B. LES DIALOGUES D'HYLAS ET DE PHILONOUS
LES QU.\UTÉS DITES PREMIÈRES N'EXISTENT PAS PI<US QUE LES AUTRES EN DEHORS DE L'ESPRIT
Hylas. — Je reconnais franchement, Philonous, qu'il ne sert à rien de résister plus longtemps. Couleurs, sons, -saveurs, en un mot tout ce qu'on a appelé les qualités secondes, n'ont certainement aucune existence en dehors de l'esprit. Mais, par cet aveu, il ne faut pas supposer que j'abandonne quoi que ce soit de la réalité de la matière et des objets extérieurs; car je vois bien des philosophes qui ne mamtienncnt que cela, et qui cependant sont aussi éloignés qu'on peut l'être de nier la matière. Pour mieux comprendre ce que je dis, il vous faut savoir que les qualités sensibles ont été divisées par les philosophes en premières et secondes. Les unes sont : l'étendue, la figure, la solidité, le poids, le mouvement et le repos. Et pour celles-là, ils souciennent qu'elles existent réellement dans les corps. Les autres sont celles que nous avons énumérées plus haut, en un niot, toutes celles des c[ualités sensibles qui ne sont pas comprises dans les qualités premières; et ces philosophes affirment qu'elles ne sont que des sensations ou des idées, n'existant nulle part ailleurs que dans l'esprit. Mais
(i) Omis dans la seconde édition.
(2) Id.
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VOUS saviez déjà tout ceci, je n'en doute pas. Pour ma part, depuis longtemps déjà j'étais informé qu'une telle opinion avait cours panni les philosophes, mais je n'avais jamais été tout à fait convaincu de sa vérité, jusqu'à maintenant.
Philonous. — Vous êtes donc encore d'avis que l'étendue et les figures diverses sont inhérentes à des substances extérieures privées de pensée?
Hyi<as. — Sans doute.
Phii:,onous. — Mais si les mêmes arguments que l'on a mis en avant contre les qualités secondes valaient encore contre celles-ci?
Hylas. — El* bien, je serais alors réduit à croire qu'elles aussi n'existent que dans l'esprit.
Phii.onous. — D'après votre opmion, c'est précisément la figure et l'étendue que vous percevez par les sens qui existent dans l'objet extérieur ou substance matérielle?
Hylas. — Précisément les mêmes.
Phii,onous. — Tous les autres animaux ont-ils d'aussi bonnes raisons pour penser de même de la figure et de l'étendue qu'ils voient et qu'ils touchent?
HYI.AS. — Sans aucun doute, pour peu qu'ils pensent.
PHII.ONOUS. — Dites-moi, Hylas : croj'^ez-vous que les sens soient donnés à tous les animaux pour leur préservation et leur bien-être dans la vie? ou que ce n'est qu'aux hommes qu'ils sont donnés pour cette fin?
Hyi<as. — Je ne mets pas en question qu'ils ne soient destinés au même usage chez tous les autres animaux.
Phtloxous. — S'il en est ainsi, n'est-il pas nécessaire que leurs sens leur permettent de percevoir leurs propres membres et les corps qui pourraient leur être nuisibles?
Hylas. — Certainement.
Philonous. — Il faut alors supposer qu'une mite voit ses propres pattes et les choses de grandeur égale ou même moindre, comme des corps de dimension assez considérable ; bien qu'au même moment ces mêmes choses vous apparaissent, à vous, comme à pehie discernables, ou, au plus, connue autant de points visibles.
Hylas. — Je ne puis nier cela.
Philonous. — Et à des êtres plus petits que la mite, ces corps sembleront encore plus grands ?
Hylas. — Certes.
Philonous. — Ainsi ce que, vous, vous distinguez à
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peine, apparaîtra à un autre animal extrêmement petit comme quelque montagne énorme?
Hylas. — Tout cela, je l'accorde.
