Archives de la Seine. Domaine. Carton 566, dossier
la description de la barrière de Reuilly, donne de celle-ci et de ses environs, le croquis pittoresque ci-après :
La barrière de Picpus est pareillement déserte (que celle de Reuilly) ; à peine, y trouve-t-on quelques baraques barbouillées de rouge et meublées tant intérieurement qu’extérieurement de quelques tables, ais mal joints, constamment salis par le vin à 4 sous dont s’abreuvent les quelques menuisiers ou imprimeurs sur étoffe, qui, par amour pour le jeu de Siam, se laissent attirer dans cet obscur recoin par l’espoir sournois de dépister leur femme. Le véritable ouvrier, celui qui a les mœurs modernes, évite de s’introduire dans ces taudis, haltes habituelles de ces rôdeurs de barrières qui sont sans cesse à la recherche des attardés et des isolés, pris ou non pris de vin L
Alfred Delvau la vit encore en 1 865, puisqu’il la qualifie: « un bâtiment composé de quatre péristyles sans style et d’un attique de mauvais goût ». Ce sont, d’ailleurs, les seuls mots qu’il consacre à ce monument, n’entretenant ses lecteurs que du quartier Picpus 1 2.
Dans la gouache de Palaiseau, elle se présente sous la forme d’un pavillon unique, dont chacune des quatre faces est décorée d’un avant-corps à fronton triangulaire soutenu par quatre colonnes doriques.
Le cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale contient une suite de planches concernant cette barrière, dessinées et lavées à la main, de dimensions variant entre 38 x 2 5 et 56 x 27. Ce sont: i° un plan au trait des environs de la barrière; 20 le plan des caves ; 3° le plan du premier étage ; 40 une coupe; 5" une vue de l’élévation de l’une des quatre faces du bâtiment. Cette dernière est une belle planche lavée montrant les quatre colonnes doriques unies du péristyle, surmontées d’un fronton triangulaire s’appliquant sur une façade plus large et plus haute.
1. Histoire de Paris, ses barrières et ses faubourgs , par B. -B. Paris 1857. in-12, p. 3g.
2. Histoire anecdotique des barrières de Paris, par Alfred Delvau. i865, p. ig5.
On y voit aussi la petite aqua-tinte de l’atlas de Saint-Victor, mesurant 6 X4,5 ; et la gravure au trait de Palaiseau, 1819, d’une dimension de 3 1 ,5 x 21, 5 *.
Au musée Carnavalet, se trouve également une gravure au trait de cette barrière, mesurant 21 X H, qui semble être une interprétation de la planche de Palaiseau. Cette pièce appartient à une suite dont elle porte le n° 4.
Pour compléter tout ce que nous venons de dire concernant l’iconographie des cinq barrières séparant Paris de la commune Bercy, que l’on trouvera encore dans la collection Destailleurs nous mentionnons en outre une série d’aquarelles exécutée par Palaiseau, vers 1819, mesurant 3 1 , 5 X 22, et relative aux pavillons des anciens bureaux de Le Doux. En ce qui concerne les architectures des bâtiments, l’artiste est resté, et cela se conçoit, dans le sentiment exact de la vérité des lignes : il ne pouvait pas, en effet, faire autre chose que son modèle. Mais l’on ne saurait en dire autant des paysages qu’il a représentés certainement trop pittoresques et trop rustiques, situant certains de ces pavillons dans des perspectives de chemins creux, de roches moussues, suivant les conventions du paysage héroïque. Presque toujours, également, il a négligé de montrer le mur d’enceinte qui devait à la vérité le gêner beaucoup, et qui eût retiré aux bâtiments l’allure de temples grecs aussi chère au dessinateur qu’à l’architecte.
On verra dans cette suite, les barrières de Bercy, de Reuilly, de Picpus et de Charenton. Pour cette dernière, les deux pavillons ne sont pas achevés (ou sont déjà en démolition?) L’un n’a pas de toit, l’autre montre six colbnnes non rattachées
1. Bibliothèque Nationale, Estampes. Topographie de la France, Seine, Paris, 12e arrondissement, 46e quartier. Va 3oo.
au bâtiment par la corniche. La barrière La Râpée n’y ligure pas, étant déjà démolie à la date ou Palaiseau exécuta ses aquarelles, en 1819.
La critique que l’on peut faire de ces jolies images, est qu’elles sont certainement trop jolies, et que surtout, leur ambiance, c’est-à-dire le paysage qui en fait le fond, ne présente guère le caractère de campagne pelée et rachitique qu’avait déjà la banlieue parisienne, dans le premier quart du dix-neuvième siècle \
Nous ajouterons, en outre, que la même collection renferme une autre série de dessins lavés au bistre, mesurant 21 x 11, signés Misbach et datés de 1797 et 1798. On y trouve les barrières de Bercy, de Picpus, et de Reuilly. Le dessin des monuments y est traité avec beaucoup de vérité et d’exactitude, ce qui n’a pas empêché l’artiste de donner à ses paysages une allure de rusticité toute de convention \
Il n’est pas sans utilité d’ajouter que le Musée Carnavalet possède une suite semblable du même artiste, mais dans des dimensions plus petites : (11 x6), où nous relevons les barrières de Picpus, Charenton, Reuilly et Bercy, soit une de plus: celle de Charenton.
