CHAPITRE III
LE CHATEAU ET LE PARC DE BERCY. — LA DEVIATION DE LA ROUTE DE CHARENTON — LES LOISIRS d’uN GRAND SEIGNEUR TERRIEN. — LES SPLENDEURS DU CHATEAU. — LE DEPECEMENT ET LA VENTE DES OBJETS D’ART. — LA CUREE DU BRIC-A-BRAC. — LES LIVRES DE LA BIBLIOTHEQUE. — CE QU’lL RESTE DES BASSES- COURS DE LA GUÉPIÈRE.
Le parc et le château de Bercy ayant occupé environ le tiers des territoires de l’ancienne commune à laquelle ils donnèrent le nom de leur propriétaire et seigneur, doivent trouver dans ce travail une place en rapport avec leur importance topographique et historique.
Grâce au Mémoire rédigé par Charles-Henri de Malon en 1735, nous savons ce qu’était la maison de Bercy en i5q8, au moment où la terre passa à la branche cadette de la famille :
Une grande maison seigneuriale, plate et en forme de pavillon, couverte d’ardoises, grange, étables, colombier, deux cours, jardin, vignes et garenne étant derrière icelle maison, le tout clos de murailles; fief, cens et rentes, terres labourables, prés, vignes, bois, justice et autres appartenances.
Cette construction, établie vraisemblablement auprès de la tour de Bercy dont nous avons parlé plus haut, et lui servant d’encadrement, fut démolie en iô58 par Charles- Henri de
Malon Ier qui commença l’édification, dans un autre endroit du parc et plus haut, en bordure de la route de Paris à Charenton, du nouveau et dernier château de Bercy, célèbre par son faste architectural et ses décorations. A la mort de Charles- Henri, la construction était loin d’être terminée et ne comportait que le corps principal et l’aile du côté de Conflans. Deux fossés secs fermaient la cour en dehors et entouraient l’ensemble du château. Jusqu’en 1676, date de la mort de Charles-Henri, le bâtiment resta en cet état de nonachèvement; la construction n’en fut reprise que par son fils, Anne-Louis-Jules de Malon, qui l’acheva, l’embellit, et fit bâtir le côté regardant Paris. Il rajeunit les façades qui avaient sans doute un peu trop le goût sévère des premières années du règne de Louis XIV, fit agrandir les fenêtres, pratiquer à l’intérieur des appartements plus luxueux, combler les fossés secs à aspect de forteresse, établir des terrasses et des jardins à la française \
Anne-Louis-Jules obtint encore, en 1690, l’autorisation de faire dévier et reporter plus au Nord, grâce à son amitié avec Louvois, ministre d’Etat et surintendant des Bâtiments, le grand chemin de Paris à Charenton, ce qui permit d’isoler le château de la route, et de lui ajouter de très importantes dépendances. Bien entendu, la nouvelle avenue devait être faite aux frais de M. de Bercy et sur une largeur de vingt toises, pavée et plantée.
Un plan conservé aux Archives Nationales fait ressortir le déplacement de la route dont il s’agit :
La déviation du côté de Paris commençait au chemin de Rambouillet et venait aboutir un peu avant Charenton, entre
1. Topographie historique de la seigneurie de Bercy. Boisusle, loc. cit., p. 5j.
le clos des Carmes et les communaux des Arquebuziers de cette dernière localité, à l’endroit où une croix existait au milieu du chemin. La voie nouvelle, aussi large que l’ancienne, était plantée de quatre rangées d’arbres. A partir du château, une grande esplanade également garnie d’arbres conduisait à un vaste rond-point aussi planté, que traversait le nouveau chemin. L’esplanade se continuait ensuite de l'autre côté du rond-point, par une avenue magistrale se dirigeant vers Saint-Mandé.
