataillon de la Garde nationale se composait de six compagnies et de deux subdivisions de sapeurs pompiers et de cavalerie, formant en tout huit cents hommes. Un crédit de 3. 600 francs était nécessaire pour sa dépense annuelle, payée par la commune. A cette époque, le dernier recensement des habitants signalait une population de 3.172 individus sur lesquels 208 seulement étaient électeurs communaux, désignés d’après la liste des plus imposés.

Le Conseil Municipal comptait 21 membres y compris le maire et deux adjoints.

Cette Garde nationale, en ]83q, ayant besoin d’une place publique pour exécuter les manœuvres de l’école pratique de bataillon, obligea la municipalité à commettre un acte de vandalisme en transformant la place de la nouvelle église, par la suppression des arbres qui la garnissaient. En vertu de la délibération du Conseil municipal du 10 mai de cette année, quarante-neuf arbres sycomores, formant une allée à gauche et une allée à droite, plantés depuis dix ans, furent arrachés impitoyablement. L’assemblée municipale, pour s’éviter sans

doute les regrets d’une pareille action, se persuada à ellemême, d’après les termes de sa délibération, que les dits arbres n’avaient encore que six pouces de tour et que tout faisait présumer qu'ils ne viendraient jamais bien.

Ajoutons, d’ailleurs, que, par une autre délibération du i3 février 1839, la commune lit replanter des tilleuls au même endroit sous ce prétexte : « la plantation dont il s’agit est indispensable pour la régularité et l’embellissement de la place de l’Eglise 1 ».

C’est en vertu de l’ordonnance royale du 17 septembre 1837 qu’un Commissariat de police fut créé dans la commune de Bercy. Le premier fonctionnaire nommé à ce poste était M. Eugène Taste, ci-devant commissaire à Charonne. Debout et découvert, il prêta, entre les mains du maire, le serment ci-après: « Je jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume 2. »

Déjà, dans une longue lettre du 6 février 1 83 1 , que l'on trouvera à nos pièces justificatives, le maire de Bercy réclamait du Sous-Préfet de Sceaux, la création d’un commissaire de police dans sa commune. Il faisait valoir que les cinq portes d’accès de Paris contribuaient beaucoup au développement de la contrebande et tendaient à amener dans Bercy une quantité de gens sans aveu qu’il était nécessaire de surveiller de près. D’autre part, la modicité du prix du vin aux barrières amenait aussi beaucoup de buveurs le dimanche, et surtout le lundi, buveurs susceptibles d’apporter le trouble et le tapage, avec l’ivresse à bon marché. Et le maire priait le Sous-Préfet de faire tous ses efforts pour qu’un Commissariat de police fût créé à Bercy, et surtout pour qu’il fût payé

1. Archives de la Seine. Registre n° i des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.

sur les fonds de la Préfecture de Police, la commune ne pouvant pas en assurer les frais \

Cependant, les hommes composant la Garde nationale étaient pauvres pour la plupart, et il fallait les aider dans l’achat de leur fourniment. Le 3 août 1 838, le Conseil Municipal prenait la délibération suivant :

Considérant que les ire et 2e Compagnies des gardes nationaux du bataillon de Bercy sont composées chacune de i5o hommes environ, dont à peine un sixième est habillé ; qu’il faut encourager par le don de buffeteries tous les hommes peu aisés de ces compagnies qui se munissent d’uniformes; est d’avis que M. le Maire soit autorisé à terminer l’achat des 36 buffeteries proposées par M. Legrand au prix de 8 fr. 35 1 2.

En dépit de ses effectifs, la Garde nationale n’en était pas moins insuffisante pour assurer l’ordre dans la commune, principalement sur les quais où avait toujours lieu un grand mouvement de population. Dans sa délibération du Ier décembre 1842, le Conseil Municipal, pour remédier à cet état de choses, demandait la création d’un poste composé de huit hommes d’infanterie avec un caporal et un sergent, sur le port, dans la maison de M. Gallois, située au n° 28 de cette voie, pour la répression de tous désordres et la surveillance dos marchandises. La commune offrait de payer, de ce chef, 0 fr. 3o par soldat, o fr. 5o pour le caporal et o fr. p5 pour le sergent. Elle fournissait en outre le local, avec le chauffage et l’éclairage 3.

Quelque temps après, en vertu de la délibération du 6 janvier 1847, le premier sergent de ville de la commune était nommé. Auparavant, le service de police était assuré par le

2. Archives de la Seine. Registre n“ 1 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.

3. Archives de la Seine. Registre n" 2 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.

garde champêtre, décoré du nom de garde communal. Il fut stipulé que le titulaire du nouveau poste serait un ancien militaire, encore dans la force de l'âge, capable et intelligent. Il reçut un traitement de 800 francs sur lequel il devait se pourvoir de l’uniforme et de l’équipement des sergents de ville de Paris.

