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CHAPITRE V

LE DOMAINE DES FRÈRES PARIS. — LE PATE-PARIS. — LES PLAN- CHES DU GRAVEUR MARIETTE. — DETAILS SUR LA FAMILLE PARIS. — LA CASERNE DE BERCY. — LE SOUVENIR DE Mme ROLAND ET DE BOISMOREL. — LA GRANDE-PINTE. — LE NUMÉROTAGE DE 1724- 1726 ET LES BORNES-LIMITES DE LA VILLE. — LES BARRIERES DE 1708.

Après la maison de M. de Béthune, en allant de l’Ouest à l’Est, et après celle de M. Le Chanteur, au Nord, le terrier de 1724-26 présente les dépendances du domaine de M. Pâris, portant le n° 7 du chemin le long de la rivière. Elles se. composent de cuisines, remises, écuries, poulaillers, laiteries, gardemanger, le tout d’une superficie de 79 toises et demie 5 pouces. Celle des jardins est de 915 toises, soit pour le tout 994 toises et demie 5 pouces. Ces divers bâtiments sont construits au milieu du parc et ne sont qu’une fraction du domaine, lequel est borné au Nord par la propriété de M. Le Chanteur, à l’Ouest par celle de M. de Béthune, au Sud, par la rivière, à l’Est par la rue Grange aux Merciers.

Le domaine proprement dit des frères Pâris se trouvait de l’autre côté de cette rue, ainsi que nous allons l’indiquer en le décrivant.

Disons, dès maintenant, qu’il constituait la plus importante des maisons de plaisance de la région, après le château de Bercy ; mais qu’il ne figurait pas au terrier parisien de 1724-26 comme ne faisant pas partie du faubourg Saint-Antoine ; car il n’était, d’ailleurs, qu’un démembrement du vaste domaine des Bercy. Voici, au surplus, son origine :

Le 28 mai 1711, Charles-Henri de Malon vend à Antoine Paris et à Claude Pâris de la Montagne une partie de son parc, dite fief du Vernay, et désignée de la façon suivante :

Au bout vers Paris et au dedans du parc de Bercy, à prendre depuis le bâtiment de la ferme de la Grange jusqu’à la rivière, contenant, savoir : par haut, tenant à la dite ferme, quarante neuf toises et demie de largeur; sur la rue, depuis les bâtimens de la ferme jusqu’à la rivière, deux cent quinze toises et demie de longueur; par en bas, faisant face à la rivière, vingt toises de largeur; du côté du parc, en remontant depuis la rivière jusqu’au mur de la ferme, deux cent vingt quatre toises un tiers de toise de longueur; ce qui revient en superficie, à [sept mille six cent soixante deux toises; et encore la partie du mur de terrasse sur la rivière et en retour sur la rue de Bercy que M. de Bercy a fait construire à ses frais, les grilles de fer, et ce qui reste des murs de clôture Jet matériaux, tant sur la rue de Bercy que sur le reste du terrain ci-dessus; le tout suivant le plan qui en a été levé par Dulin et de lui signé. Redevance : 5o livres; rente féodale : deux chapons, payables à la Saint-Martin, au château de Bercy. Prix : 20.000 livres 1 .

M. de Bercy laissait aux acquéreurs le droit de prendre de grandes vues grillées de fer sur son parc, mais pour eux seulement, leurs héritiers étant tenus de les murer à leurs frais. En 1767, pourtant, le vendeur renouvelait la permission des dites vues en faveur de Mme de Montmartel.

La partie ainsi cédée du domaine de Bercy formait une longue bande de terrain assez étroite vers la rivière, et allant en s’élargissant jusqu’à la rue de Bercy: elle était bordée à l’Ouest par la rue Grange aux Merciers et à l’Est, par le parc des Malon. Les dépendances et les communs de cette pro-

1. Topographie historique de la seigneurie de Bercy. Boisltle, loc. cit., p. 76.

priété étaient situés, ainsi que nous l’avons dit plus haut, de l’autre côté de la rue Grange aux Merciers.

