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ADDITIONS ET CORRECTIONS

Agriculture. Page 362, ligne i5. — En i8o5, le territoire de Bercy était évalué à 295 hectares, dont 70 hectares pris par le parc du château. Sur le reste, 44 hectares étaient cultivés en vignes et 88 hectares en légumes. Le surplus était représenté par des propriétés particulières, maisons et jardins. Le sol y était connu comme étant de mauvaise qualité et ayant besoin de beaucoup d’engrais. (Annuaire administratif et statistique du département de la Seine, pour l’an XIIIi8o5 par P. J. H. Allard, p. 344.)

Barrières des fermiers généraux (Chemin de ronde). Page 241, ligne 20. Les boulevards dont il est question ici étaient le chemin de ronde extérieur, qui devait avoir i5 toises de largeur, appartenait à la ville de Paris, et était entretenu par elle, bien que situé extra muros. Loi du 21 mai-27 juin 1790 et décret du 19- 23 octobre de la même année.

A propos des quinze toises formant le chemin de ronde extérieur de l’enceinte, le Moniteur Universel du 14 avril 1824 indique l’enlèvement d’office de 109 pièces de vin déposées induement par des négociants de la commune de Bercy sur ce boulevard, et contrairement aux prescriptions de l’ordonnance de police du 11 février 1822 qui consacre ce chemin comme propriété de la capitale. Les tonneaux, enlevés d’autorité, furent envoyés à l’entrepôt de Paris.

Barrières des fermiers généraux (Économie dans les travaux). Page 21 5, ligne 26. — Cette pièce, qui indique les économies à réaliser sur chaque bureau particulièrement dénommé, ne comporte que ceux de la rive droite. Il n’y est pas question de la rive gauche.

Barrières des fermiers généraux (Iconographie). Page 236, ligne 8. — En ce qui concerne les aquarelles de Palaiseau, de la collection Destailleur, nous ajouterons que la mention suivante est indiquée sur la première de la collection, celle

de Bercy : « Cette suite de vues des barrières de Paris a été exécutée vers 1819. Elle est gravée au trait avec une table indicatrice. » Ces aquarelles sont toutes signées de Palaiseau et portent des numéros, savoir : Bercy, n° 1 ; Charenton, n° 2 ; Reuilly, n° 3; Picpus, n° 4. ( Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Destailleur. Paris, t. I, pp. 34, 35, 36, 37.)

Barrières des fermiers généraux (Luxe des). Page 214, ligne 26. — Nous avons dit que l'arrêt du Conseil d’État du 7 septembre 1787, avait retiré les travaux de l’enceinte à l’architecte créateur, c’est-à-dire à Le Doux. Il serait plus exact de dire qu’ils ne lui avaient été retirés qu'en principe, et en attendant l’examen et l’inspection des comptes et des plans qu’en devait faire l’architecte Antoine.

Nous reproduisons ci-après des pièces d’archives fort curieuses concernant cette phase spéciale du trop de luxe donné aux pavillons de Le Doux, et contre lequel l’opinion publique s'était élevée.

Voici, tout d’abord, une lettre-rapport de Lambert, conseiller d’État et ordinaire au Conseil royal des Finances et du Commerce, signalant à Louis XVI les mesures qu’il y avait à prendre pour donner une autre orientation à la construction de l’enceinte :

« Votre Majesté n’a pas ignoré les plaintes qui se sont élevées contre le luxe des bâtiments destinés à former les bureaux d’entrée de la nouvelle enceinte de Paris. 11 résultait des premiers aperçus qui furent mis sous les yeux de votre Majesté, au mois de janvier 1785, que la dépense totale de la clôture n’excéderait pas six millions. Cette dépense sera plus que doublée; mais elle se serait, peutêtre, élevée à plus de vingt millions, sans les soins d’une administration active qui, depuis quatre mois, a porté son examen sur tous les détails de cet établissement dont la direction avait été livrée jusqu’alors à un seul architecte.

« On a fait suspendre toutes les constructions inutiles ; on a réduit à l’absolu nécessaire, celles qui étaient encore susceptibles de retranchements ; er partout où la situation des travaux a permis la suppression des sculptures, des colonnes, etc., on a réformé cette prodigalité d’ornements, qui contrastait indécemment avec l’objet même de l’entreprise, et surtout avec le besoin des circonstances et les vues d'économies annoncées par votre Majesté.

« Mais il n’était pas possible de charger seul de l’exécution de ces nouveaux plans, l’architecte qui avait présenté les premiers à la précédente administration ; c’est cette considération qui a déterminé l’arrêt du 7 septembre dernier, qui nomme trois architectes pour surveiller et inspecter les travaux, vérifier l’emploi et la qualité des matériaux, régler les mémoires des ouvrages, assurer l’effet des réformes ordonnées, proposer toutes celles qui auraient pu échapper au premier examen, et enfin établir sur des bases fixes, sur des résultats éclairés, les dépenses de cette entreprise, dont la comptabilité avait été livrée à l’abandon et au désordre.

