CHAPITRE PREMIER
A TRAVERS LES ANCIENS PLANS. — LES COMMENCEMENTS DE BERCY. — LA TOUR DE BERCY. — l’ÉTANG DE BERCY. — l’iLE DE BERCY. — LE RU DE MONTREUIL.
Les développements pris de nos jours par letude et la reproduction des anciens plans, le soin apporté à la confection de plus en plus précise des plans modernes prouvent surabondamment l’importance acquise par cette catégorie de documents dans les travaux de topographie historique.
Qui osera prétendre, à l’heure actuelle, que, pour étudier l’histoire d’une région, il n’est pas indispensable d’en connaître préalablement la situation géographique, d’être au courant des moindres détails de sa conformation, de l’avoir parcourue, soit matériellement, soit de visu, sur les cartes et les images successives, qui en sont la figuration plus ou moins fidèle dans le passé et dans le présent?
Aussi bien, en vertu de ce principe, et avant d’entrer plus à fond dans la matière de ce livre, voulons-nous, conformément à une doctrine souvent mise en pratique, rendre compte de ce que l’on voit à travers les anciens plans de la contrée qui formera un jour la commune de Bercy, et dont nous avons entrepris d’écrire l’histoire.
Le premier document dans lequel on en trouve mention, est le fac-similé de la grande gouache, exécutée d’après le plan de la tapisserie, représentant Paris de 1 5 1 2 à 1547. On y remarque, indiquée sous le nom de Bercy , une sorte de forteresse d’aspect féodal, comportant un donjon carré et sans toiture, entouré d’une enceinte de murailles avec une porte fortifiée. Ce château est situé non loin de la Seine, entre deux chemins qui sont peut-être représentés de nos jours par les rues de Charenton et de Bercy. Bien entendu, le point dont il s’agit, situé un peu en dehors de l’ensemble du plan, est d’une exactitude aussi peu topographique que possible.
Celui de Olivier Truschet et Germain Hoyau, dit plan de Bâle, qui est approximativement l’état de Paris en i552, montre un coin fort curieux de la région. Le donjon féodal, coilïé cette fois en poivrière, est toujours en place avec ses murailles et sa haute porte. Il y est dénommé Perd. En face, au milieu du lleuve est une île ayant à peu près la forme d’une poire, la pointe tournée vers Paris, et qui n’est pas identifiée. Plus loin, se voient le village de Conllans avec son église, le pont de Charenton couvert de tours, et le confluent de la Seine et de la Marne qui a donné son nom au village. Tous ces endroits sont à peu près en place, et la topographie ne paraît pas avoir subi de trop graves atteintes.
Dans le plan, dit de Saint- Victor, attribué à Jacques Androuet du Cerceau, image de Paris en 1 555, on constate que le dessinateur s’est beaucoup inspiré du précédent; le terrain est pourtant plus mouvementé, et le château fort de Percy semble y dissimuler ses murailles derrière un mamelon. L’ile en rivière est toujours en place, sans que sa forme ait été trop modifiée; Conllans et le pont de Charenton dominent le paysage.
Ce que nous qualifions ici de château fortifié n’est autre, très certainement, que le bâtiment dénommé dans les vieux documents et par les anciens historiens : la Tour de Bercy.
Elle apparaît dans une pièce datant du commencement du quatorzième siècle, que signale l’abbé Lebeuf : En i3i6, au mois de décembre, alors qu’il résidait au Château de Vincennes, Philippe le Long fit don à Mathilde, comtesse d’Artois, sa belle-mère, de sa garenne allant du pont de Charenton jusqu’à la Tour de Bercy, et depuis la rivière de Seine jusqu’au chemin de Paris à Saint-Maur, ce qui représentait alors à peu près ce que sera plus tard la Seigneurie de Bercy b
La mention de ce donjon revient également fort souvent dans le Mémoire de M. Bercy , rédigé en iy35, et publié par M. de Boislisle. C’est le siège de la Seigneurie de ce nom, dont il est question dans l'aveu du 16 mai 1 383, rendu par Pernelle de Villiers, dame de Montmorency, au seigneur d’Yerres, et où il est dit que nul ne peut faire pâturer dans certaines parties de ce domaine : « sous peine de l’amende et d’être pris et mené prisonnier en la tour du dit Bercy » b
Il est probable qu’il appartenait à cet ensemble de constructions, dénommé, dans le même aveu, hôtel et manoir de Bercy, et qu’il en était le siège seigneurial en même temps que la geôle. Le dit ensemble était ainsi qualifié :
Avoue tenir en fief, à une seule foi et hommage, un grand hôtel, manoir, cour, cave, four, colombier, grange, étables, bergeries, pressoir, tout le lieu comme il se poursuit, clos de murs, et nommé l’hôtel de Bercy.
Dans son plan de restitution de i38o, M. Legrand a figuré
1. Histoire de la Ville et du diocèse de Paris, par l’abbé Lebeuf. Édition Féchoz, 1 883, t. II, p. 365.
2. Topographie historique de la seigneurie de Bercy, par Charles-Henry de Malon , Seigneur de Bercy, publiée et annotée par M. de Boislisle. Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France , année 1 88 1 , t. VIII.
sur les bords de la Seine, à l’angle d’un chemin qui ne peut être que celui de la Grange aux Merciers, une tour unique, sans autres bâtiments, coiffée en poivrière, et par laquelle il a sans doute voulu symboliser la Seigneurie de Bercy.
