‹ BerkeleyChapitre 4 sur 34 · SA VIK KT SKS ÉCRITS · texte numérisé non relu

SA VIK KT SKS ÉCRITS

d'aussi fashionable que d'aller à \'auxhall ou à Ranelagh. Pourtant la Faculté eu général et toute la bande des apothicaires sont fort en colère à la fois contre l'auteur et contre le livre : ce qui fait supposer à bien des gens que ce doit être une bonne chose. »

La Siris est le dernier ouvrage philosophique de Berkeley. Il ne se consacra plus, désormais, qu'à l'éducation de ses fils et à la mission sociale dont il seregardaitcommeinves.ti. Lors du soulèvement jacobite de 1745, sa Lettre aux catholiques irlandais du diocèse de Cloyne, d'un remarquable libéralisme, exhorte les habitants au maintien de la paix publique. Le même esprit anime, quelques années plus tard, la brochure intitulée : Un mot aux sages, ou exhortation au clergé catholique romain d'Irlande par un membre de l'Eglise établie (1749), et les courtes Maximes sur le patriotisme (1750) : Berkeley fait appel à la collaboration des protestants et des catholiques en vue de la prospérité irlandaise. Vers 1750, sa santé s'altère ; frappé au cœur par la mort de son fils ^\'illiam, qui survint l'année suivante, il résolut d'aller finir ses jours dans la calme cité d'Oxford. Il eut encore le temps, durant les quelques mois qu'il y vécut, de faire paraître des Mélanges, recueil de divers opuscules antérieurement publiés (i), et une troisième édition, corrigée, de VAlciphron. Le 14 janvier 1753, la paralysie générale l'emporte soudain, à l'âge de soixante huit ans.

De cette vie, brièvement résumée, une belle physionomie se dégage.

Le trait dominant du caractère de Berkeley, c'est la faculté de l'enthousiasme, mise au service d'une bienfaisance active. L'eau de goudron, le projet des Bermudes, l'immatérialisme lui-même, ne sont que les découvertes successives d'un même génie ardemment humanitaire. Ce n'estjaa uniquem#at^43[ar-CurLOsité intellectuelle que Berkeley s'est fait métaphysicien : on peut appliquer à toute soif œuvre ce mot de son Commonplace Book : The whole directed to practise and morality (2). L'athéisme,

(i) A l'exception des Nouvelles pensées sur l'eau de goudron. (2) Cpl. B., p. 92, § 901.

le septicisiue : voilà, dès le principe, les ennemis que combat Berkelev; il va de soi qu'à ses yeux les intérêts de la religion se confondent avec ceux du genre humain .^L'immatérialisme ne se recommande pas seulement par sa véracité^ Inâis par les services <[u'il rend à la morale, au christiauisme :irest~imc 'pliiTosoi)fiîe dé prêtre, à cent lieues, "par l'inspiration, de celle d'un David Hume. Nous verrons d'ailleurs que Berkeley, qui ne nomme nulle part ce terrible successeur et ne paraît pas l'avoir connu, en a d'avance condanmé la subversive doctrine. Non certes qu'il fût lui-même un de ces esprits timorés, qui craignent d'aller jusqu'au bout de leurs idées : son entreprise philosophique témoigne d'une admirable audace. {Seulement, derrière sa métaphysique, il y a comme im arrière-fond de certitudes théologiques, que jamais son doute n'effleura : nul conflit, chez lui, entre la philosophie et la foi; au contraire, la religion tient en réserve, toutes prêtes, des solutions trionaphantes aux difficultés qui naîtront de la réflexion philosophique, et qui, pour Berkeley, ne seront pas même des difficultés. La critique la plus hardie s'employant en faveur des croyances traditionnelles : telle nous apparaît la tâche de Berkele}'.

Ce penseur intrépide, épris de sincérité et de candeur intellectuelle, présente encore un remarquable trait de caractère : c'est J.'habi1eté-iju'il dépense pour persuader. « Celui qui veut amener une autre personne a partager son opinion, écrit-il dans son Commonplace Book (i), doit d'abord feindre d/être d'accord avec elle, et lui complairè. enTidcîptant sa manière de parlelFT^rEt H'âjôute : « Dès mon enfance, j'avais en ce sens un inexplicable tour d'esprit. » Nous avons vu comment, déjà en pleine possession de sa doctrine, Berkele}', dans l'Essai sur la Vision, se garde bien d'en révéler le principe, et même s'exprime, d'un bout à l'autre, dans un langage qu'il sait inexact, mais seul accessible au sens commun. Nulle précaution ne lui paraît de trop, s'il s'agit d'insinuer la vérité dans les cœurs. Ses contemporains le prirent pour un génie paradoxal, avide d'étonner : rien de plus étranger à sa nature. S'il bouleverse les préjugés, c'est, en quelque sorte, malgré lui, et en s'efïorçant toujours de montrer

(i) CpL B., p. 92, §§ 898-9.

Page 1