Mercure de France , année 1717, mai, p
Charles d’Albert, duc de Chaulnes, qui fut ambassadeur à Rome. Située sur le bord de la rivière, elle avait été construite avec beaucoup de goût; ses jardins étaient du dessin d’André Le Nôtre. L’auteur vante fort le cabinet d’histoire naturelle, que le propriétaire de son temps, en 1742, avait enrichi d’un nombre prodigieux de curiosités naturelles et artificielles.
Et Piganiol ajoute philosophiquement :
C’est une espèce de consolation pour le public de trouver du goût pour les belles choses dans des personnes qui égalent les Princes en magnificences, et les surpassent en richesses L
L’abbé Antonini, dans son Mémorial de Paris et de ses environs ; Germain Brice, dans sa Description de Paris , consacrent également des lignes louangeuses à ce somptueux logis et à ses jardins, contenant, aux dires du dernier, « tout ce que l’art peut produire de plus ingénieux »1 2'3.
Dans le testament du 5 novembre 1753, on trouve beaucoup de renseignements concernant la maison de Bercy, et certaines indications relatives aux collections qui s’y trouvaient. Nous en détachons les extraits suivants, qui ne manqueront pas d’intéresser le lecteur :
Auj'ourd’huy lundi cinq novembre mil sept cent cinquante trois, sur les onze heures du matin, au mandement de Messire Louis-Léon Pajot, Chevalier Comte d’Ons-en-Bray ; les notaires du Roy à Paris, soussignés, se sont transportés en sa maison à Bercy, dite la Vigne de Chaulnes, où ayant été introduits dans un corps de logis entre cour et jardin faisant face à la porte d’entrée, en une chambre au premier étage ayant vue sur le jardin, ils ont trouvé mon dit sieur d'Ons-en- Bray en Robbe de chambre, couché à son séant sur un lit de repos près du feu, où il les a reçus, étant indisposé de corps, mais sain d’esprit, mémoire èt enten-
1. Description de Paris et de ses environs, par Piganiol de la Force, 1742, t. IV, p. 473.
2. Mémorial de Paris et de ses environs, par l’abbé Antonini, Paris, Bauche, 1749, t. I, p. 292.
3. Description de la Ville de Paris, par Germain Brice, 1752, t. IV, p. 358.
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dement, comme il leur est apparu par ses discours et entretiens ; lequel leur a déclaré qu’il vouloit faire son Testament, qu’il a dicté et nommé aux Notaires soussignés, comme il suit...
Nous relevons, de ce document, ce qui intéresse seulement la maison de Bercy.
Le testateur ordonne que 3oo messes seront dites pour le repos de son âme à l’église Sainte-Marguerite faubourg Saint- Antoine, paroisse de Bercy, et ioo dans l’église des Pères de la Doctrine chrétienne de Bercy, à raison de vingt sols chacune. 11 donne 2.000 livres aux pauvres honteux de la paroisse Sainte-Marguerite, et 2.000 aux pauvres malades de la dite paroisse :
Je veux qu’il soit remis entre les mains du sieur Guyot, mon Artiste, la somme de mille livres pour être par lui distribuée manuellement et sans quittance aux pauvres du canton de Bercy que j’ai coutume d’assister et dont il a connaissance.
Je donne et lègue au dit sieur Guyot, mon Artiste, douze cens livres une fois payées et douze cens livres de pension viagère.
Plus je lègue au dit sieur Guyot les flacons, bouteilles et autres vaisseaux de verre-blanc remplis d’eau préservatrice pour la conservation des Plantes, Fruits, Fleurs, Animaux et autres choses naturelles, ensemble les choses qui se trouveront dans les dits vases composant mon troisième Cabinet du premier étage de ma maison de Bercy, attendu que cette eau est de son invention particulière, et pour qu’il puisse en conserver le secret. C’est une justice que je lui rends, et je veux que ce secret dont il m’a confié la recette, lui soit remis sans le lire, s’il se trouve dans mes papiers.
Divers legs sont faits à la domesticité de la maison de Bercy : à Luzélier, son menuisier de Bercy, à Joubert, son horloger de Bercy, à son serrurier de Bercy, non dénommé :
Je donne et lègue au dit sieur Le Gendre d’Ons-en-Bray mon neveu, pour partie de sa portion héréditaire, mes Maison, Bâtimens, Cour, Jardins, Caves et dépendances de Bercy, avec les constructions que j’y ai fait faire, ainsi que le tout se poursuit et comporte sans aucune exception ni réserve.
L’honneur que j’ai reçu d’être un des Membres de l’Académie Royale des Sciences, fait que je prie Messieurs de la dite Académie de recevoir comme une marque de ma reconnaissance le legs que je fais à la dite Académie, du Miroir ardent qui m’est venu de S. A. R. Monseigneur le Duc d’Orléans, Régent.
Ce testament fut dressé par les Srs Lhéritier et Hachette, notaires à Paris, le 5 novembre 1763, et signé par M. d’Onsen-Bray: « nonobstant un reste d’enflure au bras et à la main droite que lui a causé un érésipèle dont il a été plus incommodé... ».
Il y eut un codicille du Ier décembre 1753, également dressé dans la même maison, où se trouve une clause très détaillée se rapportant spécialement au legs fait à l’Académie des Sciences, des cabinets d’Histoire naturelle et de Physique et chimie installés dans la maison de Bercy. Nous en donnons le texte aux pièces justificatives L
Dans un autre codicille particulier portant la même date que le précédent, M. Pajot d’Ons-en-Bray révoque la donation à son neveu de sa maison de Bercy, et la fait rentrer dans la masse de sa succession pour être répartie sur tous ses héritiers \
Après la maison de M. Pajot, en allant toujours de l’Ouest à l’Est, le terrier de 1724 nous montre la maison de plaisance du duc de Rohan occupée par lui, tenant d’un bout à la rue de Bercy sur laquelle elle porte le n° 16, d’autre bout à la Seine; mitoyenne vers l’Ouest, à Pajot d’Ons-en-Bray, et à l’Est, à Le Chanteur et à Hallé.
Les bâtiments sont en bordure de la rue de Bercy où règne une cour d’honneur. Autour de cette dernière sont les corps de logis, cuisines, offices, grand escalier, appentis et écuries.