Nous voyons un an après, dans un rapport de M. Lebert, maire de Bercy, annexé à la délibération du 17 avril 1848, que, sur les deux sergents de ville que possédait la commune, l’ un avait quitté ses fonctions volontairement et que l’autre, ancien garde champêtre, n’avait pas voulu, par principe démocratique, continuer à porter son uniforme.

EtM. le maire, aussi bon républicain que son agent, ajoutait :

A présent, il y a lieu de changer le nom et l’uniforme des citoyens chargés de la surveillance de la police municipale et judiciaire, ainsi que l’esprit de rigidité qui présidait précédèmment à l’action de cette police, laquelle doit être au contraire toute paternelle comme l’Administration Municipale; la sévérité ne devant être employée qu’après le refus d’obtempérer aux invitations bienveillantes. Il y aura lieu aussi d’augmenter le traitement attaché à cet emploi, afin qu’il ne soit pas exclusivement attribué aux anciens militaires, déjà pourvus d’une pension de retraite1.

Après quoi, la Commission Municipale prenait la délibérasui vante, dont le premier paragraphe caractérise bien l’esprit philosophique de l’époque :

Considérant que le service de sergent de Ville est incompatible avec les institutions républicaines, qui doivent avoir toujours pour base, la Liberté, l’Égalité, la Fraternité, qu’il y a lieu, en conséquence, d’établir, à l’instar de Paris, un service de gardiens de Bercy, qui aura pour mission de faire observer les règlements et arrêtés de police locale, sous la direction du Commissaire de Police, et au besoin d’assister le Commissaire de Police pour l’exécution des mesures ordonnées par l’autorité supérieure.

Délibère :

L’ancien service des agents de Ville de Bercy est supprimé.

1. Archives de la Seine. Registre n“ 3 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.

11 sera créé à partir du ier Mai prochain, deux gardiens de la Commune de Bercy, à l’instar de ceux de la Ville de Paris... aux appointements de 900 et l 'ioo francs...

11 sera fourni à chacun de ces gardiens, un costume et un équipement conformes à ceux des gardiens de Paris i.

Nous trouvons encore, dans cette délibération du 17 avril 1840, l’indication que la Garde nationale avait considérablement été augmentée, et que son effectif s’élevait à 2.5oo hommes au lieu de 800. Elle se composait alors de huit compagnies de chasseurs, d’une compagnie de sapeurs-pompiers et d’une subdivision de cavalerie.

Plus tard, le besoin se lit sentir de doter cette cohorte d’une musique capable de la faire marcher au pas, en temps de paix, de relever son courage, les soirs d’émeute, et de distraire les dames de Bercy pendant les beaux jours d’été. Il fallait, pour cela, quelques subsides, que le bon maire demanda en ces termes :

Il vient de se former dans le bataillon de la Garde Nationale de Bercy, un corps de musique composé de vingt et un Gardes Nationaux de Bercy, pour rester attaché au bataillon de Bercy, et le suivre dans toutes ses prises d’armes partielles et générales.

Ces Gardes Nationaux ont tous fait la dépense d’achat de leurs instruments et sont tous (sauf quatre) habillés et équipés. Ils demandent un secours de deux cents francs à la Commune pour aider à l’habillement de leurs quatre camarades, qui justement se trouvent être les quatre plus forts sur leurs instruments.

La Commission Municipale répondit à cet éloquent appel en votant la somme demandée et en formulant son avis de la façon ci-après :

Considérant qu’un corps de musique, pour un bataillon aussi fort et aussi bien équipé que celui de Bercy, est un ornement indispensable 1

Nous voulons croire, pour l’honneur du bataillon, que le

i. Archives de la Seine. Registre n» 3 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.

compliment de la municipalité s’adressait aussi bien au talent musical qu’à l’uniforme, et q ue l' ornement indispensable n’était pas plus désagréable aux oreilles qu’aux yeux.

