Traité delà Police, par Dela.mare, 1719, t. III, p
Presque tout ce bois accostait au port de Bercy et à celui de La Râpée, où un grand nombre d’ouvriers, nus jusqu’à la ceinture, débardeurs et déchireurs de bateaux, étaient occupés au dépeçage de ces radeaux. Rien n’était plus pénible que ce dur lab#ur dont vivait une population de malheureux demeurant presque toute la journée dans l’eau, par le froid, la pluie, le vent, la chaleur, et ravagée par les nombreuses affections qui peuvent naître d’un pareil métier.
Une gravure sur bois, annexée à l’article de Texier, est fort intéressante en ce sens qu’elle montre une perspective du port avec les chantiers de bois flotté, la barrière de La Râpée et ses grilles, en face du pont suspendu de Bercy \
Avec le plâtre et avec le bois, il existait aussi en cet endroit, dès le XVIIe siècle, un mouvement très important de déchargement des tonneaux de vin amenés de la Bourgogne et des régions vinicoles de France. Comme dans les autres ports de Paris, ce travail nécessitait la présence d’une population turbulente et tapageuse, que Louis XIV voulut réglementer par son ordonnance du mois de mai 1690, créant quarante jurés routeurs et chargeurs de tonneaux de vin et autres boissons. Cette réglementation avait surtout pour but de parer aux désordres qui se commettaient à cette occasion, et de restreindre le nombre des personnes sans aveu : « qui s’ingèrent de rouller à la sortie des batteaux et charger ensuite sur des charettes ou hacquets, tous les tonneaux dans lesquels se renferment les vins, eaux de vie, cidres, verjus, vinaigres, vins gâtez, huiles ou autres breuvages et liqueurs qui viennent par eau dans notre dite Ville ». Les jurés ainsi nommés avaient seuls le droit de faire rouler les tonneaux et
1. Le Tableau de Paris , par Edmond Texier, i 85 2 , in-fol., t. I, p. 160.
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les décharger des bateaux arrivant dans les ports de Paris, parmi lesquels était nommé le Port au Piastre 1 .
L’arrêt de mai 1703 supprima les 40 jurés et créa cent vingt (six-vingts) offices héréditaires de jurez déchargeurs roulleurs et chargeurs de tonneaux de vin dans les mêmes ports. Ces offices furent encore augmentés en 1707, et abolis complètement par édit de mai 1 7 1 5, lors de la suppression générale de tous les offices créés sur les ports.
Au commencement du XVIIIe siècle, le port de La Râpée fonctionnait également comme port de garage des bateaux amenant du vin à Paris. Les marchands en gros, en faisant entrer leurs liquides, ne payaient les droits aux Fermiers des entrées que pour vingt muids s’ils en avaient vingt et un, bénéficiant ainsi de la remise d’un muid.Les voituriers par eau étaient tenus de déclarer au bureau du port la quantité des vins amenés, les noms et demeures de ceux à qui ils appartenaient, le lieu du chargement, l’endroit où ils entendaient les mener et les expédier pour la vente. Les voituriers et bateliers devaient aussi montrer les congés des lieux du cru et leurs lettres de voiture, dont un double était laissé au commis de la Recette, qui visait l’autre et le rendait aux voituriers. La vente du vin en fût était interdite à La Râpée, les ports à ce destinés étant ceux de Saint-Paul, de la Tournelle et de Saint-Nicolas2.
Aussi bien, devant ce réseau de formalités inventé par la gabelle d’alors, déjà très analogue à celui qu’utilise l’octroi d’aujourd’hui, peut-on dire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
Tout ce mouvement d’hommes du peuple, bien entendu.
1. Traité de la Police, par Delà., mare, 1719, t. III, p. 558.