‹ BerkeleyChapitre 28 sur 34 · Les prmcipes dont une chose est composée. Tins · texte numérisé non relu

Les prmcipes dont une chose est composée. Tins

trument dont on se sert pour la produire, et la fin pour laquelle on la destine, tout cela dans l'usage vulgaire s'appelle cause, quoiqu'à parler exactement rien de tout cela n'agisse ni ne produise. Il n'y a aucune preuve qui nous convainque qu'une cause étendue, corporelle ou mécanique, agisse proprement et réellement; le mouvement lui-même n'étant en effet qu'une passion. Ainsi quoique nous parlions de cette substance ignée comme d'un agent, nous entendons simplement qu'elle est un moyen, un instrument; et c'est là le cas de toutes causes mécaniques quelles qu'elles soient. Quelquefois néanmoins on les nomme agents et causes, quoiqu'elles ne soient en aucune manière actives, dans la signification propre et étroite de ce mot. Quand donc on parle de force, de pouvoir, de vertu et d'action, conune subsistant dans un être étendu, corporel, ou mécanique, cela ne doit pas être pris dans un sens propre et réel, mais seulement dans un sens grossier, dans celui du peuple, qui s'arrête aux apparences, et ne va pas analyser les choses jusque dans leurs premiers principes. Pour nous accommoder au langage établi et au commun usage, nous sommes obligés d'employer les expressions populaires ; mais, afin que la vérité n'en reçoive point d'atteinte, nous devons en distinguer le vrai sens. Il suflBra, pour qu'on ne s'y trompe pas, d'avoir fait cette déclaration une fois pour toutes.

156. — La chaleur innée, la flamme vitale, ou l'esprit anhnal dans l'homme, est regardé comme la cause de tous les mouvements, soit volontaires, soit naturels, des différentes parties de son corps. Ce qui signifie que c'est là l'instrument au moyen duquel l'âme agit et se manifeste elle-même dans les mouvements du corps. Ne peut-on pas dire au même sens que le feu a une force, qu'il opère, qu'il remue le système du monde entier, et que ce monde, maintenu et dirigé par l'esprit qui y préside, est animé d'un bout à l'autre par une même substance ignée, non en qualité de cause première efficiente, mais en qualité d'agent instrumental et mécanique ?

157. — Ce pur esprit, ou feu invisible, est toujoursprêt à se montrer dans ses effets (152). Il nourrit, échauffe, fermente, dissout, brille, opère en diverses manières, selon les sujets qui s'offrent pour employer ou déterminer sa force. Il est présent à toutes les parties de la terre et du finnament,

quoique peut-être caché et non aperçu, jusqu'à ce que quelque accident le mette en acte, et le rende visible dans ses effets.

158. — Il n'y a pointd'effet dans la nature qui soit grand, men'eilleux, terrible, qui ne procède du feu, principe d'une activité qui s'étend à tout, et qui, au même temps qu'il ébranle la terre et les cieux,. pénètre, divise, dissout les corps les plus petits, les plus serrés, les plus compactes. Dans les creux les plus profonds de la terre, il demeurera tranquille, jusqu'à ce qu'une étincelle qu'allumera peutêtre par hasard la collision de deux cailloux, venant à enflanuner une vapeur, donnera naissance à quelque tempête ou tremblement de terre, qui fendra les montagnes et renversera les cités. Ce même feu qui demeure invisible dans le foyer d'un verre ardent, jusqu'à ce qu'il rencontre un sujet sur lequel il puisse agir, ce feu, dis-je, fond, calcine, vitrifie les corps les plus durs.

159. — Aucun œil jusqu'ici n'a pu discerner, ni aucun sens apercevoir, les esprits animaux dans le cori^s hmnain, autrement que par leurs effets. On peut dire la même chose du feu élémentaire, ou de l'esprit universel, que l'on ne connaît que par l'entremise des autres corps auxquels il se joint, ou sur lesquels il opère, et on peut lui appliquer ce que les chimistes disent du pur acide, qu'il ne se rencontre jamais seul.

160. — L'âme de l'homme se sert par nécessité d'instrument pour agir. L'Ame qui préside à l'univers se sert avec liberté d'un instrument. Sans causes secondes ou instrumentales la nature ne pourrait avoir de cours réguUer, et sans un cours régulier on n'y comprendrait jamais rien. Dans ce cas, les hommes demeureraient dans une continuelle incertitude, ne sachant à quoi ils doivent s'attendre, ni conmient ils doivent se gouverner, ou diriger leurs actions, pour atteindre aux fins qu'ils se proposent. \'oilà pourquoi dans le gouvernement du monde, ce qu'on appelle, quoiqu' improprement, des agents physiques ou mécaniques, des causes secondes ou naturelles, des instruments enfin; sont nécessaires pour assister, non à la vérité celui qui gouverne, mais ceux qui sont gouvernés.

161 . — Dans le corps humain, l'âme donne bien ses ordres pour remuer les membres, mais on regarde toujours l'esprit animal comme la cause physique immédiate de leur mouve-

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meut. De niênie.daiis le système du uioude, c'est bieul'Ame qui préside à tout, uiais lu cause iuiuiédiate, uiécanique, instrumentale, qui meut ou anime toutes ses parties, c'est le feu élémentaire, ou l'esprit universel. Cet esprit, ou la partie la plus déliée, la plus subtile, de ce vaste composé, reçoit l'impression du premier Moteur, pour la connnuniquer aux parties sensibles et grossières. Quoique dans la vérité, et en rigueur métapltysique, le mouvement soit une passion ou un pur effet, cependant en physique il passe pour une action, &t c'est à cette action que l'on attribue tous les effets qui se produisent. De là vient que les diverses communications, détenninations, accélérations de mouvement constituent les lois de la nature.

PORTÉE INIMITÉE DES EXPUCATIOXS MÉCANIQUES :

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