Au dire de M. de Boislisle, un gros pavillon existait déjà au bord de la Seine, avant l’acquisition ci-dessus relatée. Peutêtre était-ce sa situation avantageuse qui avait donné aux frères Pâris l’idée d’en faire édifier au même point, un plus somptueux?

En 1725, le leur paraît déjà être construit :

MM. les princes de Bavière allèrent voir la maison de M. Pâris l’aîné le 17 octobre 1725 L

En 1742, cependant, un auteur du temps, Piganiol de la Force, semble s’inscrire en faux contre cette information en disant que la construction serait digne de l’immense fortune des propriétaires, si elle était achevée, mais qu’ils avaient sans doute des raisons : « pour la laisser en l’état qu’elle est » 2.

Un autre historien de l’époque, Germain Brice, nous fournit, dix ans après, les renseignements suivants :

Cet édifice, qui n’a que dix toises de face, ne présente à la vue qu'un seul étage, quoiqu’il y en ait cinq. La distribution en est très singulière ; le comble est une plate-forme qui fournit une très belle vue; il ne paroit aucune cheminée sur tout ce bâtiment 3.

C’est cette construction qui, en raison de sa forme particulière, garda jusqu’au moment de sa démolition le vocable de Pâtè-Pâris ou Pâté-Bercy , et aussi celui de Pavillon-Martel, du nom de Pâris de Montmartel.

Les Archives Nationales possèdent une suite de neuf

t. Cafetiers de Police. Arsenal, manuscrit 10. i55.

2. Description de Paris, par Piganiol de la Force, 1742, t. IV, p. 472.

.3. Description de la Ville de Paris , par Germain Brice, 1752, t. IV, p.“35g.

planches gravées par Mariette , représentant ce qu’était exactement cette fameuse demeure à l’époque de son édification

Nous estimons qu’une analyse rapide de ces gravures a sa place indiquée dans ce travail, et sera la meilleure description que l’on pourra faire du monument.

La première planche montre l’ensemble de la propriété de Mrs Pâris, figurée par une longue bande de terrain allant en pointe vers la Seine à partir de la rue de Bercy et limitée à l’Est, par le parc de Bercy, à l’Ouest, par la rue Grange aux Merciers. Vers la rue de Bercy sont les orangeries : vaste bâtiment occupant toute la largeur de ce domaine, cour et forge. Ensuite est un terre-plein rectangulaire découpé en huit triangles séparés par des chemins et bordés d’arbres, avec cour ou bassin central octogonal. En descendant vers la Seine sont des parterres de jardins français curieusement découpés, puis, un grand bassin d’eau avec cadre de verdure, occupant toute la largeur de la propriété. Viennent après, toujours en descendant à la rivière, d’autres jardins français formant de gracieuses arabesques et joignant le fameux pavillon ou Pâté-Paris , massive construction presque carrée, dont les deux angles opposés à la Seine sont à pans coupés. Il parait être édifié sur une terrasse suffisamment élevée puisque deux perrons sont nécessaires pour y accéder du jardin. Vers la Seine, un grand degré se développe devant le pavillon, qui, situé en bordure de la rivière, doit la dominer complètement. De l’autre côté de la rue Grange aux Merciers, sont figurés les basses-cours, communs, potagers des

1. Les Mariette appartenaient à une famille de libraires et de graveurs parisiens. Pierre mourut en 1677. Son petit-fils, Jean, né à Paris en 1654, y mourut en 1742. 11 était libraire et graveur, et exécuta beaucoup de planches pour divers livres. Il est peut-être l’auteur des dessins de la maison des frères Pâris. Son fils, Pierre-Jean , né à Paris en 1694 et décédé en 1774, fut surtout un collectionneur d’estampes.

frères Pâris : ce sont ceux dont nous avons parlé : ils sont situés entre la maison Le Chanteur et la Seine. Au bas de cette gravure, est écrit : Plan général des bâtimens , cours et jardins de la maison de M. Pâris à Bercy , du dessin de M...

