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Archives de la Seine. Lettre de ratification, n° 2863e

Le domaine du notaire Le Chanteur était, nous venons de le dire, le dernier donnant sur la rue de Bercy qui venait aboutir à celle de la Grange aux Merciers. Cette rue de Bercy avait été, au milieu du dix-huitième siècle, l’objet d’une importante mesure de voirie, en raison sans doute des riches maisons de plaisance qui la bordaient.

Une ordonnance du Bureau des Finances de la Généralité de Paris, du 25 juin 1754, décida qu’un plan d’alignement en serait dressé, depuis les fossés de la Bastille jusqu’au mur de la Grange aux Merciers, c’est-à-dire dans toute sa longueur, et que ce plan serait exécuté lors des alignements à donner dans l’avenir.

L’ordonnance concluait :

Faisons très expresses inhibitions et défenses à tous propriétaires de terrains sur la dite rue de Bercy, depuis les fossés de la Bastille jusqu’au mur de la Grange aux Merciers, maçons, charpentiers et autres ouvriers, de faire aucune construction, soit dans la totalité des bâtiments, soit en partie, sans en avoir préalablement pris la permission et alignemens du Bureau, sous les peines portées par l’article IV de l’ordonnance du 29 mars dernier F

Après le domaine du duc de Rohan, sur le bord de la rivière seulement, étaient le jardin et le logis du sieur Hallé, premier commis du Trésor Royal sous M. de Pontchartrain, en 1696 et Caissier du garde des finances Gruyn, en 1708. Cet immeuble qui ne s’étendait pas jusqu’à la rue de Bercy, mais était limité au Nord par la propriété Le Chanteur, était occupé par lui et se composait d’un corps de logis, galerie, écuries et cuisines, réservoirs, offices, le tout portant le n° 5 sm le chemin le long de la rivière , selon le numérotage de 1724-26.

Les bâtiments, qui étaient de la mouvance de la terre de Bercy, avaient une superficie de 148 toises 2 pieds; les jardins,

de 1.994 toises et demie 1 pouce soit, en tout, 2.188 toises 8 pouces.

D’après ce même terrier, M. H allé possédait encore non loin de là une autre propriété plus petite, sur la rue Grange aux Merciers et enclavée dans le domaine Le Chanteur.

A l’Ouest de la précédente maison, et toujours construite au bord de la Seine, était la propriété de M. de Béthune, habitée par lui et chargée de 80 livres de rentes et 4 deniers de cens envers M. de Bercy. Elle se composait d'un corps de logis d’une contenance superficielle de 53 toises, et portait le n° 6 sur le chemin le long de la rivière. Les cours et le jardin mesuraient 924 toises et demie 6 pouces, soit, au total, 977 toises trois quarts. Comme celui de M. Hallé, ce petit domaine ne se poursuivait pas jusqu’à la rue de Bercy, mais s’arrêtait, au Nord, à la propriété de M. Le Chanteur. A l’Est, il était borné par le jardin appartenant aux dépendances des frères Pàris.

Dans l’entrepôt de Bercy, rue du Petit-Bercy, parallèlement à la grille qui longe le quai de ce nom, sur le pignon Ouest de la maison portant le n° 64, dont l’autre pignon, celui de l’Est, donne sur la rue de Thorins, est demeuré un important vestige d’architecture. 11 s’agit des restes d’une pièce en rotonde composés de deux panneaux à frontons arrondis, portant des traces de mouluration en pierre ou en pâtisserie, de style du dix-huitième siècle. Ce vestige a sans doute été conservé pour servir de mur d’appui à la maison moderne contre laquelle il est adossé. 11 occupe presque toute la largeur du pignon et monte jusqu’au premier étage. Un lierre commence à y croître et à envahir les vieilles pierres de ses tentacules de verdure. La base est protégée par une barrière en bois.

D’après sa situation, ce débris, s’il est réellement ancien, doit avoir appartenu aux maisons de plaisance de Hallé ou de Béthune, construites toutes deux au bord de la rivière. Il serait peut-être, aussi, le pavillon de vue du duc de Rohan, édifié également sur la berge ?

En ce qui concerne la maison des champs de M. de Béthune, — habitée par lui — nous signalerons qu’après avoir été le logis de grands seigneurs, elle eut le sort de presque toutes ses semblables et se transforma en une maison industrielle. On la retrouve abritant une raffinerie de sucre.

Dans une lettre de ratification du 1 1 septembre 1798 on voit, en effet, que Lerouge, négociant à Paris, achète des anciens associés de l’établissement de la Raffinerie de sucre du Petit- Bercy, une grande maison qui ci-devant en formait deux, sise au Petit-Bercy, lieu dit la Grange aux Merciers, sur les bords de la rivière de Seine, canton de Conflans. Elle consistait en plusieurs corps de bâtiments, tant anciens que modernes, deux grandes cours et une petite, grand jardin, terrain, divers autres bâtiments et constructions servant à la dite exploitation de raffinerie, réservoirs, glacières, écuries, chaudières, caves, étuves, etc., au prix de 62.192 livres. Ces bâtiments avaient été vendus à la société de la Raffinerie, le 14 avril 1779, par Aubry de La Perrière, pour une partie ; l’autre partie, ayant été acquise, par contrat devant Boulard, notaire, le 17 avril 1764 pour la Société qui s’établissait alors, de Charles- François de Laubespine et Henriette-Maximilienne de Béthune-Sully, sa femme '. De cette dernière vente on peut conclure que la raffinerie dont il s’agit occupait l’emplacement, ou partie de l’emplacement de l’ancienne maison de plaisance

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