Il nous faut dire, pourtant, que l’harmonie si heureusement constatée dans la Garde nationale, était loin de régner d’une façon aussi intense dans le corps des sapeurs-pompiers. Un vent de discorde y souffla, pendant la Révolution de 1840, à propos d’une futile question d’uniforme, et contraignit la Municipalité de songer à son licenciement. Il obligea aussi M. Libert, toujours au fauteuil de la première magistrature, à prendre encore une fois la plume pour expliquer les faits à son Conseil, ce qui nous permet de lui emprunter sa déclaration, infiniment plus intéressante qu’une analyse :

La compagnie de Sapeurs-pompiers du bataillon communal de Bercy, forte de 60 hommes et parfaitement bien organisée avant la Révolution de février [848, a bientôt, après cette révolution, été portée à cent hommes, contre toutes les règles établies pour ces compagnies spéciales, dont le nombre est toujours déterminé par celui des pompes de la Commune. Après les événements de juin 1848, cette compagnie, qui avait pris un uniforme particulier sans autorisation de personne, fut dissoute et réorganisée sur ses bases primitives, mais, par suite des divisions qui s’y étaient établies, à cause de l’uniforme nouveau, que les uns voulaient conserver et les autres qui s’y refusaient, la réorganisation ne put fournir que 3o hommes environ; l’uniforme nouveau fut toléré, mais à la condition expresse que la capotte serait boutonnée jusqu'au col comme celle des compagnies d’infanterie. Cette prescription, malgré les représentations les plus expresses n’étant pas observées par la plupart des sapeurs-pompiers, et la compagnie étant plus divisée que jamais, le capitaine, le lieutenant et beaucoup de sapeurs, sont venus donner leur démission, déclarant qu’il est impossible d’obtenir aucun service régulier de cette compagnie, réduite aujourd’hui à moins de 20 hommes.

A la suite de cet exposé, la Commission municipale, dans sa séance du 28 septembre 1849, songeant qu’une aussi mesquine question d’uniforme pouvait être la cause des plus grands malheurs en privant la commune de Bercy de tout secours contre les incendies, émit l’avis qu’il y avait lieu de dissoudre

la compagnie et de la réorganiser immédiatement d’après les bases établies par les règlements en vigueur. Le principe adopté fut que l’on n’accepterait que des maîtres ou ouvriers en bâtiment, ainsi que des ouvriers tonneliers, plus aptes que d’autres à être utilisés dans les magasins en cas d’incendie.

Tous devaient être pourvus de l’uniforme adopté par le gouvernement r.

La Révolution de février 1848 n’avait pas été, d’ailleurs, sans apporter une certaine fermentation dans les corps des Sapeurspompiers et de la Garde nationale de la localité. Sur la place de l’Église, Forum de la commune, ces deux troupes se réunirent pour arracher solennellement les fleurs de lis ornant leurs uniformes. Le capitaine des pompiers : le citoyen Hartel, couvreur, rue du Commerce, se faisant ensuite apporter une échelle, brisait à coups de marteau la plaque commérative appliquée sur la façade de la mairie et rappelant la pose de la première pierre sous le règne de Louis-Philippe. Ce même officier, voulant encore manifester ses sentiments démocratiques, avait aussi, avec ses hommes, réduit en miettes le buste du Roi ornant la salle des mariages.

Ce fut toujours sur cette place de l’Église et de la Mairie, qu’à la même date on planta un arbre de la liberté, jeune peuplier garni de drapeaux tricolores, que le clergé de Bercy vint bénir avec onction, et que le capitaine de la Garde nationale, M. Pellou, naturellement négociant en vins, célébra du haut d’une estrade construite en futailles, devant dix mille Bercyens

assemblés 1 2.

L’entrefilet suivant, du journal La Semaine , du 5 mars

1. Archives delà Seine. Registre n» 3 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.

2. Article de M. Gaston Bédhetdans le numéro de mai-juin 1906 du Bulletin de la Société de Prévoyance du Commerce des vins et spiritueux.

1848, nous apprend comment la République fut proclamée dans cette localité :

Bercy. — Cette commune n'est pas restée en arrière du mouvement révolutionnaire. Dès le 24, une commission provisoire a pris possession de l’administration et s’est mise en communication avec le gouvernement provisoire. Le 25, elle a proclamé la République sur la place de Bercy, aux acclamations du Peuple assemblé.

En 1 855, la municipalité possédait quatre pompes à incendie avec chariot et cheval.

Il était dit que l’obsédant uniforme de ses pompiers coûterait encore quelque argent aux contribuables, au moment du passage de la République de 1848 au second Empire. Nous trouvons en effet, dans la délibération du 10 juillet 1 852 , l’achat, pour la dite compagnie, de 80 plaques à l'aigle , dont 40 pour ceinturons et 40 pour gibernes, à 1 fr. 3o l’une ; plus 40 casques neufs avec chenille retaillée, aigrette et olive, à iofr. 75 pièce.