« Ces précautions ont déjà produit l'effet de satisfaire le public ; et, quoi qu’il ne soit pas encore possible de calculer avec précision l’influence qu’elles pourront avoir sur la diminution des dépenses de la clôture, je crois cependant pouvoir assurer Votre Majesté, qu’il en résultera pour le Trésor Royal, une économie de plusieurs millions. » ( Archives Nationales. Q1 1 101).

Cette lettre-rapport décida le roi à signer l’arrêt du 7 septembre 1787, dont voici un extrait :

« Le Roi s’est fait rendre compte que l’état actuel des travaux de la nouvelle enceinte de Paris, dont sa Majesté a ordonné l’établissement par sa décision du 3 janvier 1785. Sa Majesté ayant reconnu que, contre ses intentions, on avoit pro" digué les ornemens dans les bâtimens destinés à servir de Bureaux pour la perception des droits d’entrée à Paris, et que les effets de ce luxe désavoué par l’opinion publique et contraire à l’objet même d’une entreprise qui n’a été formée que dans des vues d’économie, avoient été d’en augmenter considérablement les dépenses, Sa Majesté, en regrettant que les travaux soient trop avancés pour qu’elle puisse étendre les réformes sur tous les objets qui en seroient susceptibles, a cru du moins devoir prendre des mesures convenables pour réprimer à l’avenir cette prodigalité, pour retrancher des constructions qui restent à faire, tout objet de superfluité et de luxe, et pour se faire rendre un compte exact de toutes les dépenses ».

L’arrêt concluait en disant : « Ordonne que les plans, dessins, devis, marchés et mémoires concernant les travaux faits et à faire pour la nouvelle enceinte de Paris qui sont entre les mains du sieur Le Doux, architecte de Sa Majesté, seront par lui incessamment remis aux sieurs Antoine et Raimond, pareillement architectes de Sa Majesté, qu’Elle a commis et commet pour examiner le tout et proposer tous changements et réduction. »

Le sieur Pérard de Montreuil, Censeur royal, architecte du grand Prieuré de France, était nommé par le même arrêt en qualité d’inspecteur et vérificateur général des dites constructions, et avec la mission de visiter et vérifier les dits travaux et proposer les retranchements dont pouvaient être susceptibles ceux qui n’étaient point achevés. L’arrêt disait aussi que Le Doux devrait également remettre aux sieurs Antoine et Raimond, les plans, devis et marchés concernant les constructions qui n’étaient pas encore commencées. ( Archives Nationales. Q1 1 101 .)

Un ^utre arrêt, du 18 juin 1788, adjoignait le sieur Rocher à Pérard de Montreuil, dans les fonctions d’inspecteur des travaux de la clôture de Paris qui furent, à cet effet, divisés en deux départements. L’arrêt reconnaissait que le sieu r Pérard de Montreuil, malgré le zèle qu’il apportait à l’exercice de ses fonctions, ne pouvait pas seul suffire à la multitude des détails qu’elles embrassaient. [Archives Nationales. Q1 1 1 20.)

Voici donc l’architecte Antoine en possession de ses nouvelles fonctions. Le rapport ci-après, non daté, et dont nous ne connaissons pas l’auteur, qui est peutêtre Antoine lui-même, fait connaître quelques points de l’organisation. 11

montre aussi que le dit architecte eût été fort heureux d’obtenir, pour avoir pris la place de l’infortuné Le Doux, sacrifié à l’opinion publique, et sans doute victime d’une coterie, le cordon de l’ordre de Saint-Michel, qui était l’ordre particulièrement réservé aux artistes :

« Rapport . — M. Antoine propose à Monseigneur, par le rapport ci-joint, un nouvel ordre de travail pour la clôture de Paris, dont l’objet est de simplifier et d’accélérer l’opération importante du règlement des Mémoires et de diminuer les frais d’administration en réduisant le nombre des inspecteurs chargés de surveiller les ouvrages des entrepreneurs.

« M. Antoine se contenterait de six inspecteurs particuliers qui partageraient entre eux la surveillance des travaux en y comprenant celui qui serait chargé de contrôler et vérifier sur toute l’enceinte les ouvrages de serrurerie.

« Pour la vérification des Mémoires, il ne demande que deux architectesexperts, et son projet serait que M. Rocher qui est revêtu de cette qualité fut un des deux vérificateurs en conservant en même temps l'inspection générale de travaux. Ce plan opérerait la suppression de sept inspecteurs ou vérificateurs particuliers. Il seroit convenable de conserver aux six inspecteurs restant en activité le traitement de i.5oo livres dont ils jouissent.

