Collection Georges Hartmann
compose de cinq arches dont deux, au-dessus des chemins de halage de chaque rive.
Dans la séance du 9 septembre 1 853, le maire de Bercy, M. Libert, s’exprimait ainsi :
Le pont double qui se construit depuis un an sur la Seine, entre les Communes de Bercy et d’Ivry, pour le double service du chemin de fer de ceinture et celui de la circulation libre du roulage et des piétons, sera certainement pour sa longueur, sa largeur extraordinaire et son double service, aussi bien que pour la beauté et la solidité de sa construction, un des plus beaux ponts de la France.
Ce pont qui va devenir un des monuments les plus remarquables de ceux qui surgissent de toutes parts sous le règne de notre bien aimé souverain, n'a été accordé par le Gouvernement (sur les demandes réitérées des deux communes de Bercy et d’Ivry) que par l’intervention directe de S. M. l'Empereur, qui a vu là un beau monument à faire, et un nouveau et très important débouché de plus à donner à la circulation générale.
L’Administration supérieure a déjà donné à ce pont le nom de Bercy mais ce nom (dont cependant nous serions bien fiers) ce nom est trop modeste ; au plus beau pont de France il faut donner le plus beau nom de France, celui de Napoléon.
M. le Maire propose en conséquence de prier très humblement Sa Majesté l’Empereur, par l’intermédiaire de son excellence, M. le Ministre des Travaux publics, de l’Agriculture et du Commerce, de vouloir bien permettre que le superbe pont, construit par la toute puissante intervention de Sa Majesté, soit nommé Pont Napoléon.
Cette motion fut adoptée dans la forme ci-après :
La Commisssion Municipale, approuve avec acclamation cette proposition qui est un nouveau témoignage de la vive reconnaissancede Bercy envers Sa Majesté; elle invite M. le Maire à s'entendre avec son collègue d’Ivry, pour que cette demande soit d’accord entre les deux communes, et présentée à Son Excellence Monsieur le Ministre, le plus tôt possible1.
Nous indiquons ci-après, d’après le travail de M. l’Ingénieur en chef Féline Romany, quelques renseignements techniques concernant le pont Napoléon, ou Napoléon III :
Il est fondé sur pilotis et composé de cinq arches de ma-
1. Archives de la Seine. Registre n® 4 des délibérations du Conseil Municipal de Bercy.
çonnerie, en arc de cercle, de 84 m. 5o d’ouverture et de 4 m. 60 de flèche, non compris deux arches de 12 mètres établies sur les routes qui bordent les deux quais. La longueur entre les culées est de 188 m. 5o et le débouché linéaire de 172 m. 5o. La largeur qui, entre les têtes, atteint i5 m. 40, est partagée en deux voies par une cloison, l’une de 7 m. 74, réservée au chemin de fer de ceinture, l’autre, aux voitures et aux piétons. On arrive à celle-ci par des rampes et des escaliers ménagés sur les deux rives. Édifié en i852 et 1 853 à l’aide de fonds affectés à la construction du chemin de fer de ceinture, le pont Napoléon nécessita une dépense d’environ 2.236.905 francs1 .
En 1870, il prit le nom de pont National. La Nomenclature officielle des voies publiques , de 1898, lui reconnaît 240 mètres de longueur sur 16 mètres de largeur.
Le musée Carnavalet possède une photographie mesurant: 37 X 12,5, montrant l’édification du pont Napoléon en i852.
La construction est très avancée, les piles sont faites et les voûtes, presque terminées, sont entourées d’une forêt d’échafaudages. Des textes indiquent que cette photographie provient du service des Pont et Chaussées et que l’ouvrage en question est l’œuvre de M. Couche, Ingénieur en chef, et de M. Petit, Ingénieur ordinaire.
On connaît aussi la gravure sur bois, signée Pichot, 22,5 X 10, montrant le pont en pierre, avec sa double voie au même étage, l'une pour le chemin de fer, l’autre pour les piétons et voitures.