PniLONOUS. — Une seule et même chose peut-elle être au même moment et en elle-même de dimensions différentes?
Hylas. — Ce serait absurde à penser.
Phii^onous. — Mais, de ce que vous aviez posé en principe, il suit que l'étendue perçue par vous et celle que perçoit la mite elle-même, et aussi celles que perçoivent des animaux plus petits encore, sont chacune à la fois l'étendue véritable des pattes de la mite; ce qui revient à dire qu'en vertu de vos propres principes, vous êtes tombé dans une absurdité.
HvxAS. — Oui, ce point semble offrir quelque diflSculté.
PHII.OXOUS. — Autre chose : n'avez-vous pas admis qu'aucune propriété réelle, inhérente à un objet, ne peut être modifiée sans quelque modification dans la chose même ?
Hyi<as. — Je l'ai admis.
Philoxous. — INIais, selon qu'on s'approche ou qu'on s'éloigne d'un objet, son étendue visible varie, jusqu'à être, à une certaine distance, dix ou cent fois plus grande qu'à une autre. Ne suit-il pas de là qu'elle aussi n'est pas réellement inhérente à l'objet?
HYI.AS. — J'avoue que je ne sais plus que penser.
Phii,oxous. — Votre jugement sera bientôt fixé si vous osez penser aussi librement de cette qualité que vous avez fait des autres. N'avez-vous pas admis comme un argument sérieux, que ni la chaleur ni le froid n'existaient dans l'eau, parce qu'elle semblait chaude à une main et froide à l'autre?
Hylas. — En effet.
Philonous. — Et n'est-ce pas raisonner tout de même que de conclure qu'il n'existe dans un objet ni étendue ni figure, s'il semble à un œil petit, uni et rond, taudis qu'au même moment il apparait à l'autre connue grand, inégal et anguleux? '
Hyl.\S. — Exactement de même. Mais ce cas se produit-il jamais?
PHII.OXOUS. — Vous pouvez, quand vous voudrez, faire
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I l'expérience, en regardant avec un des yeux nu, et avec \ l'autre à travers un microscope.
Hylas. — Je ne sais conunent défendre ce point, et pourtant j'ai bien de la répugnance à abandonner l'étendue : je \'ois de si étranges conséquences découler d'une telle concession !
. Phii.onous. — Etranges, dites- vous? Mais, après les ■"^ ' concessions déjà faites, j'espère que l'étrangeté d'une chose n'est pas pour vous la faire rejeter. — [Et, d'autre part, ne seniblerait-il pas très étrange aussi qu'un raisonnement général qui s'applique à toutes les autres qualités sensibles ne s'appliquât pas aussi à l'étendue? S'il est accordé qu'aucune idée, ni rien d'analogue à une idée, ne peut exister dans une substance privée de perception, ne s'ensuit-il pas forcément que ni la figure, ni aucun mode de l'étendue que nous puissions ou percevoir ou imaginer ou dont nous soyons à même d'avoir quelque idée, ne peut être réellement inhérent à la matière? — pour ne pas parler de la difi&culté particulière qu'il y aurait à concevoir qu'une substance matérielle, distincte de l'étendue et antérieure à elle, fût le suhstvatum de l'étendue. Prenez telle qualité sensible que vous voudrez, figure, ou son, ou couleur, il semble également impossible qu'elle puisse subsister en ce^ qui ne la perçoit pas (i).]
Hyi,as. — J'abandonne ce point pour le moment, tout en me réservant le droit d'y revenir, au cas où je découvrirais plus tard quelque faux pas dans ma marche jusqu'ici.
Philonous. — C'est un droit qui ne vous peut être dénié.
^. Puisque nous en avons fini avec les figures et l'étendue,
nous arrivons au mouvement. Un mouvement réel dans
un objet extérieur peut-il être au même moment et tout
ensemble très rapide et très lent?-
H\%AS. — Il ne peut l'être.