« A l’égard des deux vérificateurs généraux, au lieu de suivre le tarif de leur institution, qui sur une masse de travaux aussi considérables que la clôture de Paris, leur deviendrait trop favorable, il paraîtrait convenable de leur assigner des honoraires annuels sous la condition qu’ils fourniroient chaque année une quantité fixée de mémoires réglés.

« Il seroit également de la justice de Monseigneur, de déterminer le traitement de M. Antoine, qui depuis deux ans presque, uniquement occupé de la clôture de Paris, n’a reçu d’autres récompenses de ses services que des assurances de satisfaction et des témoignages de confiance.

« Mais il existe peut-être un moyen de procurer à cet artiste un dédommagement plus honorable qu’une rétribution pécuniaire quelle qu’elle fut, et Monseigneur, qui a été déjà pressenti à cet égard, a annoncé les dispositions les plus favorables ; ce moyen consisterait à faire obtenir à M. Antoine le cordon de l’ordre de Saint- Michel, une des places de cet ordre est actuellement vacante, et il seroit difficile qu’elle fut occupée par un artiste plus distingué par ses talents et par ses services envers le Gouvernement. Monseigneur est supplié de faire connaître ses intentions. » ( Archives Nationales. Q* i ioi.)

Le Doux conçut un vif chagrin d’avoir été ainsi dépossédé des travaux dont, en somme, il avait dressé tous les plans, et non sans grandeur et sans ingéniosité. Il protesta de toutes ses forces, principalement auprès du ministre Necker, pour lequel il dressa le petit résumé ci-après de la question, destiné à le justifier à ses yeux :

« L’arrêt du 7 septembre 1787 est hypothétique, il est fondé sur un présumé de dépenses que l’on connaissoit d’autant mieux qu’elles étoient approuvées, payées

chaque mois, sur des règlemens de mémoires et pièces justificatives. La soumission prévuë du 1 9 mars 1 787 assure la dépense, la suppression du 22 juillet de la même année, certifiant qu’il n’y a plus d’économies à faire (la Commission étoit donc inutile) ; le compte du 2 Aoust établit les progressions successives des dépenses approuvées, les assure et constate que les seules économies à faire sont celles du temps.

« La lettre du i5 septembre interprétative de l’arrest du 7 annonce que le véritable but de cet arrest a été de donner au public une espèce de satisfaction (le roi avoit sans doute voulu faire ce qu’il avoit approuvé et payé), qu’au surplus on avoit à se loüer des talents et de l’activité du sieur Le Doux, etc., qu’il ne pouvoit rien perdre de la confiance, étant asseuré de conserver toujours les mêmes droits à la confiance de l’Administration.

« L’arrêt du 25 novembre qui ordonne que des commissaires fassent de nouveaux plans, sur des plans et des élévations toutes montées aux corniches, aux toits, est illusoire. La suspension des travaux qu’il ordonne a été très nuisible aux intérêts du roy, la dépense qu'il a occasionnée, est aussi considérable par ses pertes, ses déchets, ses conséquences, que les dépenses totales de la clôture si on l’avoit terminée avant cet arrest.

« L’arrest du 26 juillet qui annonce des économies n’est pas fondé, il a servi de prétexte à une usurpation. Des commissaires ne peuvent jamais et, dans aucun cas, se mettre à la place de ceux qu’ils sont chargés d’examiner : Le sieur Le Doux a un arrest qui luy attribue les mêmes fonctions, il ne les a jamais cessées.

« Cet artiste a été spolié sur des on-dit, des suppositions, des lettres antidatées... on l’a persécuté injustement pendant deux ans, on l’a recherché, examiné, l’administration luy a rendu la confiance qu’il n'avoit pas cessé de mériter; il ignore quels peuvent être les motifs de la lettre du Ministre en date du 23 may 1789.

« Il supplie sa justice de le remettre dans ses premiers droits.

« Il ne luy reste plus un seul dessin à faire, les frais d’inspecteurs ne coûteront pas cent louis, si les mémoires ne sont pas réglés à la fin de l’année, ils peuvent l’être au commencement de l'autre.

« Les principaux membres du corps dont il a l’honneur de faire partie sollicitent aussi la justice du Ministre.

« Le Doux se glorifie (et c’est un de ses plus beaux titres) de tenir son existence de M. Necker, il a la noble fierté de croire qu’il est digne du choix qu’il a fait, et il redoublera ses efforts pour mériter de plus en plus ses bontés particulières. » (Archives Nationales. Q1 1101.)