La deuxième planche représente le plan de l’étage en soussol du pavillon : Du côté du jardin, éclairés par des baies à cariatides, sont une chapelle, une salle de billard, un péristyle central, ainsique des offices, lavoirs et cuisines. Un passage en souterrain, ou plutôt en sous-sol, conduit à la rivière où s’ouvre une porte sur la berge, appelée chemin des carrières. Un autre passage de ce genre conduit à la rue Grange aux Merciers. Texte: Plan des souterrains de la maison de M. Pâris à Bercy. Mariette, exc.

La troisième gravure : Plan du rez-de-chaussée de la maison de M. Pâris à Bercy , montre deux salons, cabinet de travail, chambre à coucher, salle à manger, deux cabinets, une antichambre, et une garde-robe.

La quatrième planche représente deux perrons qui, du jardin, accèdent à la terrasse. Le rez-de-chaussée du côté du jardin, qui est en somme le sous-sol, est orné de sept baies cintrées séparées entre elles par des cariatides à gaines et à bustes d’hommes. Ces dernières soutiennent le balcon en fer forgé du grand salon qui règne au-dessus et qui est éclairé par sept hautes baies cintrées à clefs en têtes de femmes et à tympans en coquilles. L’étage du dôme ou calotte possède des ouvertures correspondant aux baies cintrées du grand salon. Texte : Elévation du côté du jardin de la maison de M. Pâris à Bercy. A Paris chez Mariette , rue Saint-Jacques , aux colonnes d'Hercule. Mariette , exc.

La cinquième planche est relative à une élévation du pavillon : Le rez-de-chaussée est percé de cinq grandes fenêtres

cintrées à clefs en têtes de femmes ou à tympans ornés de coquilles. Toute la construction est rayée de refends et de bossages horizontaux. Sur ce rez-de-chaussée, très somptueux comme architecture, et d’une conception absolument remarquable, règne un balcon décoré de balustres en pierre tournant autour du premier étage, également de cinq fenêtres et formant calotte. Le pavillon est lui-même élevé sur un terrassement maçonné en entresol et entouré d’une balustrade en fer forgé. Texte : Elévation du côté de la rivière de la maison de M. Paris à Bercy. Mariette exe.

La sixième planche reproduit encore une élévation du pavillon du côté de la rue Grange aux Merciers : Ce sont les mêmes architectures à refends et bossages, sauf que toutes les baies cintrées ont des tympans décorés de coquilles. Texte : Élévation de la maison de M. Pâris à Bercy , du côté de la rue Mariette exc.

La septième planche montre une coupe du Pâté-Pâris comprenant un sous-sol, un vaste rez-de-chaussée avec salon central à toute hauteur d’étage, et des pièces grandes et petites coupées en entresols. Au premier, salon central dans toute la hauteur, éclairé par un curieux plafond en calotte et flanqué de pièces également coupées en entresols. Texte: Coupe de la maison de M. Pâris à Bercy , sur la largeur du parc à la rue. Ce qui veut dire que le pavillon occupe avec sa terrasse toute la largeur du domaine, depuis le Parc de Bercy jusqu’à la rue Grange aux Merciers. Cette planche est également signée : Mariette exc.

La huitième planche représente une autre coupe du pavillon infiniment poussée comme exécution, et montrant les gracieuses décorations du grand salon du rez-de-chaussée, en style du dix-huitième siècle, et celles du salon supérieur. La

terrasse du côté de la rivière est ornée d’un parapet, partie pierre et partie fer, et celle du côté du jardin, d’un appui en fer forgé d’un curieux dessin. Au-dessus du rez-de-chaussée règne un balcon circulaire à balustres en pierre faisant le tour du pavillon. Texte : Coupe sur la longueur du jardin à la rivière de la maison de M. Paris à Bercy. Mariette exe.

La neuvième gravure se rapporte aux plans de l’entresol et du premier étage. L’entresol comprend 2 grands salons exhaussés, 2 chambres, 3 cabinets, logement du concierge, et grand escalier. Le premier étage : 8 chambres, 7 garde-robes et cabinets, escaliers, corridors, et lanterne vitrée. La forme du pavillon est celle d’un carré dont les 4 angles sont à pans coupés. Texte: Plan des entresols , plan du premier étage de la maison deM. Paris à Bercy. Mariette, exc.

