‹ BerkeleyChapitre 18 sur 34 · MAI^EBRANCHE ET SA THÉORIE DE LA VISION EN DIEU · texte numérisé non relu

MAI^EBRANCHE ET SA THÉORIE DE LA VISION EN DIEU

{Suite du morceau précédent.)

Hyi,AS. — - On ne peut nier qu'il n'y ait quelque chose de hautement favorable à la religion clans ce que vous avancez. IMais ne croj^ez-vous pas que ceci ressemble fort à une théorie qui a été accueillie par quelques-uns des modernes les plus éniinents, et d'après laquelle nous voyons toutes choses en Dieu^

Philonous. — Je serais heureux de connaître cette théorie; exposez-la-moi, je vous prie.

Hylas. — Ils pensent que l'âme, étant immatérielle, ne saurait être unie avec des choses matérielles, de manière à jperceyoir ces choses en elles-mênies ; mais qu'elle les perçoit grâce à son union avec la substance de Dieu, qui, étant spirituelle, est par suite purement intelligible, c'est-à-dire capable d'être l'objet inimédiat de la pensée d'un êtj:Ê. spirituel. D'aUleurs l'essence Divine contient en soi des perfections qui correspondent à chaque être créé, et qui sont, pour cette raison, propres à montrer ou à représenter ces êtres à notre intelligence.

PmLOXOUS. — Je ne comprends pas conunent cûgidées, qui sont choses tout à fait passives et mertes, peuvent être l'essence, ou une partie (ou quelque chose comme une partie) de l'essence ou de la substance de Dieu, qui est un etrejion passif, indivjsjjilp toute .qjniplirité et tonte action . Il y a bien d'autres difficultés, bien d'autres objections, qui se pré.sentent à première vue contre cette hypothèse ; mais j'ajouterai seulement qu'elle est exposée à toutes les absurdités de l'hypothèse commune, puisqu'elle admet (ju'un monde créé existe autrement que dans l'intelligence d'un Esprit. De plus, tout ce qu'elle a de iDarticulier, — c'est que, grâce à elle, le monde matériel ne sert à rien du tout. I3t, si l'on admet que l'on ait réfuté solidement d'autres hypothè.ses scientifiques, lorsqu'on a montré qu'elles supposent que la nature ou la Divine sagesse fait quelque chose en vain, ou qu'elle fait par des méthodes longues et compliquée ce qui aurait pu être accompli d'une manière bien plus aisée et plus courte, que faudra-t-il penser de cette hypothèse, qui suppose que l'univers tout entier a été fait en vabi ?

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Hyi,as. — Mais que dites- vous doue vous-uiênie, et n'êtes-vous pas aussi d'avis que nous voyons toutes choses en Dieu ? Si je ne me trompe, ce que vous avancez revient à peu près à cela.

Phii,oxous. — [Il n'y a qu'un petit nombre d'honunes qui pensent, mais tous ont des opinions. De là vient que les opinions des hommes sont superficielles et confuses. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce cpie des doctruies, qui en ellesmêmes sont souvent très différentes, puissent néanmoins être confondues par ceux qui ne les considèrent pas attentivement. Aussi ne serai-je pas surpris si quelques-uns s'imaginent (lue je verse dans l'imagination enthousiaste de Malehraiiclie, bien cju'en réalité j'en sois fort éloigné. Il bâtit sur les idées les plus abstraites et les plus générales, ce que je désavoue absolument. Il affirme un univers extérieujet absolu, ce que je nie. Il soutient que nous sommes trompés par nos sens, et que nous ne connaissons pas la nature réelle ni les formes et les figures véritables des êtres étendus; toutes choses dont je soutiens exactement le contraire. De sorte qu'à tout prendre, il n'y a pas de principes plus foncièrement opposés que les siens et les miens. Il faut reconnaître que (1)] j'accepte tout à fait ce que dit la Samte Écriture : « C'est en Dieu que nous vivons et que nous agissons et que nous avons notre être. » Mais que nous voyions les choses dans Son essence de la manière que vous venez d'exposer, c'est ce que je suis très loin de croire. Tenez, voici en peu de mots ce que je pense. — Il est évident que les choses que je perçois son^mes propres idées et qu'aucune idée ne peut exister si ce n'est dans une intef- ^JigÊUce. Il n'est pas moms manifeste que ces idées ou ces choses, que je perçois, soit en elles-mêmes, soit eu leurs archétypes, existent indépendamment de mon intelligence i car je sais que je n'en suis pas nioi-même l'auteur, puisqu'il est hors de mon pouvoir de déterminer à ma guise de quelles idées particulières je serai affecté en ouvrant les veux ou les oreilles. Elles dpn'ent donc exister en quelque autre intelligence, dont c'est la volonté qu'elles se découvrent à moi. Les choses immédiatement perçues, dis-je, sont des idées ou des sensations, appelez-les comme vous voudrez. Mais connnent se pourrait-il qu'une idée ou une sensation existât

(i) Passage ajouté dans l'édition de 1734.

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en autre chose, ou fût produite par autre chose, qu'une intelligence ou un esprit? A vrai dire, cela est inconcevable; et affirmer ce qui est inconcevable, c'est dire un non-sens, n'est-il pas vrai?

H\%AS. — Sans doute.

P1111.ONOUS. — Mais, d'autre part, il est très concevable qu'elles puissent exister dans un Esprit et être produites par lui, car c'est siniplenienc ce dont je fais moi-même chaque jour l'expérience, puisque je perçois des idées innombrables; et, par un acte de ma volonté, je puis en fonner un grand nombre de très diverses, et les faire surgir dans mon imagination; quoique, il faut l'avouer, ces créations de la fantaisie ne soient pas tout à fait aussi distinctes, aussi fortes, aussi vives et aussi durables que celles que les sens perçoivent, — et ce sont ces dernières qui sont appelées choses réelles. De tout cela je conclus qu'il y a une Intelligeyice qui, à chaque instant, i}i' affecte de toutes les impressions sensibles que je perçois^ Et, d'après la variété, l'ordre et l'espèce de ces impressions, je conclus que leur auteur est sage, puissant et bon, au delà de tout ce qu'on peut concevoir. Remarquez-le bien, je ne dis pas : Je vois les choses en percevant ce qui les représente dans la substance inteîîî.gible de Dieu : cela, je ne le comprends pas; mais je dis : Les choses que je perçois sont connues par l'entendement et produites par la volonté d'un Esprit infini. Et tout cela n'est-il pas très clair et très évident? Et y a-t-il en cela quelque chose de plus que ce que la moindre observation de notre propre intelligence et de ce cjui se passe en elle, non seulement nous autorise à concevoir, mais même nous oblige à reconnaître?

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