Le Moniteur Universel , n° du lundi 7 août
Vu le décret du 1 i janvier 1808 qui interdit toutes constructions dans le rayon de 5o toises des murs d’enceinte de notre bonne Ville de Paris;
Considérant que ce décret n’a pas été abrogé mais que l’incendie du 3i juillet est une calamité si extraordinaire, les pertes qui en résultent sont tellement graves, qu’il excite toute notre sollicitude ;
Considérant que les mesures d’exception qu’il motiverait ne peuvent tirer à conséquence, ni servir à légitimer le refus d’obéiraux dispositions du susdit décret;
Voulant d’ailleurs donner aux propriétaires atteints par cet incendie une marque spéciale de notre protection et de notre intérêt en leur accordant la facilité de réparer, autant qu’il est possible, les pertes qu’ils ont éprouvées;
Notre Conseil d’État entendu ;
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Art. ier. — Les Propriétaires de la Commune de Bercy dont les bâtimens et magasins situés dans le rayon de 5o toises des murs d’enceinte de notre bonne Ville de Paris ont été détruits par l’incendie du 3i juillet, sont autorisés à reconstruire leurs établissemens tels qu’ils existaient avant l'incendie, sauf à se conformer aux règles qui seront prescrites par le Préfet de la Seine pour la reconstruction, et à la charge de demeurer soumis à toutes les conditions auxquelles, avant l’incendie, les dits propriétaires se trouvaient assujettis par le décret du 1 1 janvier 1808.
Donné au château des Tuileries, le 18 août 1820, et de notre règne le 26e. Signé : Louis L
Lettre du Maire de Bercy, au Sous Préfet de Sceaux , tendant à la création d'un Commissariat de Police dans la Commune. (6 février i83i).
Bercy, le 6 février i83i.
Monsieur le Sous-Préfet,
Je reçois à l’instant une lettre du 4 de ce mois, et je crois devoir y répondre de suite. Depuis la Révolution de Juillet, l’état moral de la Commune n’a pas été aussi rassurant qu’il l’est aujourd’hui, il n’est pas à notre connaissance qu’on ait pratiqué aucune manœuvre coupable tendant à égarer l’esprits des citoyens. Notre population se compose en grande partie de négociants aisés qui ne peuvent que perdre aux troubles. Nous avons encore bon nombre de jardiniers propriétaires qui ne s’occupent jamais de politique. Près de i.5oo à 2.000 ouvriers dont un quart à peu près habite le 8e arrondissement ; ces ouvriers, plus grossiers que méchants, deviendraient dangereux pour l’ordre public si l’ouvrage
1. Archives de la Seine, Domaine. Carton 3 1 2, dossier 1 3457.
et leur pain leur manquaient. Depuis quelques semaines il y a eu du travail sur notre port, point assez pour procurer de l’aisance aux ouvriers, mais suffisamment pour assurer leur existence.
La Commune de Bercy, depuis le mois de juillet 1 83 1 , donne des secours à plus de cent familles indigentes ou peu aisées.
Les plus malheureuses reçoivent gratis chaque semaine du pain et de la viande. Ceux un peu moins malheureux reçoivent le pain seulement, et les ouvriers chargés de famille payent le pain 10 centimes au-dessous du tarif (pain de 4 livres) la caisse de secours paie la différence.
Nous ne devons donc rien craindre de nos ouvriers, nous continuerons autant qu’il sera en nous de pourvoir à leurs pressants besoins.
La Garde Nationale de Bercy fait bien son service : chaque nuit nous avons un poste de a5 hommes, commandé par nos officiers, ils font plusieurs patrouilles à heures diverses; chaque nuit aussi, il y a un capitaine de ronde, il y a lieu de croire que le zèle de la garde nationale ne se ralentira pas.