PHitoxous. — La rapidité du mouvement d'un corps n'est-elle pas en proportion directe du temps qu'il met à parcourir un espace donne^? Ainsi un corps qui parcourt un mille en une heure se meut trois fois plus vite que s'il parcourait un mille en trois heures.
Hyl,as. — Parfaitement.
(i) Passage ajouté dans l'édition de 1734.
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Philoxois. — V.t le temps n'est-il pas mesuré par la succession des idées dans nos esprits?
Hyi.as. — C'est vrai.
PHII.ONOUS. — Et u'est-il pas possible que les idées se succèdent une ou deux fois plus vite dans votre esprit qu'elles ne font, dans le niien^pu dans celui d'un être intelligent d'une autre espèce que nous?
Hylas. — Je le reconnais.
Phii^oxous. — Par conséquent, pour une autre personne, le même corps peut sembler accomplir, son mouvement dans iiii^certain espace en moitié moins de temps qu'il ne vous paraît le faire à vous. Et le même raisonnement s'appliquera à toute autre relation : ce qui revient à dire, en se conformant à vos principes (puisque les mouvemerits
perçus existent tous réellement dans l'objet), qu'il est possible qu'un seul et même corps se meuve réellement dans le mêine chemin tout à la fois très vite et très lentement. Comment cela se concilie-t-il, soit avec le sens commun, soit avec ce que vous venez de reconnaître ?
Hylas. — Je ne sais que dire à cela.
PHII.ONOUS. — Passons à la solidité : de deux choses l'une, ou, par ce mot, vous n'entendez pas une qualité sensible, et alors elle ne rentre pas dans le sujet de nos recherches; ou, si vous la regardez conmie telle, elle doit se ramener à la dureté ou à la résistance. Or, l'une comme l'autre de ces deux qualités est nettement relative à nos sens; car il est évident que ce qui paraît dur à un anùnar~peut sembler mou à un autre, s'il a plus de force et des membres plus vigoureux. Il n'est pas moins clair que la résistance (jue nous .sentons n'est pas dans l'objet.
Hylas. — Je reconnais que la sensation même de résistance, qui est tout ce qu'on perçoit immédiatement, n est pas dans le corps, mais ce qui y est, c'est la cause de cette sensation.
Philoxoits. — Oui, mais les causes de nos sensations ne sont pas des choses inmiédiatement perçues, et par suite ne sont pas sensibles. Ce point, je pense, a été déjà suffisamment établi.
Hylas. — Je le reconnais; mais vous me pardonnerez si j'ai l'air un peu embarrassé; je ne sais comment me défaire de mes vieilles opinions.
Philonous. — Pour vous tirer de peine, considérez seule-
ment que si l'on a une fois accordé que l'étendue n'a aucune existence en dehors de l'esprit, il faut nécessairement admettre la même chose pour le mouvement, la solidité et le poids, puisque toutes ces qualités supposent évidemment l'étendue. Il est donc superflu de discuter en particulier pour chacune d'elles. En refusant à l'étendue toute existence réelle, vous la leur avez refusée à toutes du même coup.
Hylas. — Je m'étonne, Philonous, que, si vous dites vrai, les philosophes qui refusent aux qualités secondes toute existence réelle, l'attribuent pourtant aux qualités premières. S'il n'y~à entre elles aucune différence, comment peut-on expUquer cela ?
