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Archives Nationales. N, III0 classe n° 988. Seine

En 1 8 1 1 le commerce des vins et liquides est assez important pour justifier une visite d’encouragement que lui rend l’Empereur.

Le Moniteur du 10 février de cette année, indique, en effet, que Napoléon Ier visita le Grand et le Petit Bercy la veille et daigna entrer dans plusieurs magasins de marchands devins. Il était à cheval et accompagné du duc de Frioul, Grand- Maréchal, et du Chambellan, comte de Nicolay. L’empereur profita même de cette occasion pour parcourir la belle terre de

D’autres terrains que ceux du Petit Château devaient également servir au développement du négoce des vins, et bientôt, à la suite d’agiotages et de combinaisons financières, tous ceux compris entre La Râpée et la rue Grange aux Merciers, et entre la Seine et la rue de Bercy, soit environ i3 hectares de superficie, étaient entre les mains du baron Louis.

En 1 8 1 g, ce dernier possédait déjà une vaste propriété située en bordure de la route départementale, n° 48, dite rue du Petit-Bercy, aujourd'hui rue de Bercy.

Dans une requête adressée à l’Administration, en cette année, Son Excellence M. le baron Louis, Ministre et Secrétaire d’Etat des Finances, demandait une modification d’alignement afin de pouvoir construire dans un retrait situé au-devant de son domaine, portant le n° 4 sur la dite rue. Le rapport administratif concernant cette affaire s’exprimait ainsi :

L’enfoncement existant aujourd’hui date de loin, quelques arbres encore existant, de 3o à 40 ans, au niveau, sur la ligne des murs de clôture du petit Parc de Bercy, adopté pour l’alignement de ce côté, en sont la preuve. Il est probable que le propriétaire d’alors avait conservé ce renfoncement pour rendre son entrée plus spacieuse et plus noble, les conceptions commerciales des propriétaires actuels ne rendant plus nécessaires ce renfoncement, nous proposons d’autoriser M. le Baron

Louis d’établir son nouveau mur sur la ligne adoptée pour le redressement de la rue de Bercy.

Cet enfoncement, que le baron eut l’autorisation de détruire, était vraisemblablement l’entrée en demi-lune d’une ancienne maison de plaisance de la rue de Bercy \

L’importance des terrains possédés parle puissant Ministre des Finances est d’ailleurs indiquée par le montant de ses impôts. Dans une liste des contribuables les plus imposés aux Rôles de 1 832 , on trouve le baron Louis, propriétaire, taxé à la somme de 6.897 fr- 35, alors que le marquis de Nicolay, également propriétaire du domaine que l’on sait, ne paie que 3.o35 fr. 63 1 2.

Cette différence s’expliquait par la location commerciale que le premier tirait de ses terrains, alors que le second les gardait en partie improductifs et toujours à l’état de domaine seigneurial.

A la mort du célèbre financier, survenue en 1837, ses propriétés de Bercy passèrent à la Société Civile , vaste entreprise de spéculation sur les terrains, composée de ses héritiers, laquelle fonda partout des magasins pour le commerce des vins. Après 1871, la Ville de Paris en fit l’acquisition totale en vue de l’établissement d’un entrepôt.

Lors du vote delà loi d’annexionde 1 85g, tandis qu’on insistait beaucoup auprès du Gouvernement pour l’établissement d'un vaste marché à Bercy, un grand négociant de l’endroit, M. Matelin, adressait une pétition à l’Empereur, le 22 février 1 858, dans laquelle on trouve des renseignements intéressants sur les terrains du baron Louis :

« Les propriétés de Bercy et principalement celles qui

bordent la Seine, produisent des loyers considérables. Les héritiers de feu M. le baron Louis, ancien Ministre, perçoivent des sommes immenses pour locations, bien qu’ils ne possèdent qu’un tiers environ des vastes magasins de vins que comporte cette localité. Encore ces revenus seraient-ils plus élevés, si les propriétés étaient louées partiellement et non en principale location1. »

Il ressort donc de tout ce que nous venons dedire, qu'avant l’annexion de 1859, la Commune de Bercy était depuis longtemps le centre le plus considérable de Paris pour le commerce en gros des vins et alcools. D’immenses magasins particuliers, on l'a vu, existaient et avaient été établis sur les vastes territoires compris entre la rue de Bercy et la Seine, d’une part, le Boulevard de Bercy (Boulevard de La Râpée en i85ç) et les fortifications, d’autre part. Ces magasins étaient aménagés pour contenir 896.000 hectolitres de vins et alcools, lesquels ne payaient les taxes d’octroi qu’au fur et à mesure de leur sortie et de leur vente, c’est-à-dire au moment où ils étaient consommés.

Viollet Le Duc, dans son rapport au Conseil Municipal, en 1876, a tracé ce rapide tableau du Commerce des vins en cet endroit : « Qu’était Bercy avant l’annexion ? La Commune de Bercy était devenue un des plus vastes marchés de l'Europe. Le commerce des vins s’y était fait sa place, seul, sous le régime du libre entrepôt à domicile. Autour de ces magasins, élevés par l’industrie privée, dans les maisons en bordure du quai, du boulevard et de la rue de Bercy, ainsi que dans les voies adjacentes, s’étaient groupés de nombreux artisans et commerçants : tonneliers, camionneurs, charrons, restaurateurs,

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