Nous voici arrivés à la lin de l’historique qu’il nous a paru intéressant de consacrer aux cinq barrières séparant la capitale de la petite localité de Bercy. Nous en aurons terminé avec elles après la relation de leur fermeture, en 1791.
On connaît le délire qui s’empara de la population parisienne lorsdu vote de la loi du 19 février 1791 décrétant, qu’à partir du Ier mai suivant, tout droit d’entrée était supprimé.
1. Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Destailleurs, Paris. T. I. pp. 34, 35, 36, 37.
2. Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Destailleurs. Environs de Paris. T. I. pp. 18, 20, 2 1 .
Ce fut un jour de fête publique, avec salves d’artillerie, illuminations, musique et plantation d’arbres de liberté.
Une petite plaquette de quatre pages, dans laquelle sont célébrés les bienfaits procurés au commerce et à l’industrie de Paris par la destruction des barrières, donne le détail de la fête en indiquant que la musique de la Garde nationale fut conviée à apporter comme contribution à la joie publique, l’harmonie de ses instruments.
Voici l’extrait concernant les barrières qui nous occupent:
Un détachement de la musique de la Garde Nationale sera rendu à six heures et demie précises du matin, sur la place Royale, où se trouveront des détachemens, tant d’infanterie que des tambours de la 3e et 5e divisions. Égaux à ceux ci-dessus, ces détachemens réunis se rendront à la barrière de La Râpée, pour de là suivre la nouvelle enceinte en dehors jusqu’à la barrière St-Denis, la musique jouant, et les tambours battant alternativement; arrivés à la barrière St-Denis; ces détachemens rentreront dans leur division respective L
Des détachements semblables firent ainsi le tour de Paris: i° de la barrière de Versailles à celle de Saint-Denis; de La Râpée à Saint-Denis; de la barrière de la Gare jusqu’à la barrière du bord de l’Eau près de l’Ecole militaire.
A la fin de la plaquette citée, on lit cette recommandation :
MM. les chefs de Divisions feront renforcer demain à midi la garde des barrières situées dans l’arrondissement de leur division. Ce service extraordinaire continuera jusqu’à lundi à midy. Il aura deux objets, le premier de veiller à ce qu’il ne se forme pas d’engorgement aux barrières par le grand nombre de voitures qui entreront; le second est de voiler à la conservation des bâtimens et murs de clôture, qui étant une propriété nationale, exigent une surveillance particulière.
Une autre publication de ce genre, donne les indications
i. Grande réjouissance de la Cessation des entrées dans la capitale. Détail de la marche des troupes. Extrait de l'ordre donné par M. de Lafayette, le 29 avril 1 7g 1 . Guilhemat, imprimerie de la Liberté, rue Serpente 23. S. d. (Bibl. Saint-Fargeau, n* 8597.)
suivantes concernant la fermeture des barrières, le Ier mai 1791 :
Un coup de canon tiré à minuit précis, à l’entrée de chaque barrière, annoncera à tous les citoyens de Paris la jouissance d’un droit sacré que le despotisme et l’avarice des Rois leur avait enlevé et à l’instant même toutes les portes s’ouvri* ront. Quel intéressant spectacle s’offrira alors à nos regards ! quelle joie ; quels transports 1 tout ce qui caractérise un triomphe se retrace de tous côtés : quelle victoire, en effet, égala jamais celle que le peuple remporte en cet heureux jour sur ses plus cruels ennemis *.
On sait avec quelle joie intéressée était attendu le fameux coup de canon. Toutes les routes aboutissant à Paris étaient encombrées de voitures guettant le signal prêtes à introduire dans la capitale d’énormes quantités de marchandises sans payer de droits. Les eaux de la rivière de Seine disparaissaient sous la flotte nombreuse des bateaux chargés de vin, attendaient le même signal.
A la Barrière du Trône, disait une petite feuille distribuée dans les rues, la gaîté y a régné toute la nuit; sitôt le coup de canon tiré, on s’est emparé des Bureaux où on a dansé pendant que 3qi charriots chargés de vins sont entrés...
Tout ce qui est entré à Paris, dans le cours de cette nuit, eût payé précédemment d’entrée suivant le tarif : 3.578.264 livres sur quoi les Fermiers-Généraux auraient eu de gain net, 2 millions 97 mille 450 livres 1 2.
Et comme en France, et surtout à Paris, il ne saurait y avoir d’événement grave qui ne soit mis en couplets, on chansonna à gorge déployée l’anéantissement des Fermiers-Généraux, des commis et des barrières:
Rions un peu de ces commis,
Dont on va briser la Barrière,