Archives Nationales. D IVb g 3. 106, n
par s’écrier que la voiture contient des armes et des effets suspects et qu’il faut la décharger et la visiter. Se sachant à proximité de la commune de Bercy, le conducteur fait requérir les officiers municipaux qui arrivent bientôt sur les lieux, mais n’osent instrumenter, ne se sentant pas sur leur territoire. Ils se contentent seulement de lire à haute voix la lettre de voiture indiquant que les caisses sont simplement pleines de meubles et de batterie de cuisine. La population, de plus en plus nombreuse, n’en veut pourtant rien croire etcontinued’exiger la visite, sur quoi les officiers municipaux, seuls représentants d’une autorité quelconque, sont contraints de ceindre leur écharpe pour s’y opposer.
A'cet instant arrive M.de Grosboisqui suivait ses bagages en voiture. On parlemente avec les plus exaltés des citoyens, surtout avec les Municipaux, qui, en causant et sans y prendre garde, avaient franchi la fameuse ligne de démarcation. Les choses, cependant, se seraient arrangées, sans l’intervention inopinée de M. Santerre, officier municipal de Confîans, qui, apostrophant ses collègues de Bercy, leur reproche d’exercer à tort sur une commune qui n’était pas la leur. 11 ajouta qu'il était d’ailleurs pleinement renseigné sur le contenu des caisses, ayant vu de ses propres yeux plusieurs poignards à manche de corne de cerf. C’était, bien entendu, remettre le feu aux poudres. Ce qui décida M. de Grosbois à ouvrir ses colis sur la grande route pendant que les Municipaux de Bercy se retiraient, et qu’arrivaient enfin ceux de Conflans. La lettre de voiture était exacte et la visite ne produisit rien. On en profita pour faire réparer la voiture chez Trinquart, à Ici Chasse Royale, alors que les administrateurs de Conllans discutaient sur la prétendue violation de leurs droits.
La relation de ces faits fut adressée au Directoire du
District de Bourg-la-Reine, en une longue pétition signée des membres de la municipalité de Bercy, et se terminant par les lignes suivantes :
Vous serez à même, Messieurs, de juger par tout ce cy de quelle importance il seroit de réunir la portion de la Grande Pinte de Bercy, qui dépend de Conflans, à la Municipalité de Bercy, cette portion de la Grande Pinte est à une trop grande distance de Conflans pour pouvoir en avoir de prompts secours ; les circonstances les nécessitent pourtant trop souvent, les querelles qui arrivent journellement dans les cabarets et guinguettes qui composent la majeure partie des maisons de la grande Pinte, exigent que l'ordre y soit rétabli promptement. Les habitants de la Grande Pinte s’adressent sans cesse à la garde de Bercy pour venir rétablir la paix et arrêter les perturbateurs du repos public; la garde de Bercy ne peut prendre sur elle d’exercer aucune fonction sans y être autorisée et l’on prévoit quels abus et quels dangers peuvent résulter de cette inaction. Nous vous demandons, Messieurs, de prendre tout ce cy en considération et de nous tracer la marche que nous devons tenir en pareille occasion.
Signé : Renat, maire; Ligé; Mainguet; Boullanger; Legrand, Secrétaire greffier; Thiboust, Procureur de la Commune 1.
Comme suite à ces incidents, une correspondance aigredouce s’échangea entre les deux municipalités rivales: «Ne recommencez plus pareille intrusion, écrivaient les Municipaux de Conflans, autrement nous nous verrions à regret forcés de recourir à notre propre force... »
L’origine de ce conflit, on l’a vu, était, au dire des pétitionnaires, une délimitation mal comprise des territoires de la Grande Pinte, qu’il eût été beaucoup plus naturel, selon eux, de réunir à la commune de Bercy.
La délibération de la municipalité de Conflans-Charenton, du 25 janvier 1790, de son côté, disait que les habitants de Bercy et de la Grande Pinte de Bercy , faisaient partie de leur commune et avaient contribué à son organisation. Il s’agissait, sous ce nom de Bercy , du château et de ses dépendances, et sous celui de la Grande Pinte , de l’agglomération