Le mémoire dont nous parlons plus haut, nous fournira encore d’autres indications : L’aveu du 12 août i5oô, dont le dénombrement parle des terres, dépendances et droits, ne signale, comme bâtiments, que la tour, sans mentionner l’hôtel ou le manoir :
Les carrières assises près Conflans et la tour de Bercy.
Et encore :
Plusieurs terres et vignes sises à l’entour de la dite tour de Bercy.
Dans la déclaration du 25 mai i523, il semble bien que la tour fasse partie intégrante du château ou manoir :
La terre et châtel de Bercy, maison, manoir, cour, four, colombier, granges, étables, bergeries, tout le dit bien clos de murs et de fossés de tout temps et ancienneté...
Item. Les carrières assises entre le village de Conflans et la tour et le châtel du dit Bercy.
Voici encore, de la même déclaration, une phrase plus formelle concernant la réunion de la tour et du château :
Item. Droit de port et de passage par la rivière de Seine, à l’endroit de la Tour et du châtel du dit Bercy.
On voit même, dans ce document, que les Anglais l’avaient habité jusqu’au moment où prit lin l’occupation par eux de notre pays, et que, de ce point, ils dévastaient la région :
Lesquels gors et pêcheries furent rompus par les Anglois quand ils furent
chassés de France, lesquels tenoient alors par force le dit châtel de la Tour de Bercy... *.
11 semble donc, d’après toutes ces citations, que l’on se trouve bien en présence du château fortifié, avec tour ou donjon, représenté dans les anciens plans cités. C’est vraisemblablement ce groupe de constructions qui fut démoli en i658, lors de l’édification du château moderne, et ainsi que l’apprend le passage suivant du mémoire de 1^35 :
C’est Charles-Henry de Malon Ier, qui a formé et clos le parc de Bercy en 1 65 8, qui a démoli le château de Bercy qui était en bas, à la tête de l’ancienne futaie, et qui a commencé le château tel qu’on le voit aujourd’hui.
Cet ancien château n’était certainement pas éloigné de la Seine, puisque, à la place de ses murailles, furent édifiés les terrasses et parterres qui dominaient le cours du fleuve \
A propos des pêcheries de M. de Bercy, nous signalerons une curieuse coutume à laquelle étaient assujettis ceux qui prenaient à bail le droit de pêche dans la partie de la Seine dépendant de sa seigneurie.
Barthélemy Daubin et Michel Üaubin, père et fils, maîtres pêcheurs, fermiers de la rivière appartenant à M. de Bercy, furent condamnés à dix livres d’amende, le 3 octobre 1698, pour avoir pêché le jour de la Saint-Martin. Dans leur défense, ils alléguèrent qu’ils avaient, en effet, pêché le dit jour, mais que :
C'était pour faire le plat du dit Seigneur de Bercy, qu’ils n’ont pêché que pour luy, en présence du dit Seigneur et de ses enfants, lequel plat de poisson ils sont obligés de lui fournir par le bail qu’ils ont de la dite rivière et de lui donner le premier coup de Seyne avant la Saint-Remy.
La maîtrise des Eaux et Forêts de Paris, qui poursuivait.
1. Gors ou Gours, sorte de barrages pour faire remonter le poisson et le prendre comme dans une nasse.
2. Topographie historique de la seigneurie de Bercy. Boislisi e, loc. cit.
IO
voulut bien tenir compte de l’obligation indiquée au bail, et réduisit l’amende à vingt sols pour chacun ; mais elle ordonna à tous les maîtres pêcheurs prenant baux des seigneurs de la rivière, d’avertir, avant de jeter le premier coup de seine, les commis de leurs ports1.
En 1695, d’après la même référence, le droit de pêche dans la partie de la rivière de Seine appartenant à la Seigneurie de Bercy, depuis le pont de Charenton jusqu’au port de La Râpée, était affermé à Martin Mausollier à raison de vingtcinq livres par an.
Mais reprenons notre examen des anciens plans.
François de Belleforest, dans son image de 1675, a également interprété cette région suivant les mêmes données que ses prédécesseurs. On n’y relève aucune modification sensible ni aucune indication nouvelle.
Le premier plan qui nous montre ensuite la contrée de Bercy est celui de Mathieu Mérian, daté de 16 1 5. Nous devons dire que le paysage traité par le dessinateur, pour représenter la partie Est de la banlieue de Paris, à partir de la Bastille et de l’île Bouviers, n’est qu’une vue de pure fantaisie, encore pourtant qu’infiniment gracieuse et délicate. Rien n’y indique précisément le château de Bercy, et l’on ne sait au juste s’il faut le reconnaître dans quelques constructions dissimulées au milieu des arbres. Son nom, d’ailleurs, n’est pas mentionné et l’on n’y lit que ceux de Confians et de Charenton. Plusieurs îles de fantaisie agrémentent le cours du fleuve.
Si nous arrivons au plan de Jean Boisseau, dit plan des Colonelles, de 1649 à 1 652 , nous rencontrons pour la première fois la fameuse maison de Rambouillet , que sa situa-
tion topographique ne fait pas tributaire de ce travail, et dont un pan de mur est toujours visible dans la rue de Charenton. Le même auteur, dans sa répétition de i65q, montre, audessous de cette maison, un bâtiment carré qu'il dénomme la Maison rouge , et qui se trouve sur le chemin de quai appelé par lui : chemin des Carrières.