Comme suite à ce résumé, Le Doux adressait à Necker la lettre suivante, dans laquelle il le suppliait de lui faire rendre ses fonctions d’architecte de la nouvelle enceinte, qui lui avaient été définitivement retirées, ainsi que le Ministre le lui apprenait dans sa missive du 23 mai 1789 :

« Monsieur, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le

23 may 1789 m’apprend avec douleur que d’autres personnes alloient continuer les travaux de la clôture de Paris, confiés à mes soins.

« Réclamer les loix de la justice, ce patrimoine commun, l’unique appui de l’opprimé, auprès d’un Ministre vertueux, c’est faire le plus noble éloge de son caractère; auprès de tout autre la réclamation serait un reproche.

« Sous les ordres de M. de Colonia (?) j'ay été chargé de faire les Entrées de Paris, on m’ordonna des plans, devis ou aperçus, des suppléments, on les approuva.

« En 1737, j’étois à la moitié de la dépense prévue, j’avois pris les mesures nécessaires pour ne pas l’excéder, tout pouvait être fini à la fin de l’année, lorsque l’arrêt du 7 septembre nomma des commissaires pour faire un nouvel examen.

«J'ay été examiné, recherché, l’Administration m’a rendu sa confiance; le principe qui m’avoit arraché à des travaux enviés, n’a pas cessé; j’ay souffert, j’ay attendu le jour de la vérité, qui en écartant les intrigues devoit soutenir mes droits ; j’ay communiqué aux entrepreneurs de tous genres les ordres de M. de La Boulaye sans me permettre la moindre réflexion, instrument des volontés successives, je dois ignorer si on a bien fait de clore la ville de Paris, de construire desbâtimens qui annoncent à l’étranger l’importance de la capitale, si on a bien fait de planter des boulevards, et si on a bien fait de donner au public une espèce de satisfaction en publiant qu'on n’a pas voulu faire ce qu’on a fait. Cette discussion ne m’appartient pas; sans doute on a voulu faire ce qu’on a approuvé et payé.

« Consulté sur ce qu’il falloit pour terminer cette entreprise, j’ay fait un détail que j’ai remis le 7 avril 1789, avec soumission, il monte à 79.808 livres, je devois éclaire;- le Ministre, sans me compromettre, je l’ay fait.

« ijt demande à être continué dans mes fonctions, je n’ay pas mérité de perdre la Confiance, je le demande pour l’intérêt du Roy, qui pourroit éclairer une affaire, dont les plus petits détails me sont connus dans le principe.

« La Commission est composée de juges devenus parties, elle m’a constamment persécuté, mais il est des peines dont le sentiment est le seul dédommagement, si je ne suis pas assez heureux, Monsieur, pour vous avoir pour juge, je demande au moins des juges libres, mes égaux, l’Académie.

« Je leur diray (pour l’intérêt du Roy) il ne me reste aucun dessin à faire pour terminer généralement tous les objets qui concernent la clôture; jugez si après m’avoir sacrifié, ce qu’il en coûtera, si d’autres pouvoient se charger de la conduite de cette entreprise, je leur diray (pour moy) ce n’est pas l’intérêt qui dirige ma réclamation, c’est le sentiment noble et pur de ma réputation, que des ennemis envieux voudraient altérer, c’est ma plus chère propriété, celle de mes enfants, je dois la défendre pour la leur conserver.

« Enfin, Monsieur, c’est à vous à qui je dois la plus grande partie de mon existence, c’est un titre dont je me glorifie, c’est à vous seul à qui j’ay recours, à un Ministre honneste homme à qui je demande justice, mon espérance ne peut

pas être trompée; vous aimez le bien, vous le faites sans cesse; j’attends en mon particulier ce que la Nation elle-même, obtiendra de vous, si elle accueille les vües sages et les désirs heureux qui vous animent.

« Je suis avec le plus profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé: Le Doux, ce 2 juin 1789. ( Archives Nationales. Q1 1 101.)

Voici encore une lettre de Le Doux à Necker, datée du 4 juillet 1789, tout empreinte des tourments qu’il endurait et protestant toujours contre l'humiliation qui lui avait été infligée :

« Monsieur, après avoir repoussé pendant deux ans, les affronts multiples d’une guerre de ruse qui n’a servi qu’à compromettre les intérêts du Roy de la manière la plus fâcheuse, et ma réputation qui a été victime.

« Sa Majesté a fait des sacrifices considérables, sous un prétexte public et illusoire, elle auroit pû les éviter, mais elle n’a certainement pas entendu faire celuy de mon honneur.

« Je vous demande justice, Monsieur, depuis plus d’un mois, je l’attendrai tranquillement, le sentiment intérieur que j’éprouve suffiroit à ma fierté, si la surveillante activité du corps auquel je suis attaché ne m’imposoit la nécessité pressante de vous solliciter.