Déjà, dans sa délibération du n février 1 85 2 , la même Municipalité avait témoigné sa gratitude et son affection à M. Lambquin, commissaire de police de Bercy, à l’occasion de sa nomination à Paris. Le registre a conservé les louanges adressées à ce sujet au nouveau promu, et qui allaient un peu aussi au régime naissant qui le récompensait de son zèle et de son énergie :

Les passions démagogiques, assoupies depuis un an, ont voulu se réveiller, mais l’action si ferme, si vigilante de la police les a tenues dans une si prudente réserve, que lors des événements de Décembre, il a suffi de quelques arrestations pour comprimer tous mouvemens séditieux1.

Voilà qui était loin, n’est-il pas vrai, de la motion déclarant: que la fonction de sergent de ville était incompatible avec les institutions républicaines. Mais cette motion datait de

1 Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.

quatre ans, temps considérable dans la vie d’une commune agitée par tous les remous de la politique.

La construction, sous Louis-Philippe, de l’enceinte continue et fortifiée entourant Paris audelàde ses limites administratives, devait enlever une partie notable des territoires de la commune de Bercy, nécessaires au passage de la fortification.

La loi du 3 avril 1 841 ordonnant l’établissement de cette enceinte, créait une zone unique de a5o mètres, mesurée sur les capitales des bastions et à partir de la crête de leurs glacis. Dans l’étendue de cette zone, il ne pouvait être élevé aucune maison ni clôture, à l’exception des séparations en planches, à claire-voie et sans maçonnerie. Les haies vives et les plantations d’arbres et d’arbustes formant haies y étaient spécialement interdites. 11 ne pouvait y être établi de cimetière que sur l’avis du Ministre de la Guerre. Les demandes en autorisations de travaux devaient être adressées au chef du génie *.

En ce qui concerne l’ancienne commune de Bercy, la fortification la traversait du Sud-Ouest au Nord-Est, sur une longueur de i.qSo mètres, qui est la longueur officielle du boulevard Poniatowski, son chemin de ronde actuel, allant du quai et de la porte de Bercy à l’avenue Daumesnil et à la porte de Picpus. L’enceinte dont il s’agit vint donc lui enlever une bande de terrain mesurant i.q5o mètres de longueur sur c5o mètres de largeur.

De la Seine à la rue de Charenton, la nouvelle muraille divisait en deux parties le parc de Bercy sur une longueur d’environ 700a Boomètres. Après la rue deCharenton, elle coupait le chemin des Meuniers, aujourd’hui ruedes Meuniers; le chemin de Reuilly, devenu la rue Claude-Decaen ; puis le

i. Administration de la Ville de Paris , par Maurice Bloch et de Pontich, 1884, p. 33.

chemin de la Croix-Rouge, actuellement rue Picpus ; et enfin le chemin des Marais, qui a cédé la place à l’avenue Daumesnil. Bien entendu, les terrains ainsi traversés n’étaient encore, pour la plupart, en 1841, que des jardins et terres de culture.

Il va de soi que la portion retranchée du parc de Bercy constituait, parmi les terrains acquis, la majeure partie de l’emplacement des nouveaux bastions. Aussi bien l’affaire n’est-elle pas encore terminée en 1846, à ce que nous apprend la Gazette des Tribunaux :

Le 3i janvier 1846 le jury d’expropriation doit statuer sur l’affaire la plus importante à laquelle a donné lieu l’établissement des fortifications de Paris : l’indemnité due pour les terrains enlevés au parc et Domaine de Bercy.

Cette terre, qui relevait de celle de Montmorency, appartenait à cette époque à la famille Malon qui la posséda sans interruption jusqu’au commencement du dix-neuvième siècle, époque à laquelle, par disposition testamentaire, elle passa au second fils du comte de Nicolay, ancien chambellan de l’Empereur, qui prit, suivant le testateur, le titre de marquis de Bercy, attaché depuis longtemps à la terre. Les offres du Ministre de la Guerre sont de 272. 493 francs, le marquis de Bercy demande 856. 2o5 francs L

A l’audience du 7 février suivant, le jury allouait à M. de Nicolay la somme de 5oo.ooo francs.

En 1848, le bornage de la zone militaire n’était pas encore terminé ; nous trouvons à cette occasion, une vive opposition de M. de Nicolay qui refuse formellement d’y laisser procéder par le génie :

Le 2gjanvier de cette année, dit un registrede délibérations de la commune, le lieutenant-colonel du génie, Creuilly, chargé des opérations de la rive droite, vint à Bercy où il réquisitionna le maire pour assister au bornage des propriétés situées à la distance de 260 mètres de la crête du glacis des bas-

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