Le premier des deux plans dessinés par Jouvin de Rochefort, celui de 1672, offre quelques renseignements plus précis que les précédents. Si l’on suit le bord de la Seine à partir du fossé de l’Arsenal, on rencontre le port au plâtre , puis la Barrière , et ensuite le vaste domaine clos de mur, appelé La Râpée. La maison de cette propriété est située sur la rue de Bercy, et domine les jardins descendant en pente douce vers la rivière, que traverse, en ce point, le bac du passeur d’eau. En suite de ce domaine, toujours en continuant la berge, est un ponceau permettant de franchir le cours d’eau descendant à la Seine, après s’être détaché à l’Ouest de l'étang de Bercy ; cours d’eau qu’il ne faut pas confondre avec le Ru de Montreuil, qui s’y jetait également, mais plus en aval. Sur la petite carte des environs de Paris annexée à ce plan, un autre cours d’eau, venant de la direction de Conflans, se soude à la pointe Est du dit étang. Il ne fait pas de doute, selon nous, que ces deux cours d’eau n’en sont qu’un seul, entrant et sortant de l’étang dont il s’agit. Ce dernier, qui paraît de grande importance, affecte une forme très allongée et dans le sens du fleuve. Le cours d’eau dont nous venons de parler, qui y pénètre à son extrémité orientale, avait déjà traversé une rue non dénommée, qui n’était autre que celle de la Grange aux Merciers, et venait de couler au milieu du domaine ou parc de Bercy. La pièce d’eau s’étale donc, dans notre plan, au Sud de diverses propriétés dont elle forme la
limite, lesquelles paraissent entourées de murs et sont bordées, au Nord, par la rue de Bercy, et à l’Est par celle de la Grange aux Merciers allant de la Seine à la rue de Bercy en passant près de l’église Notre-Dame, et se prolongeant jusqu’à la rue de la Vallée de Fécamp. Dans ce plan, la rue de La Râpée va du fossé de l’Arsenal à la barrière située devant l’hôtel de Rambouillet, et la rue de Bercy la prolonge de ce point jusqu’à l’église. D’autre part, larue de Charenton porte ce vocable depuis la Bastille jusqu’au coin de l’Hôtel de Rambouillet; elle est prolongée par larue de la Planchette et ensuite par la rue de la Vallée de Fécamp.
C’est dans le plan de Nicolas de Fer, 1697, que l'on voit pour la première fois la mention du Port de la Râpée, placée vis-à-vis des jardins de la maison de ce nom. Et aussi celle de Saint-Bonnet , dont le vocable est inscrit sur la berge, entre la barrière et le port de la Râpée.
Voici le plan de Jean de La Caille, daté de 1714, qui va nous montrer quelques nouvelles propriétés non mentionnées dans les plans antérieurs. L’étang de Bercy est aussi clairement indiqué que dans celui de Jouvinde Rochefort. Il s’étale au travers de sept maisons de campagne et de leurs jardins, situés entre la rue de la Grange aux Merciers et les murs de la maison de La Râpée. Deux de ces maisons sont seules dénommées : la Vigne de Chaune, et la maison de M. de Gesvres. Le bras ou cours d’eau Ouest, en sortant du dit étang, traverse la propriété de M. de Gesvres et se jette dans la Seine après avoir passé sous le ponceau. Le bras Est vient du parc de Bercy. La dernière propriété dont nous venons de parler possède de vastes iardins allant de la rivière à la rue de Bercy.
Au verso de ce plan se trouvent un certain nombre de rensei-
gnements concernant la région. L’un d'eux indique l'étang de Bercy comme digne de remarque :
Étang de Bercy, passant par plusieurs maisons et jardins, situé entre la rue de La Râpée et la rivière où il se décharge près les murs de La Râpée et de Gesvres *.
La Vigne de Chaune a sa maison en façade sur la rue de Bercy, elle comporte deux ailes en retour, et ses jardins vont jusqu’à la pièce d’eau. A l’extrémité de cette rue, au point où elle forme un cul-de-sac, est une construction flanquée de deux annexes, dénommée la Grange aux Merciers. En face se trouve l’église, mentionnée sous le nom de Notre-Dame de la Doctrine chrétienne. Les grandes artères de la région se précisent dans ce document: La rue de La Râpée s’étend du fossé de l’Arsenal à la rue de Rambouillet; la rue de Bercy, de ce point à la rue Grange aux Merciers.
La rue de Charenton va de la Bastille à la rue de Rambouillet et à la Petite rue de Reuilly, indiquée pour la première fois; la rue de la Planchette est la continuation de la rue de Charenton, comme la rue de la Vallée de Fécamp est celle de la rue de la Planchette.
Jean Delagrive, dans son plan de 1728, montre les aménagements nouveaux, à l’état de parc et de jardins français, des terrains situés entre la maison de La Râpée et la Grange aux Merciers. On n’y trouve malheureusement aucun nom de propriétaires ni de domaines. Il n’y a pas trace, non plus, de l’étang rustique et naturel, mais il semble pourtant que les hachures veulent indiquer une pièce d’eau régularisée, formant rectangle et s’allongeant en travers de plusieurs propriétés. On croit voir aussi une partie du bras Est, également
1. Bibliothèque Nationale : Estampes. — Topographie de la France, Seine, Paris, Xll° arrondissement (Va 426).
régularisée et s’infléchissant vers la rue de la Grange aux Merciers. On ne distingue plus le bras Ouest ni le ponceau sous lequel il passait pour se jeter dans la Seine.