« Si la loy ne punit pas les persécuteurs, au moins elle n’autorise pas les persécutions.

« Qui pourra me dédommager des humiliations journalières dont on a fatigué ma constance ? qui pourra réparer les torts réels qu’entraîne l’opinion suspendue ? Je laisse aux hommes peu délicats l’erreur qui les suit depuis longtemps.

« Mais vous, Monsieur, Monsieur Necker, dont la doctrine et les principes sont purs, comment se peut-il que votre nom soit placé au bas d’une injustice, non, cela n’est pas possible.

« 11 faut à des affronts publics et non mérités, des consolations publiques et méritées, c’est la loi naturelle, elle est gravée dans tous les cœurs vertueux, elle est gravée dans le vostre.

« Si j’avois été sensible aux marques réelles qui décèlent vulgairement, ou les talents, ou la réputation, j’aurois pû profiter de la faveur momentanée qui les accorde.

« Mais essentiellement occupé du motif qui constitue la vraye gloire, j’avais bien résolu d’attendre le terme fatal qui range les hommes à leur véritable place. Aujourd’huy, Monsieur, que les esprits sont égarés par des actes multipliés que l’ordre public, l’honnesteté particulière désaprouvent ; permettez-moi de vous observer que ces marques ostensibles deviennent indispensables.

« Daignez m’entendre, ou vous éclairer par des lumières impartiales, vous verrez que je n’ay jamais mieux fait, que je n’ay jamais plus mérité les grâces du gouvernement, que je suis fondé en raisons pour vous les demander, et en justice pour les obtenir.

« J’attends les heureux effets des bontés du Ministre, et suis avec le plus pro-

fond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé : Le Doux. Ce 4 juillet 1789. » ( Archives nationales. Q1 1101.)

Dans la lettre ci-après, qui ne porte malheureusement pas de suscription, datée du 22 août 1789, Le Doux accuse formellement son confrère Antoine d’indélicatesse et d’usurpation, et lui reproche de continuer les travaux de l’enceinte sur des dessins dont il est seul l’auteur :

« Monsieur, j’ay l’honneur de vous adresser les copies des lettres que j’ay remises à M. Necker, et qu’il a renvoyées depuis longtemps à M. de La Boulaye.

« Je leur demande justice, et ne cesserai de vous la demander. Des Commissaires nommés par des arrêts publiés dans la capitale et les provinces, pour donner leur avis sur des ouvrages faits ou à faire, ne peuvent, sous aucun prétexte, se mettre à la place de ceux qu’ils sont chargés d’examiner, ils se déshonoreroient, ils doivent un compte public de leur conduite. Des procès verbaux, des rapports clandestins, des opérations non communiquées jetteroient des doutes injurieux sur eux.

« MM. Hazon, Brebion, Raimond, ont quitté leurs fonctions, après avoir fait leurs rapports, M. Antoine n’a pas cru devoir suivre leur exemple, il a trompé la foy publique par les prestiges insidieux qui dénaturent les motifs les plus purs et les véritables économies, il jouit impunément dans le silence, d’une usurpation acquise par des souplesses multipliées et ses intrigues; il a la bassesse d'ordonner à ma place depuis longtemps, la suite des ouvrages construits sur mes dessins, et sur lesquels il n’étoit autorisé à donner qu’indivisément ses avis.

« Seroit-il possible, Monsieur, que la conduite de ses confrères, qui pouvoit le forcer à devenir honneste homme, ne puisse pas contribuer à vous éclairer. Je vous supplie. Monsieur, de vouloir bien me faire la grâce de prendre en considération mes justes représentations, les inlerests du Roi, ceux de ma réputation l’exigent, vous ne pouvez être instruit que par la contradiction, que par des lumières impartialles, et je ne puis être jugé sans être entendu.

« J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, Monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur. Signé : Le Doux. Ce 22 Aoust 1789. » (Archives Nationales. Q‘ moi.)

11 nous faut dire que la haute administration de la fin de la Monarchie, professait pour Le Doux une aversion assez profonde, et qu’il était considéré par tous les fonctionnaires d’alors comme un homme néfaste aux finances du Royaume. L’Architecte Pérard de Montreuil, qui avait été nommé par le décret du 7 septembre 1787 pour le surveiller, ne tarda pas, celui-là peut-être avec plus de raisons, de tomber également dans le même discrédit. Nous en trouvons la preuve dans la lettre suivante, émanant de M. Du Fresne, Conseiller d’État et Intendant du Trésor Royal. Elle ne porte, et il faut le regretter, ni millésime ni suscription, mais doit dater de 1789 :

« M. Le Doux, Monsieur, est un homme turbulent et extrêmement dangereux par ses projets extravagants de dépense. M. le premier ministre des Finances l’a éconduit, et il a très bien fait, car il auroit ruiné le trésor royal.