De 1879a 1882, on construisit un troisième pont sur la Seine, au milieu du quai de Bercy, vis-à-vis la rue de Dijon, et on lui
1. Notice historique sur les ponts de Paris, par M. Feline Romany, Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, 1 865, p. 62.
attribua le nom de Tolbiac. Nous en disons quelques mots un peu plus loin, dans la partie de ce volume qui traite de l’entrepôt et du commerce des vins.
L’historique, en quelque sorte administratif, que nous venons de faire du port de Bercy, nous amène tout naturellement à parler du commerce des vins qui, pendant plus d'un siècle, fut la caractéristique de cette région, la développa et l’enrichit.
Et voyez combien la chose est étrange, fatidique, pourraiton dire ; le premier renseignement que nous allons donner sur ce négoce des liquides, encore qu’il remonte à 1801, date vraisemblable de son origine, est déjà relatif aux falsifications des marchandises!
Nous laissons la parole au Moniteur , source précieuse d’information, qui va nous édifier à ce sujet dans son numéro du 8 Brumaire an X (3o octobre 1 80 1 ; .
Préfecture de Police. — Les visites faites par ordre du Préfet de Police, en fructidor et vendémiaire dernier, dans les magasins de vin, tant à Paris qu’à Bercy et aux carrières de Charenton, ont eu des résultats remarquables. On a trouvé une grande quantité de pièces dont le vin de qualité défectueuse a été converti en vinaigre. Quelques autres pièces ont été vidées dans le ruisseau, le vin en ayant été reconnu falsifié, dangereux pour la santé, du reste hors d’état de servir à aucun usage.
Quarante-deux pièces de baïes de sureau n’ont été rendues qu’après avoir été remplies de vinaigre. Plusieurs voitures chargées de pièces de jus d’airelle ont été pareillement saisies; elles n’ont été rendues qu’après avoir été infectées de thérébenthine, de manière que la liqueur ne pût servir qu’à la teinture.
Il demeure donc démontré que le commerce du vin est installé à Bercy dès la première année du XIXe siècle.
En 1809, un propriétaire du lieu, M. de Chabons, demeurant à Paris, rue Saint-Denis, 374, au grand Saint-Chaumont , possesseur du vaste domaine du petit Château ou petit Bercy, rêva d’y installer un entrepôt général des vins et autres liquides, et engagea, dans ce but, des négociations avec le Ministre de
l’Intérieur. Nous avons déjà parlé de ce fait dans notre chapitre relatif aux maisons de plaisance, mais en laissant alors de côté la question du Commerce des vins, que nous reprenons ici.
Dans un long mémoire adressé au Ministre, M. de Chabons combattait naturellement le projet de création d’un entrepôt sur les terrains de l’Abbaye de Saint-Victor, dont il était alors question, et faisait ressortir l’intérêt de sa combinaison concernant les terrains du Petit Château.
Au sujet de la prescription imposée par le décret du 26 mars 1808, disant que le nouvel entrepôt à créer devrait être installé dans l’intérieur des murs, il proposait, pour lever les difficultés, de faire rentrer dans Paris tout le territoire limité par l'enceinte, de la porte de La Râpée à celle de Charenton à l’Ouest, et à l’Est, par une ligne idéale à tracer depuis cette dernière porte, le long des murs du Petit Château jusqu’à la Seine. La superficie de Paris, de ce côté, se serait alors trouvée augmentée d’environ 3oo arpents : « dont la grande partie cultivée, serait bientôt bâtie et décuplerait de valeur par le voisinage de l’entrepôt. »
Le parc du Petit-Bercy contenait alors trente-sept arpents.
Le pétitionnaire ajoutait:
Les bateaux pourraient y décharger sur une longueur de plus de huit cents mètres, ils seraient à l’abri de tout événement étant protégés par la petite île devant Bercy, qu’il est facile de joindre à la terre et qui formerait une espèce de gare naturelle.