Avec le plan de Roussel, qui représente Paris et ses environs en i ^3 1 , on est en présence d’un document de premier ordre concernant la topographie de la région. Cette topographie ne variera plus que fort peu jusqu’à la Révolution et à l’occasion seulement de la création de l’enceinte des Fermiers généraux.
Le château de Bercy et ses dépendances, ses quinconces, ses parterres, ses miroirs d’eau, ses avenues, y atteignent tous leurs développements. Le parc est limité, vers Conflans, par une double allée d’arbres le séparant du Séminaire des Bons- Enfants et, plus bas, près de la rivière, par le jardin de M. l'Archevêque. Au Nord-Est, le domaine est bordé par le large chemin qui prolonge la rue de Charenton, ancienne rue de la Vallée de Fécamp, et ensuite route nationale n° 5. Sur cette voie, le parc se développe, depuis le carrefour de la Grande Pinte de Bercy jusqu’au point dénommé: la Vierge de Conflans , au coin du mur du Séminaire, et où il doit y avoir une image de la mère de Dieu. Vers l’Ouest, le parc est limité par un mur descendant de la Grande Pinte à la Seine.
Nous avons indiqué plus haut que les plans de Jouvin de Rochefort et de La Caille montraient l’étang de Bercy avec les deux cours d’eau s’y rattachant à l’Est et à l’Ouest. Dans le plan de Roussel, il n’y a plus trace de cet étang, ni des deux bras d’eau limitant les diverses propriétés situées à l’Ouest de la Grange aux Merciers. Mais, dans le parc de Bercy, on retrouve une sorte de grand canal, allongé dans le sens de la Seine, aux bords sinueux et plantés d’arbres, qui ne peut être que le cours ou bras Est que nous avons vu
se rattacher à la pointe orientale de l’étang de Bercy, sur le plan de Jouvin de Rochefort. Dans celui de Roussel, ce canal va du rond-point central du parc à la rue Grange aux Merciers.
11 était déjà question de ces étendues d’eau dans l’aveu de dénombrement de la Tour de Bercy, fait en 1 383 par dame Pernelle de Villiers, au seigneur d' Verres :
Ilem. La fosse jusqu’au Pontcel et les Saussaies.
Et M. de Bercy, en 1785, dans la rédaction du Mémoire sur sa seigneurie, fait les observations suivantes à ce sujet :
La Fosse jusqu’au Pontcel. C’est cette espèce de canal qui prenoit depuis l’endroit où l’on voit aujourd’hui le rond du parterre de Bercy, et qui alloit jusqu’au Pontcel de la Grange aux Merciers, en traversant le reste du parc de Bercy et tous les marais ou prairies jusqu’à La Râpée. Ce Pontcel fait, dans tous les titres, la borne où finit la seigneurie de Bercy et celle de la Grange aux Merciers. Ce Ponctel étoit construit entre La Râpée et les susdits marais ou prairies, sur un fossé par lequel s’écouloit l’eau de l’étang de Vincennes dans la rivière de Seine. Quand M. le Duc de Gesvres acheta le terrain des Dames de l’Assomption, le fossé et le pontcel subsistoient encore entre les terres des dites Dames de l’Assomption et les murs de La Râpée. M. de Gesvres les supprima de son autorité, en sorte que, par la suite, M. Bignon, intendant de Paris, sur les Plaintes des maraîchers qui soufîroient des eaux de l’étang, lesquelles, faute d’écoulement, inondoient leurs marais, fit faire, en 1707 ou 1708, par ordre du Roy, un aqueduc bien voûté, qui recevoit ces mêmes eaux et les portoit à la rivière au travers du terrain de M. de Gesvres, qui appartenoit pour lors à MM. de la Croix et Orry. Mais comme l’étang de Vincennes a entièrement tari, et qu’on a jugé cet aqueduc inutile, il a été détruit entièrement en 1734, lorsque M. Orry, contrôleur général des Finances, a fait passer le chemin qui vient de la porte Saint-Antoine, le long des fossés de la Bastille, jusqu’à sa maison de Bercy. Ainsi, il résulte que le seigneur de Bercy étoit propriétaire de cette fosse ou canal jusqu’au susdit pontcel, c’est-à-dire jusqu’à La Râpée. Il résulte encore que toutes les terres qui sont entre cette fosse ou canal et entre la rivière de Seine, sont de la mouvance de la seigneurie de Bercy *.
M. de Bercy ajoutait encore dans son Mémoire, qu’il y aurait lieu de faire reconnaître et déclarer par les propriétaires des
1. Topographie historique delà seigneurie de Bercy. Boislisle, loc.cit., t . VIII, p . 34.
maisons dans lesquelles passait le bras d’eau, que celui-ci était bien la séparation des seigneuries de Bercy et de la Grange aux Merciers.
Il disait en outre :
Et à l’égard de ceux qui ont rempli et comblé ce bras d’eau, faire faire aussi mention que c’est sans notre consentement et permission, et que ce bras d’eau passoit autrefois dans le milieu de leurs jardins, afin que cette mention serve à établir et à justifier la séparation des deux seigneuries.