« D’après ce que m’a confié M. Antoine, M. Pérard de Montreuil est un homme aussi dangereux dans sa manière, et dans le moins grand cercle où il est placé. On ne peut continuer de l’employer sans nuire infiniment aux intérêts du Roi, et je ne sçais pas ce qu’on peut avoir à craindre de son mécontentement S’il a de justes réclamations à former, on les examinera et on lui fera justice; mais il faut l’éconduire comme M. Le Doux, sans lui laisser la moindre part dans les travaux de la clôture. Je pense donc, Monsieur, qu’il n’y a point à hésiter pour lui donner son congé absolu. M. Antoine le désire parce qu’il le juge convenable; et, d’après les raisons qu’il m’en a données, cela me paroit nécessaire. Enfin, plusieurs personnes m’ont fait connaître que M. de Montreuil est un homme dont il ne faut point se servir.

« Au reste, je suis convenu avec M. de la Boullaie et avec M. Antoine que je fournirai la somme qui sera nécessaire pour mettre les travaux en état d’exiger des fermiers généraux, au Ier octobre prochain, la somme de 1.200.000 livres d’indemnité que le Roi leur paie, en attendant que les commis soient placés à toutes les barrières de la nouvelle clôture.

J’ai l’honneur d’être, avec un très sincère et parfait attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé : Du Fresne, à Paris, le 26 d’Août. » ( Archives Nationales. Q1 1 101 )

Dans une lettre de Du Fresne, du 12 octobre 1789, on trouve l’exécution définitive de l’architecte Pérard de Montreuil, que le premier ministre des Finances était absolument décidé à exclure des travaux de l’enceinte. Voici un extrait de cette lettre :

« Je vous prie de vouloir bien donner des ordres le plutôt possible pour que M. de Montreuil n’ait plus aucune part à cette inspection. Cela importe à l’ordre du travail et aux arrangements que j’ai pris pour accélérer les comptes. M. de Montreuil a fait faillite deux fois, et vous jugerez, Monsieur, qu’il n’est pas convenable que les intérêts de la chose publique soient dans de telles mains. » [Archives Nationales. Q1 1101.)

L’arrêt du Conseil d’État du Roi, du 4 octobre 1789, décida que tous les travaux de l’enceinte seraient suspendus, sauf le parachèvement du mur et l’établissement, soit définitif, soit provisionnel des bureaux de recette et des corps de garde, lesquels devaient être terminés. Toutes les fonctions confiées aux Architectes, Commissaires, Inspecteurs et Vérificateurs, par les arrêts des 7 septembre, 25 novembre 1787 et 18 juin 1788 étaient supprimées à compter du Ier octobre 1789. La liquidation et la terminaison de l’opération restaient confiées à l’Architecte Antoine. ( Archives Nationales. Q1 1101.)

Ledoux ou Le Doux (Charles-Nicolas), était né à Paris en 1736 et mourut dans cette ville, le 20 novembre 1806. Il avait été nommé membre de l’Académie Royale d’Architecture le 14 septembre 1773. Sa réputation lui vint principalement des pavillons d’entrées de l’enceinte des Fermiers Généraux, qu’il ne put, malheureusement, achever complètement, ainsi qu’on vient de le voir, et qui eussent fait le plus grand honneur au Paris architectural de cette époque.

Antoine (Jacques-Denis) était né à Paris le 6 août 1733 et y mourut le 24 août 1801. Il fut membre de l’ancienne Académie d’architecture, le 11 août 1776, et membre de l’Institut de France. Il est surtout connu comme architecte de l’Hôtel des Monnaies de Paris. On a vu dans une lettre que nous avons reproduite plus haut, combien il eut été heureux d’obtenir le Cordon de Saint-Michel. Il nous semble bien qu’il mourut sans avoir reçu cette satisfaction, du moins ne le trouvons-nous pas dans la liste de l 'Almanach royal.

Pérard de Montreuil, ou Pérard-Montreuil, était élève de Louis Moreau et de Boudée. 11 fut architecte du Comte d’Artois et construisit, à Paris, notamment, la Rotonde du Temple.

Ces notes seraient incomplètes si nous ne racontions les aventures arrivées à Antoine pendant la Terreur, aventures qui se rattachent à la clôture de Paris.