Je saisis cette occasion pour vous signaler un cas grave et que, malgré toute notre surveillance, nous ne pouvons empêcher. 11 existe sur Bercy cinq barrières : de La Râpée, de Bercy, de Charenton, de Reuilly et de Picpus; ces cinq entrées sur Paris donnent de grandes facilités aux contrebandiers et nous savons qu’il en existe sur la commune. Ces contrebandiers sont des gens sans aveu, sans résidence fixe, et assez capables d’un coup de main. Avec un peu d’argent ils prennent domicile chez les particuliers de la commune les moins bien famés, et ils en changent dès qu’ils soupçonnent que l’autorité a l’œil sur leur conduite. Si je vous parle de ces gens, ce n’est pas parce qu’ils font la contrebande, mais bien parce que je crois que les malintentionnés pourraient trouver parmi eux des auxiliaires. Je crois donc que l’autorité a intérêt sous ce dernier rapport, d’exercer sur eux une surveillance active et suivie. Les autorités de la commune peuvent-elles faire tout le nécessaire ? Je ne le crois pas. Le maire et les adjoints sont commerçants, leur négoce les occupe beaucoup, nous avons donc le plus pressant besoin d’un Commissaire de police qui surveillerait à toute heure les maisons garnies et les maisons que l’on croit pouvoir donner asile aux inconnus.
Notre Commune, placée entre les 8e et 12e arrondissements, est très souvent le rendez-vous des ouvriers non occupés de ces deux quartiers populeux.
La modicité du prix du vin hors barrière nous amène beaucoup de buveurs les dimanches et les lundis, avec de l’argent on peut encore égarer ces buveurs et les mener à mal.
Je crois donc devoir, plus dans l’intérêt du gouvernement que dans celui de la Commune de Bercy, vous prier de faire tous vos efforts pour qu’un commissaire de police soit placé chez nous. J’insiste surtout pour que ce commissaire de police soit payé par les fonds à la disposition de Monsieur le Préfet de Police; vous connaissez l’état de nos finances, nos ressources sont de beaucoup audessots de nos besoins.
Je finis en vous renouvellant l’assurance que la commune de Bercy, en ce qui concerne ses domiciliés, ne doit donner au gouvernement aucune inquiétude.
Vous pouvez compter sur tout le dévouement de ses magistrats.
Agréez, Monsieur le Ssus-Préfet, etc.
Le maire : Portier 1 2.
Rapport et délibération du Conseil Municipal de Bercy relatifs à la construction d'un bâtiment à usage de Mairie. (/er décembre 184.1 é)
Commune de Bercy. — ■ Conseil Municipal Séance spéciale du /er décembre 1841 .
Le Conseil Municipal réuni à la Mairie sous la présidence de M. le Maire, suivant autorisation de M. le Sous-Préfet, en date du 24 novembre dernier, pour délibérer sur la construction d’une Mairie.
Présents: MM. Libert, Maire; Duchaussoy et Paris, adjoints; Montullé, secrétaire; Gallois, Renet, Portier, Pardon, Fortier-Beaulieu, Reyneau, Loron, Martin, Galotte, Lefébure, Coissieu, Hugot et Monier.
M. le Maire expose ce qui suit :
La commune de Bercy, créée le 19 octobre 1789 (2) existe depuis plus de 52 ans ; elle a aujourd’hui une population fixe de 8.000 âmes ; son heureuse position sur les bords de la Seine en amont de Paris, lui amène un commerce considérable, en vins, en bois, charbons, etc. ; ses ressources pécuniaires ce sont accrues et lui ont permis de paver ses rues, quais et chemins, mais elle n’a encore ni bâtimens pour la Mairie, ni pour les écoles, ni pour la salle d’asile ; elle est à loyer partout.
Un tel état de choses ne peut se prolonger davantage, et malgré les dépenses considérables que la Commune s’est imposées depuis plusieurs années, pour le pavage de ses rues et chemins, elle ne peut se dispenser, à présent, de demander a construction d’un bâtiment pour y établir la Mairie et ses dépendances, et d’en voter les dépenses, pour le paiement desquelles M. le Préfet accordera, sur les fonds de l’octroi de banlieue, une somme à titre de secours, proportionnelle à la dépense autorisée. M. le Maire annonce que, dans ce but, il a fait dresser, d’accord avec la Commission nommée à cet effet, par le Conseil, des plans pour la construction de cette Mairie, sur le terrain communal situé à l’angle gauche de la place de l’Église, et de la rue de Bercy, terrain qui porte en façade sur la place vingtun mètres 56 c/m, et en retour sur la rue de Bercy, quinze mètres 3o c/m,