Dans toutes les pièces du chartrier de Bercy publiées par M. de Boislisle, cette étendue d’eau est souvent dénommée « La Fosse ». C’est ainsi qu’on lit dans l’acte de partage du 29 août 14 1 5, entre la dame de Montmorency et la dame de Crissé :
Item. La Fosse jusqu’au Pontcel, et les Saussaies qui souloient être plantées tout du long.
L’aveu de 1 383 la qualifie : « letang de Vincennes » ; et dans son Mémoire, Charles-Henri de Malon l’appelle tantôt: « le bras d’eau ou canal »; tantôt : « le canal de Bercy », ou encore : « l’étang de Vincennes ».
On a vu plus haut que l’étang de Bercy ou de Vincennes avait été détruit en 1784, étant complètement tari.
A joutons qu’une annotation de M. de Boislisle semble dire qu’un vestige de cette pièce d’eau, ou des cours d’eau qui servaient à son écoulement, auraient encore existé vers i83o, sous la forme d’un petit canal servant au commerce des vins et faisant communiquer la Seine avec l’extrémité de la rue de Mâcon*.
L’existence de ces bras et canaux, par la façon dont ils se
1. Topographie historique de la seigneurie de Bercy. Boislisle, toc. cit ., p. 3q, note 4.
LE CHATEAU DE BERCY, façade du côté de la Seine. D’après l’aquarelle de Ricois, 1 86 1 .
déversaient dans la Seine, entourant d’eau, ou à peu près, une vaste portion de territoire, va nous amener à parler de l’espèce d’ile qu’ils formaient, et dont il est fort souvent question dans les documents antérieurs à leur disparition ou à leur tarissement.
Au dire de l’abbé Lebeuf, cette île était déjà connue et mentionnée au commencement du douzième siècle, et il cite un diplôme de Louis le Gros, daté de l’an n3q, accordant à l’Abbaye de Montmartre les territoires la formant : Insula de Bercilliis
M. Robert de Lasteyrie, dans son Cartulaire général de Paris, a reproduit le texte de cette pièce et de sa confirmation en 1 1 37 :
3 août-2 5 octobre 1134. Confirmation par Louis VI des biens de l’Abbaye de Montmartre: Terrain in insula de Bercilliis ab omni consuetudine libérant.
icraoût-24 octobre 1137. Confirmation par Louis Vil des donations faites par son père à l’Abbaye de Montmartre : Terrain in insula de Bercilliis ab omni consuetudine libérant1 2.
Nous devons ajouter, d’ailleurs, que ni l’abbé Lebeuf ni M. de Lasteyrie ne nous ont renseigné sur la conformation de cette île, pas plus que sur son emplacement. L’importance de son nom est d’autant plus considérable que c’est la première fois, croyons-nous, que le vocable de Bercy apparaît dans un document.
D’autre part, dans le Mémoire de Charles-Henri de Malon, il est une partie de son domaine qui revient souvent sous sa plume et qu’il appelle également l'ile de Bercy.
Il ne faudrait pas, à la vérité, chercher dans le cours du
1. Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, par l’abbé Lebeuf. Édition Féchoz, 1 88 3 , t. II, p. 368.
2. Histoire générale de Paris. Cartulaire général de Paris, par Robert de Lasteyrie, t. I, pp. 255 et 262.
fleuve qui baignait les rives verdoyantes de la fameuse seigneurie, l’île dont il s’agit ; c’est en terre ferme qu’elle se trouve, et elle se compose de la vaste superficie entourée par la Seine, par l’étang de Bercy dont nous venons de parler, et par deux cours d’eau ou bras rejoignant le fleuve, l’un du côté de La Râpée, l’autre du côté de Conflans.
Dans les pièces les plus anciennes du chartrier déjà cité, il est fait mention de cette île : l’aveu du 16 mai 1 383 montre, dans le dénombrement de la terre, que vingt-deux arpents sont situés « en l’île ». Dans celui du a5 mai i5a3, fait par Jacques de Malon à Guillaume de Montmorency, on lit encore :
Item. Droit de pâturage jusqu’au Pontcel ou chet le bras de Bercy, appelé l’île de Bercy, contenant demi-lieue.
Et plus loin, dans le même aveu :
Item. Droit de port et de passage par la rivière de Seine, à l’endroit de la tour et du châtel du dit Bercy, et tant que dure la dite île du dit Bercy, qui est jusqu'au Pontcel ou chet le bras de Bercy.
Item. Douze-vingts arpens de terre en plusieurs pièces assises tant ès îles de Bercy, qu’au haut pays et autres, comme il s’en suit, savoir, vingt-quatre en Pile en une pièce, quatre en la dite île en une pièce, deux au dit lieu joignant aux quatre ci-dessus, quatre au dit lieu, assis devant la fontaine joignant les deux ci-dessus, deux à la pointe de l’île près du Pontcel.
En i6o5, le duc de Montmorency fait don à M. de Bercy de droits seigneuriaux à cause des ventes :
D’une pièce de terre de dix arpens sise dans l’île et bras du dit Bercy... et du surplus d’icelle pièce de dix arpens, d’un bout sur la rivière, d’autre, aux prés étant de la dite île de Bercy.