Le 10 juillet 1793, cet architecte recevait la lettre suivante du ministre des Contributions publiques :

« Vous vous concerterez sans délai, citoyen, avec le directeur de la Monnaie de Paris, pour faire dans le souterrain de l’hôtel de la Monnaie, choix de caveaux propres à mettre en sûreté les matières d’or et d’argent appartenantes tant à la Nation qu'aux particuliers, vous aurez soin de boucher tous les soupiraux et d’en faire garnir de fer les portes de manière à ce qu’elles résistent aux efforts des malintentionnés. »

Dans un mémoire curieux, Antoine rendit compte de la façon dont il fit exécuter ce travail : « Il a rempli, dit-il, l’objet de la sûreté que désiroit le ministre par un procédé tout à fait nouveau, une porte qui est un mur de brique mobile, ferme ce caveau et ne laisse apercevoir aucune marque de mobilité, ni le moyen d’introduire la clef dans la serrure. »

Accusé pour ce fait par la Convention, Antoine, alors âgé de soixante ans, fut incarcéré à la Force, et subit, le 3o brumaire an II (20 novembre 1793), un interrogatoire du Comité de Sûreté générale et de surveillance, comme complicité avec le citoyen Beyerlé, commissaire de la Monnaie.

Le même jour, une perquisition était faite à son domicile de la Monnaie, où les scellés étaient apposés. On lit dans le procès-verbal d’apposition, les lignes suivantes : « Avons ensuite requis le citoyen Antoine de nous rendre ses armes, ce qu’il a fait et nous a remis un fusil d’officier, garny de sa bayonnette, un sabre et son baudrier, et une paire de pistolets anglais dits de poche, lesquels ont été transportés au Comité révolutionnaire de la section. »

D’autres perquisitions furent encore faites à la Monnaie, pour lesquelles Antoine fut extrait de sa prison : « Comité révolutionnaire de la Section de l’Unité. Arrête que pour l’exécution de l’ordre du Comité de Sûreté générale de la Convention, en date de ce jour, les citoyens L.anglet et Niel, deux de ses membres, se transporteront à la maison d’arrêt de la Force, pour en extraire le citoyen Antoine, architecte, et faire ensuite chez le dit Antoine, les opérations ordonnées par le dit Comité de Sûreté générale. Fait au dit Comité le 6 frimaire l’an deuxième (26 no-

vembre 1793) de la République française. Signatures. » Au bas de cette pièce est écrit : « Réintégré à 5 heures du soir le dit jour et an que dessus. »

Parmi les papiers saisis se trouvaient de nombreux documents concernant l’enceinte des fermiers généraux, nous en avons la preuve dans la pièce suivante: « Reçu des citoyens Pruvost et Philippe, membres du Comité révolutionnaire de la Section de l’Unité, deux caisses renfermant des papiers relatifs à la clôture de Paris, et les scellés apposés dessus de la dite section. A Paris, ce 7 frimaire an 2e (27 novembre 1793] de la République française une et indivisible, signé : Boussard. »

Le 19 nivôse an II (8 janvier 1794), après une pétition du citoyen Soulet, rédigée au nom des ouvriers ayant travaillé aux dits murs de clôture, le Comité de Sûreté générale prenait la décision suivante : « Arrête que le citoyen Antoine sera extrait de la maison où il est actuellement détenu par mesure de sûreté générale, et qu’il restera dans son domicile, à la Monnoye, jusqu'au dix Pluviôse prochain, sous la garde d’un citoyen que le Comité révolutionnaire de l’Unité désignera. » Le citoyen Bonne fut préposé à cette garde.

Cependant, Antoine avait réclamé contre sa détention auprès de la Convention, et demandé que, pour achever le règlement définitif de tous les mémoires d’ouvriers de la clôture de Paris, on lui accordât un délai. Le Comité de Sûreté générale prit l’arrêté suivant, le 7 Pluviôse an II (26 janvier 1794) :

« Le Comité de Sûreté générale, considérant qu’il est de l’intérêt public que le citoyen Antoine, architecte, jouisse de tout le temps nécessaire pour pouvoir achever le règlement définitif de tous les mémoires d’ouvriers de la clôture de Paris dont il est chargé par le décret du g brumaire dernier, et qu'il ait en même temps la facilité de pouvoir finir avec exactitude le dit ouvrage, arrête : i° que 20 autres jours lui seront accordés sans autre délai pour pouvoir continuer à se livrer à ce travail, lorsque ceux qui lui ont déjà été accordés seront écoulés ; 20 que la levée des scellés apposés sur ses papiers lui sera également accordée, pour en retirer, en présence des commissaires, les notes et renseignements dont il a besoin, après quoi les scellés seront réapposés sur le restant de ses papiers ; 3° qu’il n’y a pas encore lieu à délibérer sur l’élargissement entier qu’il réclame. Signé : Vadier, Èlie Lacoste, Amar, Lavicomterie, Dubarral, Beyle, Voullaud, Louis du Bas Rhin. »

Antoine vit cesser sa captivité le 18 Thermidor an II (5 août 1794) : « Le Comité de Sûreté générale, arrête que le citoyen Antoine, architecte, actuellement sous la surveillance de gendarmes nationaux, sera mis en liberté. Les scellés qui auroient été apposés dans son domicile seront levés sans aucun retard. » ( Archives Nationales. F7 4580.)