Phii:,onous. — Ce n'est pas mon affaire d'explic^uer toutes les opinions des philosophes. Mais, entre autres raisons qui peuvent être assignées à ce fait, il semble que l'une consiste probablement en ce que le plaisir et la douleur sont plutôt associés aux premières qu'aux secondes. La chaleur et le froid, les saveurs et les odeurs, ont quelque chose de plus vif dans l'agrément ou la peine qu'ils nous procurent, que les idées d'étendue, de figure et de mouvement dans la manière dont elles nous affectent. Et, comme il est trop visiblement absurde de prétendre que la douleur ou le plaisir puissent exister dans une substance dénuée, de perception, les hommes ont cessé de croire à l'existence externe des qualités secondes plus facilement qu'à celle des premières. Vous serez convaincu qu'il y a vraiment quelque chose de cela, si vous vous rappelez la différence que vous faisiez entre un degré plus intense et un degré moindre de chaleur, en attribuant à l'un une existence réelle que vous refusiez à l'autre. Mais, au fond, cette distinction n'a pas de raison d'être; car, à coup sûr, une sensation indifférente est aussi véritablement une sensation que telle autre, qui nous procure plus de plaisir ou de peine; et par conséquent l'on ne peut pas supposer que les unes plus que les autres existent en un sujet dénué de pensée. fe HylaS^— Il me revient justement à l'esprit, PhilonouS, que j'ai entendu parler quelque part d'une distinction entre l'étendu^ absolue et l'étendue sensible. Aussi, bien qu'il ait été reconnu que le grand et le petit consistent purement et simplement daiis le rapport que d'autres êtres étendus soutiennent avfec les parties de notre propre
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corps, et ne peuvent par suite être réellement inhérents aux substances elles-mêmes, — rien ne nous oblige pour cela à soutenir la même théorie en ce qui regarde l'étendue absolue, qui est quelque chose d'abstrait des idées de grand et de petit, de telle ou telle grandeur ou figure particulière. De même aussi pour le mouvement; la raptdité ou la lenteur sont tout à fait relatives à la. succession des idées dans notre propre espnt : mais il ne s'ensuit pas, parce que ces modifications du mouvement n'existent pas eu deliors de.Jlesprit, que le mouvement absolu, qui est une abstraction de ces modes particuliers, ne puisse pas exister ainsi.
PHII.ONOUS. — Ou'est-ce qui distingue, je vous prie, un certain mouvement d'un autre ou une certaine portion de l'étendue d'une autre? N'est-ce pas quelque chose de sensible, comme un certain degré de rapidité ou de lenteur, qui est particulier à chaque mouvement, une certaine grandeur ou figure, particulière à chaque étendue?
Hyi<as. — Je pense que oui.
Phii,onous. — Mais ces qualités, dépouillées de toute propriété sensible, n'ont plus aucune différence spécifique ou numérique, comme dit l'Ecole.
Hyi,as. — En effet.
PhiIvONOUS. — C'est-à-dire qu'elles sont l'étendue en général et le mouvement en général.
HYI.AS. — Soit.
Phii<onous. — Mais c'est une maxime universellement admise que tout ce qui existe est particulier. Comment donc le mouvement en général ou l'étendue en général peuyentils exister en une substance corporelle ?
Hyi^as. — Je demande du temps pour résoudre cette difficulté.
PhiIvONOUS. — Je crois qu'elle peut l'être très vite. Car vous pouvez me dire sans doute si vous êtes en état de vous former telle ou telle idée. Or, je veux bien réduire à ceci notre discussion : si vous pouvez vous former par la pensée, et de façon distincte, une idée abstraite du mouvement ou de l'étendue, dépouillés de tous leurs modes sensibles, tels que rapidité ou lenteur, grandeur ou petitesse, forme ronde ou carrée, et autres semblables que l'on a reconnus n'exister que dans l'esprit, je vous céderai sur le point que vous contestez, MaiSj de votre
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côté, si vous ne pouvez y réussir, il sera déraisonnable de persister plus longtemps à maintenir une chose dont vous n'avez aucune notion.
HvtAS. — J 'avoue franchement que je ne puis me fonuer cette idée.
PHitONOUS. — Pouvez- vous même séparer les idées d'étendue et de mouvement des idées de toutes ces autres qualités que ceux qui les distinguent nomment secondes? Hylas. — Quoi ! n'est-il pas très facile de considérer l'étendue et le mouvement en soi, abstraction faite de toutes les autres qualités sensibles? Conmient font donc, je vous prie, les mathématiciens, qui en traitent?