Dans l’aveu du 3i août 1695, se trouve encore la mention suivante :
Item. Le fossé jusqu’au Pontcel et les Saussaies qui souloient être plantées tout du long, à la place desquelles Saussaies, et dans le reste des terres de la dite île de Bercy sont bâties plusieurs maisons appartenantes à différents particuliers.
On y retrouve également les clauses concernant le droit de pâturage et celui de port devant l’ile de Bercy, déjà indiquées pour l’année i5e3.
À l’occasion de cet aveu de 1690, M. de Bercy, dans son Mémoire, précise ce qu’est alors cette île :
Car il faut dire que l’ile de Bercy est le terrain qui se trouve entre le bras d’eau ou canal qui va jusqu’à La Râpée, et la rivière de Seine, terrain qui est de la mouvance de la terre de Bercy.
Une dernière mention du rédacteur du Mémoire fixe plus particulièrement encore la topographie de cette partie de son domaine, entourée d'eau, ou à peu près :
Droit de rivière et de pêche. On n’a point d’autres titres sur cet article que les aveux qui disent : « îles, gores, pêcheries, port et passage durant que s’étend la seigneurie de Bercy ». Il paroit, par l’énoncé des aveux, que c’est environ une demi-lieue, c’est-à-dire tout le long de l’île de Bercy, qui commençoit à l’endroit où étoit la tête du bras ou canal de Bercy, et jusques au Pontcel, qui étoit, comme nous l’avons dit ci-dessus, jusqu’à La Râpée, où ce Pontcel étoit placé sur un fossé tiré jusqu’à la Seine, dans lequel fossé tomboit l’eau de ce bras ou canal de Bercy, et de là s’écouloit dans la rivière. La tête de ce canal étoit un peu par delà l’endroit où est aujourd’hui le rond du parterre. Tout ce terrain a été comblé successivement l.
En résumé, d’après ce texte, et aussi d’après les anciens plans, la partie Sud de l'île de Bercy , limitée par la Seine, avait une demi-lieue de longueur. Elle allait, en remontant le cours du fleuve, du ponceau de La Râpée jusqu’à l’endroit de la berge situé devant le rond-point du parterre, endroit où était la tête du canal de Bercy. La partie Nord de l’ile était limitée, à partir de ce rond-point, par le dit canal ou bras de Bercy, qui suivait de l’Est à l’Ouest, et venait rejoindre la Seine au ponceau de La Râpée, limitant ainsi la partie occidentale. En ce qui concerne la partie orientale de l’île, c’esi-
1. Topographie historique de la seigneurie de Bercy. Boislisle, loc. cit., p. 70.
à-dire celle allant du rond-point du château à la rivière, rien dans ce texte ni dans les plans n’indique une limite d’eau, ce qui nous oblige à conclure que cette île n’était en réalité qu’une presqu’île.
Ajoutons que l’île ou la presqu’île de Bercy cessa tout naturellement de mériter l’une ou l’autre de ces deux désignations géographiques, quand l’étang de Bercy, le canal de Bercy et les deux bras furent comblés, c’est-à-dire vers 1734.
Continuant d’examiner le plan de Roussel, nous voyons que, non loin du domaine de Malon, allant du bord de la Seine à la rue de Bercy, est indiquée une vaste propriété, dénommée : le Jardin de M. Pajot. Vers la rue, ce domaine voisine avec les Prêtres de la Doctrine chrétienne, où, de l’autre côté de cette voie, on remarque encore la mention suivante identifiant une seconde propriété : le Potager de M. Pajot. Si l’on jette les yeux un peu plus haut, vers Reuilly, dans la Vallée de Fécamp, 011 trouvera également le dessin d’une résidence intitulée : la Folie de M. Pajot \ Nous reviendrons plus loin sur ce nom de Pajot d’Ons-cn-Bray, dont le titulaire, personnage officiel et considéré, eut l’enviable honneur d’amener à Bercy le tzar Pierre 1er de Russie.
