‹ BercyChapitre 8 sur 133 · Archives Nationales. N IIP classe. Seine n · texte numérisé non relu

Archives Nationales. N IIP classe. Seine n

Cette déviation avait permis d’établir la demi-lune et l’avenue à quatre rangs d’arbres allant du château au chemin de Saint-Mandé, indiquée sur le plan des chasses que nous reproduisons, ainsi que dans notre plan de la Commune de Bercy daté de 1859, où elle figure sous le nom d 'allée des Noyers. Elle a disparu pour les agrandissements du Bois de Vincennes.

En ce qui concerne le château proprement dit, l’examen attentif du chartrier de la maison de Bercy a permis à M. de Boislisle de penser, contrairement aux dires formulés avant lui, que l’édifice, commencé en 1 658 et continué par Anne- Louis-Jules de Malon, était l’œuvre de François Le Vau, et non de François Mansard, auquel il a presque toujours été attribué. Les plans de Le Vau, néanmoins, n’auraient pas été intégralement suivis, surtout après sa mort, survenue en 1676. Rien n’indique non plus, dans ce même chartrier, que les jardins auraient été dessinés par André Le Nôtre.

Un beau jour, Anne-Louis-Jules de Malon, sollicité par d’autres affaires, abandonna la construction de son château et le laissa pendant de longues années dans le désarroi le plus complet. A telles enseignes que son fils Charles-Henri, qui est le rédacteur du Mémoire auquel nous faisons de si larges emprunts, le trouva dans un état lamentable quand il en devint possesseur par voie d’héritage, en 1706 :

Le château menaçoit d’une ruine prochaine en dedans et au dehors : en dedans parce que les pluies avoient endommagé les planchers et les principales poutres, faute de vitres et de couvertures entretenues ; au dehors, parce que le fronton du côté de la rivière surplomboit de près d’un pied et demi et faisoit craindre à tout moment sa chute : les portes et les fenêtres fermoient à peine; presque point de meubles, nulles commodités, pas même les nécessaires, pour les logemens et pour les besoins les plus indispensables.

Quant au parc, le tableau qu’en trace l’auteur du Mémoire

est plus lamentable encore. Il le montre à l’état de forêt vierge, ouvert de tous les côtés, et envahi par les Parisiens qui venaient sans crainte s’y ébaudir les dimanches et fêtes.

C’est alors que Charles-Henri de Malon, seigneur de Bercy, Conflans, Charenton, la Grange aux Merciers, Villers-surmer, la Moutonnière, la Boèche, etc., prend en mains la suite de la construction du château abandonnée par son père.

Rien n’est intéressant comme cette partie du Mémoire où l’auteur, grand propriétaire terrien, indique par le menu la façon pleine de sagesse avec laquelle il releva son domaine si piteusement délaissé. Et l’on y trouve des phrases comme celle-ci, qui indiquent la prévoyante sagacité de ce grand seigneur :

Je mis le potager en bon état, jugeant qu’il étoit nécessaire d’avoir ce secours pour ma maison, et, en même temps, de me préparer des fruits abondants pour l’avenir.

Ce fut en 1712, nous apprend-il, qu’il s’occupa de la restauration du château en construction. C’était la partie capitale et coûteuse de l’entreprise. L’année choisie, heureusement pour lui, était celle où la fortune ne lui faisait pas défaut :

Temps auquels mes revenus et les gros appointements de ma charge d’intendant des finances me donnèrent les moyens de fournir à cette dépense.

Le bâtiment, d’ailleurs, ou tout au moins la partie déjà construite, était dans un état lamentable :

Je l’avois fait étayer partout. Il étoit question de le mettre en sûreté, tant pour les murs que pour la charpente, d’y pratiquer des logemens commodes, de l’orner et de le meubler convenablement.