Barrière des fermiers généraux. Page 217, ligne 10. Voici, d’après un document intitulé: État des Bureaux de la Nouvelle Enceinte de Paris et des Maisons restantes des acquisitions qui ont été faites pour sa confection , quelle était la situation de nos cinq barrières, au point de vue de la construction, après le

Ier mai 1791, c’est-à-dire après la date de la suppression des Entrées. Le document dont il s’agit n’est pas daté, mais il fut établi, ainsi que l'indique une allusion qui s'y trouve, après l’époque de cette suppression :

« Barrière de Picpus. — Ce bureau forme dans son plan, une croix grecque, à ses extrémités sont quatre péristyles de colonnes, il est élevé d’un étage audessus du rez-de-chaussée, à côté des grilles est une roulette en pierre.

« Barrière de Reuilly. — Ce bureau est un grand pavillon circulaire entouré d'un portique de colonnes, il est élevé d’un étage au-dessus de son rez-de-chaussée, avec grenier au-dessus. Le rez-de-chaussée est distribué en quatre pièces et un escalier, au centre dudit bâtiment est une petite cour de même forme, et n’est pas totalement fini, la couverture de la galerie qui est un objet assez considérable reste à faire. Il reste aussi des ouvrages à finir dans l’intérieur, à côté de la grille est une roulette en pierre.

« Barrière de Charenton. — Ce bureau est composé de deux gros pavillons quarrés, ils ne sont ouverts que provisoirement et dont les intérieurs sont totalement à faire, ce qui a nécessité un bureau provisionnel, la cour de l’un de ces bureaux est cependant terminée, on y a même établi un hangard, un poids le Roi et un puits ; à côté des grilles sont deux roulettes en pierre. (En marge, au crayon : non achevé, un hangar loué.)

« Barrière de Bercy. — Ce bureau est composé de deux petits pavillons élevés d’un étage au-dessus du rez-de-chaussée, avec péristyles de colonnes à leurs extrémités, attenant celui à gauche en sortant de Paris, est une petite cour dans laquelle est un puits.

« Barrière de la Râpée. — Ce bureau, dont la construction aurait entraîné une dépense énorme, n’a pas été achevé et sa démolition a été prononcée, on y a suppléé en plaçant les employés dans une maison acquise des héritiers Morel et dont l’emplacement devait former l’isolement intérieur de cette partie de l’enceinte ». (En marge au crayon : loué.) ( Archives de la Seine. Domaine,carton 5g, dossier 6612.)

Barrière de Bercy. Page 223, ligne 24. — La collection Paul Blondel possède une gravure en couleur exécutée par Debucourt d’après le dessin de Palaiseau. Ce dessin varie essentiellement de l’aquarelle du même artiste que nous reproduisons, et sa composition est plus séduisante à l’oeil : le chemin passe entre les deux pavillons au lieu de les longer, et l’on aperçoit, au fond, le village de Bercy entouré de verdure.

Barrière de La Râpée. Page 221, ligne 20. — Dans l'œuvre de l’architecte Le Doux, une planche est consacrée à la Patache de la Râpée : A côté d’un dessin du pavillon de la barrière de ce nom, celui qui fut démoli, se voit un bateau en forme de trirème ou de galère antique, sur lequel se dresse une grande cabine que l’imagination de l’architecte a édifiée dans le goût des temples grecs, et à laquelle il a donné l’allure des nombreuses barrières construites par lui autour de

REPRODUCTION D'UN PLAN DE LA COMMUNE DE BERCY. levé le 16 Thermidor an VII (3 Août 179D), et appartenant à la Direction des ( onlriWtâons Directes du Département de la Seine.

Les limites de cette commune sont

A l’Ouest : Ze runtveurt-J/otdcptiry/ et c//> titre t/e /ttri.c, de /h . terne rr /tt //arrière de Prc/u/.r.

Au Nord : Zc c/ærrun dar Peu r.ce-- f^ijjjüirur, t/e la. /arrière de jPicpus n, /aoertMc de Ëer-c//.

A U Est : //Avenue de Ëe.r'ct/, du e/ter/tin r/e.r /tome -/‘ttttttrov à / n

grande route t/e cÆurc/i/on , /tttynint/e route r/c r/turentou , de iaoeriue de Ëercg à / 1 /e mur' du dit /are , de /a ,

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Au Sud : Zr.r Zergt\c de /a Jet r/e,

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