Il faisait enfin valoir que le commerce, qui depuis de longues années avait déjà adopté cet endroit, y trouverait, pour la commodité de ses transactions, un avantage inappréciable dans l’abri des grands et beaux arbres dont l’ombrage, pendant la belle saison, était loin d’être dépourvu d’agrément.
Bien entendu, le Petit Château lui-même, qui était en bon état de conservation, avec tous ses bâtiments ad jacents, était désigné pour recevoir les services administratifs et les logements des employés. M. de Chabons estimait le montant de la dépense de cette combinaison à la somme de 4 millions 750.000 francs environ, tant pour l’acquisition du parc et des bâtiments, que pour la construction des magasins. Voici, enfin, d’après lui, le résumé des avantages que présentait le projet du Petit- Bercy, comparé à celui de l’Abbaye Saint-Victor:
i° Facilité d’agrandir le terrain à volonté sans en craindre la dépense; 20 grande étendue pour le déchargement des bateaux; 3° la rivière dégarnie de tout ce qui pouvait l’encombrer ;4° pas de surveillance dispendieuse sur les vins destinés à l’extérieur ou arrivant par terre à l’entrepôt ; 5° abri naturel pour les vins pendant la belle saison; 6° sûreté des arrivages grâce à la protection que trouveraient les bateaux derrière la gare naturelle formée par l’île et la Seine vis-à-vis l’établissement ; 70 certitude d’un produit qui, non seulement indemniserait les actionnaires de leurs avances, mais serait encore une nouvelle source de revenu public; 8° enfin, une dépense de plus des deux tiers moins forte que celle que nécessiterait ce même établissement sur les terrains de l’Abbaye Saint-Victor.
Et le pétitionnaire terminait par ces lignes.
Ajoutez, Monseigneur, à tous ces avantages, celui de voir cet établissement bientôt en activité par la certitude de trouver promptement des actionnaires qui y accoureront en foule, d'où dérive naturellement une relation nécessaire avec la Banque nationale qui, en y centralisant des sommes importantes les doublerait parleur prompte et active circulation.
J’espère que votre excellence appréciera tous ces avantages et voudra bien mettre sous les yeux de Sa Majesté un projet qui ne m’est dicté que par le devoir que j’aie d’employer mes moyenset ma fortuneàlaprospéritéd’ungouvernementqui par son génie créateur et protecteur, réunit sur la tête de son chef, tous les genres de gloire.
Je suis, etc., signé : de Chabons.
Au mémoire que nous venons d’analyser, est joint un plan montrant la transformation de l’ancien domaine du financier Orry. Il n'y est plus question, naturellement, des beaux jardins qui en faisaient la réputation ; seules, deux grandes avenues d’arbres parallèles à la Seine, subsistent encore dont l’une est qualifiée par le vendeur: « grande avenue de Marronniers très grands et bien garnie » ce qui indique qu’ils datent des temps où le domaine était encore une maison de plaisance. Le reste du parc est occupé, par de longs magasins figurés symétriquement, et pouvant contenir 101.870 pièces de vin « gerbées sur deux de hauteur » et i5o.ooo gerbées sur trois. La petite île dont il est question dans la pétition, est figurée à l’Est du domaine. Les anciens communs et basses-cours sont convertis en tonnelleries ; le château parait intact. Sous les transformations indiquées par ce plan, il est encore facile de reconnaître les anciennes dispositions de la propriété seigneuriale dessinée sur le terrier de 1724-26 h
Le projet de M. de Chabons ne fut pas retenu par le Gouvernement, qui tenait au terrain de l’Abbaye de Saint-Victor, mais cela ne sauva pas, néanmoins, le Petit Château du vandalisme. Des magasins y furent quand même construits et loués en entrepôts libres à des marchands de vins en gros. On y conserva quelques grandes allées d’arbres destinées à abriter les tonneaux contre les rayons du soleil.
Après M. de Chabons, tous les terrains et magasins du Petit Château, nous l’avons dit ailleurs, devinrent la propriété de M. Gallois, lui-même gros négociant en vins et Maire de Bercy, qui en opéra définitivement le lotissement et la transformation en entrepôt.