La dixième gravure est relative aux orangeries. Il s’agit d’un bâtiment long composé seulement d’un rez-de-chaussée dont le centre est décoré d’un portail à 3 baies circulaires avec clefs en têtes de femmes. Ces baies sont surmontées d’un fronton en triangle orné d’un cadran solaire entouré de figures sculptées. L’ordonnance est une architecture de refends et de bossages ; l’ensemble du bâtiment ne compte pas moins de 16 portes-fenêtres : 8 de chaque côté, du portail central, et toutes de forme rectangulaire à clefs très curieusement sculptées. Texte . Plan et élévation de /’ orangerie de la maison de M. Paris à Bercy. Mariette, exc. 1 .

On trouvera également ces planches dans /’ Architecture Française de Blondel (t. V), sauf celle relative aux entresols et au premier étage qui n’y figure pas. Le volume dont il s’agit

1, Archives Nationales. N III Seine n° 929.

ne contient que les gravures de Mariette, sans texte ni description, ce qui est fort regrettable.

Nous ne voudrions pas avoir parlé si longuement de la maison de plaisance des frères Pâris, sans donner d’eux quelques renseignements susceptibles de faire connaître leur personnalité et le rôle considérable qu’ils jouèrent dans la finance française du dix-huitième siècle.

Les quatre frères Pâris étaient nés à Moirans dans le Dauphiné, d’un simple aubergiste. L’aîné se nommait Antoine , (9 février 1608 i 29 juillet 1 7*33) ; le second, Claude , dit de La Montagne, (7 août 1670 t 1744 ou 1745) ; le troisième, Joseph , dit Duvernay, (9 avril 1684 f 17 juillet 1770) ; le quatrième, Jean , dit de Montmartel, (i0r août 1690! 10 septembre 1766).

Partis de très bas, ils réalisèrent, grâce à un enchaînement de circonstances qu’il serait trop long d’énumérer ici, grâce aussi à une aptitude prodigieuse pour les questions financières, une rapide fortune dans les vivres de l’armée. Ils devinrent surtout célèbres par la démonstration qu’ils firent au Régent de France des illusions et des dangers du fameux système de Law. Exilés en Dauphiné pour ce fait, sur les instances du créateur de la Compagnie des Indes qu’ils combattaient, ils étaient rappelés après la débâcle et chargés de rétablir la situation financière de la France.

A propos de cette remise en ordre des affaires de l’État, menée à bien par les Paris, Voltaire écrivait les lignes suivantes consacrant leur parfaite honorabilité:

« On la commença vers la fin de 1721 ; elle fut imaginée, rédigée, et conduite par quatre frères qui jusque-là n’avaient point eu de part principale aux affaires publiques et qui par

leur génie et leurs travaux méritèrent qu’on leur confiât la fortune de l’Etat 1 . »

Conduits à la Bastille et exilés de nouveau par le cardinal Fleury en 1726, à la suite d’une intrigue de cour, ils n’en conservèrent pas moins l’estime des honnêtes gens. Ce fut même à ce moment que Crébillon dédia sa tragédie de Pyrrhus à Pâris-Duvernay.

Les services rendus à l’État leur firent obtenir du Roi des lettres de noblesse ; de plus, le cardinal Dubois fit créer pour eux quatre charges d’intendants des Finances. Joseph Pâris- Duvernay est celui-là même qui contribua à créer l’École militaire, dont le projet fut adopté en 1751 et dont on le trouve premier intendant avec le titre de Conseiller d’Etat2.

En ce qui concerne Jean Pàris de Montmartel, le plus jeune des quatre frères, nous rappellerons ce fait assez peu connu qu’il avait obtenu du pape, grâce à l’intervention personnelle du Roi de France, l’autorisation d’épouser sa nièce, Antoinette-Justine Pâris, fille de son frère aîné, Antoine Pâris, qui avait vingt-deux ans de plus que son cadet. La

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