Déjà, sur le plan de Roussel, il est possible de reconnaître les sections de cette agglomération de Bercy dont les habitants, en 1790, demanderont qu’elles forment une municipalité par-
1. La Bibliothèque Nationale : Estampes — Topographie de la France, Seine, Paris, XII” arrondissement, 46“ quartier (Va 3oo) — possède une belle planche gravée (42 X 33) montrant le plan des jardins et de la maison dont il s’agit. Dans un cartouche de style Louis XV, est écrit : « Maison de M. l’abbé Pajot seize à la barrière de Rully. » La planche ne porte ni nom ni date. Les jardins sont dessinés à la française avec le plan d’une maison d’allure fort artistique. Au bas de la feuille du registre, est écrit à la main : « Carrefour de la ruelle des Trois-chandelles et de la ruelle des Quatre-chemins, au bout de l’avenue de Saint-Maur. Voy. Grand plan de la Grive 1728. »
ticulière : c'est la Grande Pinte de Bercy , située à l’angle Ouest du Parc, au point où la rue de la Vallée de Fécamp, aujourd’hui de Charenton, vient rejoindre le château. C’est le Petit- Bercy , quartier circonscrit entre l’extrémité de la rue de la Vallée de Fécamp, de celle de Bercy et le ru de Montreuil, toujours à ciel ouvert. La chapelle des Prêtres de la Doctrine chrétienne, qui sera un jour l’église de la paroisse, se trouve dans cette section. Voici dessiné un Ponceau, jeté sur le ru de Montreuil, à l’endroit où traverse le Chemin des Meusniers , qui sera, en 1790, l'ancien chemin de Charenton, puis le chemin de Reuilly à Charenton, et aujourd’hui la rue Claude-Decaen. Ce sont, aussi, la maison de La Râpée , au bord de la rivière, puis celle de la Grange aux Merciers, qui est bien représentée mais non dénommée, et enfin la Vallée de Fécamp , aux maisons groupées autour du carrefour de la Croix-Rouge, dont la croix est dessinée sur le plan, à la croisée des deux chemins : celui de la Croix-Rouge et celui des Marais. La première de ces deux voies était, en 1790, le chemin de Picpusà Charenton ; elle est aujourd’hui la rue de Picpus. La seconde s’appelait, pendant la Révolution, le chemin de Reuilly à Saint-Maur; c’est aujourd’hui l’avenue Daumesnil. La croix du carrefour serait donc actuellement au point où la rue de Picpus coupe cette dernière avenue. Lavallée de Fécamp , Fecan , ou Fequant , suivant les dates des plans qui la montrent, est figurée d’une façon très claire dans celui de Roussel, allant du Sud au Nord, entre deux vallonnements de terrain, et commençant au Ponceau pour aboutir à un endroit appelé le Milieu du Monde , vers l’avenue de Vincennes. On sait que l’origine de ce vocable n’a pas encore été découverte. Dans un titre du 16 février 1498 des Archives de l’Archevêché, le lieu est appelé le bas de Fécant. La déclaration du Terrier du Roi, de i5qo, dit Jaillot,
porte qu’une vigne y est indiquée comme se trouvant au Val de Fesquant, lieu dit Beauregard \
On suit encore très distinctement, dans le dit plan, le parcours du ru de Montreuil, que l’on trouve coulant librement à partir du chemin de la Croix-Rouge, non loin du carrefour de ce nom, et sans que ce document, malheureusement, indique où il prend sa source. Il passe sous le ponceau dont nous avons parlé, prend une direction Est-Ouest jusqu’à la rue delà Vallée de Fécamp, aujourd’hui de Charenton, qu’il coupe, traverse le Petit-Bercy et la rue de ce nom, entre dans la maison de La Râpée et vient se jeter dans un petit étang situé au milieu des dépendances de ce domaine. Cet étang paraît canalisé jusqu’à la rivière. On remarque encore sur ce plan la Justice de Bercy, échelle patibulaire dressée à gauche de la grande avenue du château, à égale distance du chemin des Marais et de celui de la Croix-Rouge. C’était là que devaient s’exécuter les arrêts de la Justice des seigneurs de Bercy. L’endroit est aujourd’hui un lieu de promenade et correspond à la partie occidentale de la petite île de Bercy, modelée par la main de l’homme, qui se mire dans les ondes artificielles du lac Daumesnil, l’un des ornements de l’actuel bois de Vincennes.
Sur le plan de Robert de Vaugondy, daté de 1760, la rue de Bercy commence à porter ce nom à partir de la rue de Rambouillet, et jusqu’à la rue de la Grange aux Merciers ; la rue de Charenton, qui vient de la Bastille, s’arrête à la rue de Rambouillet et à celle du Bas-Reuilly ou du Petit- Reuilly; la rue de la Planchette lui fait suite, et se continue jusqu’à celle de Mont- Gallet et enfin, à la rue de la Planchette, succède celle de la Vallée de Fécamp qui lui fait suite. On aperçoit toujours le
1, Recherches sur Paris, par Jaillot, t. 111, quartier Saint-Antoine, p.
ru de Montreuil coulant sans obstacle et venant se jeter dans la pièce d’eau de la maison de La Râpée.
Le plan des Chasses, dans sa partie qui concorde avec le territoire qu’occupera plus tard la commune de Bercy, plan daté de 1764-1773, montre une remise de chasse, intitulée : Remise des Groseillers , à peu près située à l’endroit où se trouve aujourd’hui la porte de Reuilly, dans sa traversée des fortifications. Sur ce plan, que l’on trouvera annexé à ce volume, la remise est figurée par une sorte de petit bois coupé de quatre chemins en croix. Nous lisons, dans les cahiers de 1789, des électeurs de Melun et de Moret, un réquisitoire dressé contre les grandes chasses et les maux qui en résultaient pour les cultivateurs. On y voit ce qu’étaient exactement ces remises de chasse imposées aux terres de culture des paysans :
On fait planter de vive force et l’on contraint à entretenir, au milieu de propriétés particulières, des remises, plantations de jeunes bois d’un demi-arpent, plus ou moins, pour servir d’abri à un gibier gros ou menu qui dévaste les terres d’alentour; on oblige à établir des halliers pour la conservation du plus menu gibier; on contraint, à laisser des routes de chasse, ouvertes à travers les terres labourables... *.
Une autre remise, celle des Fonds de Bourgogne , était encore située non loin de la précédente, mais sur le territoire de la future commune de Saint-Mandé, vers le point oriental des îles du lac Daumesnil.
C’est dans le plan de J. -B. Jaillot, 1775, que le ruisseau dont nous avons parlé plus haut est dénommé pour la première fois: ru de Montreuil. On le voit serpentant à travers les jardins de la Grande-Pinte et du Petit-Bercy, passant sous la chaussée des rues qu’il coupe, et venant aboutir au petit
1. Les Élections et les cahiers de Paris en ry8g , par Ch.-L. Chassin, t. IV, Paris hors les murs, p. 86.
étang déjà nommé, dont le trop-plein semble être canalisé jusqu’à la rivière, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer tout à l’heure.
