‹ BercyChapitre 15 sur 133 · Mémoires du Duc de Luynes, t. XI, p · texte numérisé non relu

Mémoires du Duc de Luynes, t. XI, p

et symétriques magasins séparés par des rues bien alignées. Le propriétaire a seulement conservé deux longues avenues d’arbres parallèles à la Seine, dont l’une est intitulée : « Grande avenue de Marronniers très grands et bien garnis. » Ce qui indique bien qu’ils dataient du temps où le parc était celui d’un grand seigneur. Les anciens communs et l’orangerie du château n’étaient pas non plus détruits dans ce projet, mais convertis en tonnelleries.

Nous ajouterons enfin que, en dépit du tracé des multiples magasins, on retrouve très facilement dans cette pièce, la configuration et les dispositions du domaine de M. Orry tel qu’il est dessiné dans le terrier de 1724-26.

Le projet de M. de Chabons ne réussit pas auprès du gouvernement. Ce qui n’empêcha pas l’auteur, avec son associé M. Cussy, de le réaliser en partie au profit du commerce privé. Ils firent de leur domaine un entrepôt libre dont ils louèrent quelques magasins à des marchands de vins, laissant subsister les grands arbres nécessaires pour abriter les tonneaux contre les rayons du soleil.

M. de Chabons donna sa démission de Maire de Bercy en 1 8 1 5 . Il la donna après l'heureux retour de Sa Majesté Louis XVIII , et en indiquant à son préfet qu’il avait été l’une des victimes des événements désastreux ayant accablé la France depuis quelque temps. Peut-être comptait-il dans ces événements celui de n’avoir pu vendre au gouvernement impérial le domaine du Petit-Château dont, sans doute, il espérait beaucoup? Voici, d’ailleurs, le texte de sa démission :

Paris, ce 3o octobre 1 8 1 5 . Le maire de Bercy, chevalier de l’ordre de Saint- Louis, à M. le Sous-Préfet de Sceaux.

Monsieur,

Une absence plus longue que je ne comptais, m’a empêché de reprendre

mes fonctions de maire de Bercy, lors de l’heureux retour de Sa Majesté Louis dix-huit.

J’ayété l’une des victimes des événements désastreux qui depuis près de deux ans ont accablé la France. Dans la nécessité où je suis de m'absenter souvent de Bercy, je vous prie de vouloir bien faire agréer à M. le Préfet ma démission de maire de la dite Commune.

Il a bien voulu applaudir à la manière dont j’ai rempli ces fonctions lors de la première invasion des armées alliées, d’après une délibération authentique de ma commune; il m’avait même jugé digne des faveurs de Sa Majesté, il ne me reste donc qu’à le convaincre, ainsi que vous, Monsieur, du sentiment bien pénible que j’ai éprouvé de n’avoir pu dernièrement donner de nouvelles preuves de mon dévouement au service de Sa Majesté, et à la sécurité de mes administrés.

Recevez, Monsieur, l’assurance du regret que j’éprouve particulièrement de renoncer à m’associer à vos travaux : votre loyauté, votre franchise, eussent doublé le plaisir que j’aurais eu de contribuer à vos succès dans une aussi belle cause.

J’ai l’honneur, etc.

Le vicomte de Chabons, capitaine de vaisseau, rue d’Anjou, 21, au Marais *.

En 1 8 1 5, M. Gallois, négociant en vin, fît l’acquisition de tout le domaine de M. de Chabons et compléta la destruction du parc et des jardins de la maison de M. Orry, en y perçant des rues où l’on construisit des magasins définitifs pour le commerce des liquides. Etant propriétaire du sol, M. Gallois donna aux voies qu’il ouvrait ainsi des noms qui devaient lui être précieux, et destinés à lui rappeler dans l’avenir, — à lui seulement, ce qui était un égoïsme assez bourgeois — d’agréables souvenirs de famille.

Il y eut naturellement la rue Gallois , qui était son propre nom : charité bien ordonnée ne doit-elle pas commencer par soi-même ? Puis la rue Louis , qui était son prénom — le brave marchand de vin ne s’oubliait pas. — Puis la rue Laroche, du nom de son pays natal. Son aimable épouse fut la marraine de la rue Sainte-Anne, comme son fils fut le parrain

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