Sur le plan dont il s’agit se lit la requête suivante:
Monseigneur le marquis de Louvoys est très humblement supplié de permettre au sieur de Bercy de luy représenter que le chemin de Paris à Charenton qui passe devant la porte de Bercy, n’est pas droit, et rentre extresmement dans le parc de Bercy, si sa Majesté avoit la bonté de consentir que ce chemin fust redressé, et qu’on le portast de l’autre costés de la muraille du nouveau parc de Vincennesqui le borde à la gauche et où touttes les terres appartiennent au s. de Bercy, cela produiroit un bien et un agrément pour le public par chemin plus droit, pour le terrain beaucoup plus beau qu’il n’est, et se trouveroit orné depuis Charenton jusques au fauxbourg de Saint-Antoine de quatre rangées d’arbres qui formeroient une avenue pour Paris, et sauveroit la maison de Bercy de plusieurs incommoditez que lui cause la proximité du chemin, duquel le corps de logis ne se trouve esloigné que de trente toises.
La mention suivante est également écrite sur la pièce en question :
Je consens que M. de Bercy fasse changer le chemin qui va de Rambouillet à Contlans, conformément au présent projet, en établissant la gauche du chemin dans les endroits qui se rencontreront estre sur les carrières. Fait à Paris ce huitième septembre 1690. Signé : Le Tcllier.
L’autorisation ci-après, qui figure aussi sur le même document et avec des références en lettres majuscules, est relative à la plantation des arbres par M. de Bercy :
Le Roy trouve bon que M. de Bercy fasse abattre le mur A qui est celuy qui sépare le parc de Vincennes d’avec le chemin B (ancien chemin) qui va à Charenton, et qu’il fasse bâtir le mur C (mur du nouveau chemin) pour fermer le dit
parc de Vincennes, le tout à ses dépens et suivant le présent plan. Sa Majesté consentant que l’ancien chemin de Charenton soit reporté plus loing pour Iuv donner le moien de faire l’avant-cour marquée D (esplanade) et la figure ovalle, marquée E (rond-point) devant sa maison marquée G (château), à la charge qu’il fera planter à ses dépens l’allée marquée F (nouveau chemin) pour servir de Chemin Royal depuis Rambouillet jusqu’à Charenton. C’est ce que j’ay eu ordre de lui faire sçavoir de la part de M. de Louvois. Je suis très sincèrement son très humble et très obéissant serviteur. Paris, ce 3i août 1690. Signé : illisible.
Nous ne voulons pas omettre, dans cette exhumation de vieux documents, l’autorisation donnée par M. de Bernaville au nom du gouverneur des château et parc de Vincennes, en vue de l’exécution du nouveau tracé :
Le sieur de Bernaville, Lieutenant de Roy du château de Vincennes et souslieutenant des chasses et plaisirs de sa majesté au dit Vincennes consent, en l’absence et au nom de M. le marquis de Bellefont gouverneur des chasteau et parc de Vincennes, capitaine des chasses et plaisirs de sa majesté en la capitainerie du dit Vincennes et suivant l'ordre que j’en ay reçu, que le plan cy-dessus soit exécuté et que suivant iceluy les murailles du parc de Bercy et celles du parc de Vincennes soient changées et portées aux lignes marquées de rouge conformément à la permission du Roy. Fait à Vincennes ce huitième jour de Sep tembre 1690. Signé : Bernaville l.
Le plan que nous venons d’analyser montre le Parc de Bercy se poursuivant, du côté de Conflans, jusqu’à « l’avenue de M. L’Archevesque ».
Disons que M. de Bercy ne tint pas rigoureusement les promesses qu’il avait faites concernant l’établissement et les travaux de la nouvelle route. Une action lui fut même intentée par le Bureau des Finances, que sa situation en Cour parvint à faire échouer. Ce ne fut qu’en 1859, observe M. de Boislisle, en vertu de l’ordonnance du 11 juillet, que la véritable largeur de la route fut établie conformément à l’autorisation donnée par Louvois le i5 septembre 1690.