Phii.onous. — Je reconnais, Hylas, qu'il n'y a rien de difficile à fomier des propositions et des raisonnements généraux sur ces qualités sans en mentionner aucune autre, et, en ce sens, de les considérer ou d'en traiter abstraitement. Mais suit-il de ce que je peux prononcer le mot mouvement en lui-même, que je puisse m'en fonuer dans mon esprit une idée qui soit exclusive de l'idée de corps? Ou, parce qu'on peut établir des théorèmes sur l'étendue et la figure, sans aucune mention du grand ou du petit ou de tout autre mode ou cjualité sensible, en résulte-t-il donc qu'une telle idée abstraite d'étendue, sans aucune dimension ou figure particulière, sans aucune qualité sensible, puisse être distinctement conçue et saisie par l'esprit? Les mathématiciens traitent de la quantité sans considérer quelles autres qualités sensibles l'accompagnent, parce que cela est tout à fait indifférent à leurs démonstrations. Mais, quand ils ne font plus attention aux mots et contemplent les idées en elles-mêmes, je suis sûr que vous vous convaincrez qu'ils n'ont pas d'idée pure et abstraite de l'étendue.
HYr,AS. — Mais que faites- vous du pur intellect? N'est-ce pas le propre de cette faculté que de former des idées abstraites?
PHÏioNOUS. — Puisque je ne puis pas former d'idées abstraites du tout, il est clair ~qùê~jë~ ne" puis~pas en for-^ mer par le secours du pur intellect, quelle que soit la faculté que vous entendiez par ces mots. De plus, sans rechercher la nature du pur intellect et de ses objets spirituels, vertu, raison, divinité et autres semblables, ce qui paraît bien manifeste, c'est c^ue les chosessensibles ne peuvent qu'être
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l^erçues par les sens ou représentées par l'imagination. \,ix figure et l'étendiic^ (|ui sont originellement perçues par les sens, n'appartiennent donc pas au pur intellect; mais,: pour vous satisfaire davantage, voyez si vous pouvez vousi former l'idée de quelque figure, abstraction faite de toutes< ses pàrtîcularijtes de 3ïmension,ou même de toutes leS) autres qualités sensibles. i
H\XAS. — Laissez-moi réfléchir un peu. — Je ne crois pas le pouvoir.
PHir.oxors. — Et pouvez-vous penser que ce qui implique contradiction dans sa conception même puisse exister réellement dans la nature?
Hylas. — Kn aucune façon.
PiiiLoxous. — Puis donc ([u'il est impossible à l'esprit de di.sjoindre même les idées d'étendue et de mouvement de toutes les autres qualités sensibles, ne s'ensuit-il pas que, là où l'une de ces idées existe, l'autre y existe nécessairement aussi?
HvLAS. - — C'est ce qu'il me semble.
PiiiLOXOLS. — Par conséfjuent, ces mêmes arguments que vous admettiez connue concluants contre les qualités secondes, le sont aussi, sans c[u'on les force nullement, contre les qualités premières. De plus, si vous voulez vous en remettre à vos sens, n'est-il pas clair que toutes les qualités sensibles coexistent, ou qu'elles leur apparaissent coimne occupant le même lieu? Les sens nous représententils jamais un mouvement ou une figure comme dépouillés de toutes les autres qualités visibles et tangibles?
"HvLAS. — Vous n'avez pas besoin d'insister davaiïïage. Je suis disposé à avouer, s'il n'y a pas quelque erreur ou quelque faute cachée dans nos démarches jusqu'ici, qu'il faut refuser également à toutes les(jualités sensibles une existence en dehors de l'esprit.
{Dialogues d'Hylas et de Philonous. premier dialogue : Œuvres choisies de Berkeley, traduites par Beaulavon et Parodi. Paris. Alcan, 1895.)