Nous voici au plan du Paris de la Révolution, celui de Verniquet, qui montre la ville, de 1789 à 1798. 11 est malheureusement un peu sommaire, quant à la région qui nous occupe. On le regrettera d’autant plus que, figurant la nouvelle enceinte des Fermiers généraux, il eût été facile d’y reconstituer les territoires de la future commune de Bercy, qui va justement être formée à cette époque. De cette contrée on ne relève guère que le quai de La Râpée , se prolongeant hors des murs de Paris et continué par le quai de Bercy , avec la rue de Bercy hors les murs, de la barrière à la rue Grange aux Merciers. On y voit encore que les anciennes rues de la Planchette et de la Vallée de Fécamp sont devenues la rue de Charenton extra muros. La rue Grange aux Merciers est indiquée comme allant de la Seine à la rue de Charenton. On sait que cette voie n’existe plus aujourd’hui, du moins en grande partie, ayant cédé la place de son sol et de ses maisons pour la création du chemin de fer de Lyon et pour l’entrepôt de Bercy. 11 n’en reste guère que la petite section de la rue Nicolay, numérotée 2 à 8 et 1 à 5.
Les voies que nous venons d’indiquer sont les seules qu’enregistre le plan de Verniquet. Il montre encore, il est vrai, la petite pièce d’eau de La Râpée, mais elle a pris une forme régulière et carrée, et semble recevoir l’amorce d’un ruisseau vaguement indiqué. Ce ruisseau est toujours l’ancien ru de Montreuil, coulant tantôt à ciel ouvert, tantôt canalisé, à travers les rues du pays.
Nous signalerons que le Conseil municipal de Bercy, dans sa séance du 16 septembre 1829, intervint au sujet
de la dépense du rétablissement normal de ce cours d’eau.
Le ru de Montreuil traversait alors, sous des ponts, les trois grands chemins de la vallée de Fécamp : le chemin de Saint- Maur, le chemin de Reuilly, le chemin ou rue de Charenton. Ces ponts ayant été détruits depuis longtemps, leurs décombres obstruaient le ruisseau et empêchaient l’écoulement des eaux vers la Seine, en inondant les jardins et marais des fonds de Picpus, Saint-Mandé et Bercy. C’est à cet état de choses que remédia l’intervention dont il s’agit1.
On trouvera dans nos annexes l’extrait d’un rapport intéressant, dressé en i83q par M. Baude, ingénieur des Ponts et Chaussées, à l’appui d’un projet d’assainissement du ru de Montreuil et des Vallées de Fécamp et de Picpus3.
Dans sa séance du 28 octobre 1 853, la Commission municipale de Bercy adoptait encore la délibération ci-après le concernant :
Reconnaissant que les travaux du ru, tels qu’ils sont établis dans les parties terminées, ne remédieront que très imparfaitement au mal, depuis que toutes les eaux des établissements industriels et des égouts d’alentour y ont été dirigées, ces eaux répandant une odeur infecte et étant impropres à l’arrosage; et aussi qu’on ne peut en approcher sans suffocation; alloue une somme de 3.ooo francs pour l’amélioration de la partie non achevée à Bercy, et à la condition expresse que dans les 365 m. 95 de la partie à couvrir le ru sera dévié de son cours et reporté sous le sol de la Vallée de Fécamp, à partir de son embouchure dans la rue de la Lancette et se continuera en égout couvert sous le sol de cette première rue prolongée jusqu au pont de Reuilly à la rencontre de la partie supérieure du dit ru 3.
Sur un plan de la région, paraissant établi vers 1860 ou 1 865 , nous trouvons la situation exacte de ce ruisseau à cette
'• Archives de la Seine. Registre n° i des délibérations du Conseil municipal de Bercy.
3. Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil municipal de Bercy.
époque. Venant de Saint-Mandé à ciel ouvert, il coupe le chemin des Marais, le chemin de la Croix-Rouge, la rue de Reuilly, passe entre le chemin des Meuniers et la ruelle de la Lancette, où il arrive à la rue de la Brèche-aux-Loups. En cet endroit, il est indiqué comme : ru souterrain de Montreuil. Il coupe alors la rue de la Brèche-aux-Loups, suit la rue de la Lancette, traverse la rue de Charenton, longe la rue des Fonds-Verts qui a gardé ce nom dans la partie où il passe, longe la rue du Commerce, la place de l’Église jusqu’à la Mairie, suit la rue de Bercy jusqu’à la rue particulière de Mâcon, coule entre cette rue et la rue particulière de Bordeaux, et vient enfin se déverser dans la Seine x.
Après le plan de Verniquet, la commune de Bercy est constituée. Nous parlerons longuement, dans la partie relative à sa formation, d’un plan des Archives Nationales donnant ses limites en 1790 et en 1791. On trouver a également annexé à ce volume un plan de 1859 montrant la configuration de la commune de Bercy, à l’époque de son incorporation à Paris.
1. Plan intitulé : Commune d'1 vry-sur-Seine, canton de Villejuif, arrondissement de Sceaux (sans date), collection Georges Hartmann.