Grâce à cette impulsion — et aussi à ces gros appointements — le château était achevé en deux ans, avec ses écuries, ses basses-cours et sa chapelle. A chaque ligne du Mémoire se

manifeste l’orgueil du grand possesseur de terres, fier de raconter ses plantations d’arbres et de futaies. Ce ne sont partout que des allées en double et quadruple rang : l’allée des Lilas, l’allée de la Porte-Rouge, l’allée qui conduit au parterre, celle qui fait face à la grande allée du bois ; et les vergers plantés d’arbres en plein vent et contre les murs, et la cerisaie, et les futaies garnies de jeunes ormilles, et les boulingrins, et les charmilles d’érables, et le carré de tilleuls, et les pépinières de marronniers. Puis, quand le dénombrement de ses travaux est terminé, il écrit avec l’assurance que donnent la tradition familiale et la confiance dans l’avenir :

Je continuerai autant que je le pourrai; mon fils fera le reste, heureux s’il a le bon esprit de profiter de mes travaux achevés et de suivre les plans que je lui ai tracés pour ceux qui restent à faire.

Les remaniements entrepris par Charles-Henri de Malon furent conduits par l’architecte du Roi, Jacques de La Guépière, membre de l’Académie d’architecture. D’après M. de Boislisle le rez-de-chaussée se composait : du vestibule, du grand salon, quelquefois qualifié de salle des gardes, tous deux considérables comme superficie et hauteur, le premier en pierre, le second décoré de peintures historiques. Les autres pièces du dit rez-de-chaussée consistaient en un salon de musique, un grand cabinet d’assemblée, un petit salon, une salle à manger avec office, trois pièces à l’Est, une salle de théâtre et son foyer qui était l’ancienne pièce du billard. Au premier étage : la grande bibliothèque, la petite bibliothèque, onze pièces et une galerie centrale '.

C’est vers cette époque que le jeune Louis XV, âgé de

i. Topographie delà seigneurie de Bercy. Boislisle, loc, cit., p, iq.

cinq ans et demi, monté sur le trône depuis vingt-cinq jours, fut conduit en promenade à Bercy par le Régent de France, heureux, sans doute, de lui faire voir les curiosités de sa capitale et de ses environs :

Le 25 (septembre 1715) M. le Duc d'Orléans conduisit le roi à Bercy, proche Charenton, où M. de Bercy, intendant des Finances, gendre de M. Desmarets, a fait bâtir une maison superbe et d’une agréable situation *.

Le marquis de Dangeau qui donne aussi cette information, ajoute que le roi était alors à Vincennes, ce qui n’était pas pour lui l’occasion d’un bien grand déplacement1 2.

Un auteur du temps, d’Argenville, a tracé en 1768 une description intéressante des œuvres d’art contenues dans le château de Bercy, que nous jugeons utile de reproduire ici pour sa précision et l’exactitude de ses détails :

Une belle avant-cour qui donne sur le grand chemin, précède la cour, sur la gauche de laquelle sont des potagers. La droite est occupée par différents bâtimens fort réguliers et de bon goût, destinés à des remises, écuries et logemens d'officiers. Le dernier se nomme le Petit-Château : on y voit un joli appartement de bains.

Du côté de la cour, la face du bâtiment décrit une forme elliptique dans ses extrémités terminées par deux pavillons qui n’ont qu’un peu de saillie. Un ordre ionique moderne s’élève dans le milieu à la hauteur du premier étage. 11 soutient un fronton circulaire : ceux des pavillons sont triangulaires.

Le vestibule présente une agréable décoration de pilastres ioniques modernes, entre lesquels sont des trophées de sculpture. Trois grands tableaux de Snyders ornent la salle à manger : l'un représente une chasse au cerf; l’autre une chasse au sanglier. Le troisième est un marché aux poissons, la mer se voit dans le lointain. Les figures de ce dernier paraissent être de Jordaens.

Le vestibule sur le jardin renferme quatre grands tableaux de Carrey, savoir :

I. La cérémonie du feu sacré que les Schismatiques Grecs font d’une manière très tumultueuse dans l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. On y voit une prodigieuse quantité de figures ;

IL L’entrée de Charles-François Olier, marquis de Nointel, conseiller au Par-

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